ADRESSE PAK DARÈRE A SES COMMETTANTS
10 octobre 170-2, — Première marque de confiance de la Convention. Je suis nommé membre du Comité de constitution.
... Le 10 octobre, je fus nommé membre du Comité de constitution, avec les citoyens Sieyès» Thomas Paine, Brissot, Pétion, Vcrgniaud, Gensonné,
(1) Cet écrit inédit, qui sert de corollaire à la parliodes Jl/e'jnotrw publiée dans ce volume , fut commencé par Barôre en floréal an m (1795), dans la citadelle de l'île d"Oléron,et continué dans les prisons de Saintes, chef-lieu du département de la Charente-Inférieure. Barère l'a consacré à sa justification ; mais pour se justifier, il passe en revue l'histoire de la révolution , examine presque tous les événements es uns après les au très, et donneson jugement sur les principaux personnages du temps. Souvent il émet des opinions contraires à celles qu'il a depuis consignées dans ses Mémoires; mais presque toujours, il rcflèlo avec fidélité l'espril de l'époque, alors toute républicaine.
{Xole de l'Éditeur.)
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Danton et Condorcot [Moniteur, n°a86). Sensible à ce premier témoignage de la confiance de la Convention , je n'ai pas cessé depuis cette époque de m'occuper, avec mes collègues, des travaux qui nous étaient confiés. Je fus chargé de la déclaration des droits et de la partie concernant le pouvoir judiciaire.
Je ne crains pas d'invoquer ici le témoignage de Sieyès, le seul des membres de ce Comité qui, avec moi , ait survécu aux orages de la révolution. Je l'adjure de déclarer s'il ne m'a pas vu constamment dans nos débats voter et présenter des rédactions relatives à la division du Corps-Législatif en sections pour la formation de la loi ; proposer ou adopter tous les moyens propres à maintenir la tranquillité publique et la sûreté des personnes et des propriétés , à étouffer l'anarchie et à établir la liberté civile sur ses bases les plus larges. Qu'il dise si la déclaration des droits que je présentai ne proclamait pas des principes opposés à toute insurrection partielle et à toute ambition particulière-, qu'il dise si la partie judiciaire n'était pas, ainsi que cette déclaration , presque entièrement semblable aux projets présentés dans ce moment à la discussion de l'assemblée par la commission des Onze.
Le premier Comité comptait parmi ses membres un philosophe célèbre autant qu'il a été malheureux. C'est cet ami sincère de la liberté et de l'humanité , qui nous a donné les éléments de l'acte
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constitutif et une grande partie des rédactions présentées à la Convention.
Quand on a marché sous cette bannière , quand on a apposé sa signature à un projet de pacte social qui énonce tant de principes sages, politiques et moraux, on peut défier ses ennemis et rejeter sur des accusateurs périodiques tout l'odieux de leurs calomnies vénales. Gomment ont-ils donc pu me comprendre dans cette accusation faite aux trianwirs qui dirigèrent les travaux de la constitution de 1793, d'avoir voulu éloigner toute lumière , toute discussion d'une œuvre élaborée , dit-on, en peu de jours, puis présenlée par la tjrannie , et acceptée par la terreur ?
19 octobre. — Appel aux lumières de tous les citoyens pour le projet de Constitution.
Voyez ce que j'ai fait lorsque j'ai été membre du premier Comité de constitution ; entendez ce que j'ai dit du haut de la tribune de la Convention à tous les citoyens éclairés de la république, à tous les publicistes de l'Europe (Monit. , n° 29, séance du 19 octobre) :
« Au moment où les représentants du peuple français s'occupent de tracer un plan de constitution , ils doivent s'environner de toutes les lumières , interroger partout le génie de la liberté , recueillir les Inenfuits de la liberté de la j)resse , appeler tous les citoyens à concourir plus parti-
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culièrcmént à la rédaction des condilions du nouveau pacte social, donner à l'opinion publique l'initiative solennelle qui lui appartient sur tous les objets qui intéressent les nations.
» La constitution d'une grande république ne peut être l'ouvrage de quelques esprits ; elle doit être l'ouvrage de l'esprit humain. Vous avez composé de neuf membres le comité de constitution ; mais quiconque dans la Convention , hors de son sein , en France , en Europe , peut tracer un plan de constitution , est membre nécessaire du comité; il doit être invité à publier ses pensées. L'émulation excitée par les regards publics a, dans tous les temps, produit les plus heureux effets. A Athènes, dans les beaux jours de la République , le magistrat faisait à certaines époques la proclamation suivante : « Que tout citoyen qui a des vues à proposer sur la législation monte à la tribune. » La Convention nationale doit décréter l'invitation à tous les amis de la liberté et de l'égalité de lui présenter les plans , les vues et les moyens qu'ils croiront propres à donner une bonne constitution à la République française. » [adopté.)
lii décembre I7'.*~2. — Expulsion de d'Orléans ,"^6 Pache et de Rolland.
Pour un po]ili<}iie observateur l'affaire de Louis (^apot doveiiail cliaque jour un livre de découvertes. Il puuvail apercevoir, ii travers les opinions
diverses et le choc des passions , quel avait été le but secret dans les élections des députés de Paris ; quelle adresse certaines gens mettaient à paraître républicains en poursuivant Capet pour lui substituer un autre tyran ; quels hommes ap partenaient à ce système. Le dimanche , i (3 décembre, paraissait devoir être consacré aux pétitionnaires ; il fut occupé par toutes les passions de parti , par toutes les ambitions particulières, et la séance très orageuse dura jusqu'à huit heures du soir. D'abord la Convention décrète la peine de mort contre quiconque proposera ou tentera de rompre l'unité de la République , ou d'en détacher des parties intégrantes pour les unir à un territoire étranger. Buzot trouve la mesure insuffisante et propose, pour rassurer les ennemis de la royauté, que d'Orléans , député , et ses enfants expient , en s'éloignant du territoire français , le malheur d'être nés près du trône , d'en avoir connu les maximes et reçu les exemples ; et qu'on écarte ainsi de nous un nom qui peut servir de ralliement aux factieux et aux émissaires des puissances étrangères. Malgré l'ajournement demandé , Louvet prend la parole et rappelle dans un discours éloquent ce que l'histoire raconte de l'expulsion totale des Tarquins, décrétée pour rassurer les Romains. Il demande l'expulsion totale des Bourbons , à l'exception de ceux qui sont détenus au Temple.
On réclame encore l'ajournement jusqu'après le jugement de Louis Gapel.