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mille , vous trouvez un homme revêtu du pouvoir national ; mais le Roi avait aussi un caractère de représentant héréditaire , et pourtant le peuple a abattu la tyrannie ; il a renversé le représentant héréditaire ; il a bien fait , car il a fondé la liberté. Une constitution vicieuse et incohérente , une constitution qui ne pouvait faire que le malheur de la nation, avait élevé le ci-devant Roi au titre de représentant , malgré une minorité toujours opposée à l'esprit infernal de la Révision , mais pleine de respect pour la majorité, parce qu'elle connaissait les principes de la représentation nationale.
» La nation l'a dépouillé de ses pouvoirs.
» C'est ici le cas d'exercer une mesure révolutionnaire ; mais prétendre qu'on pourra de la môme manière rejeter du sein de l'Assemblée un autre député , un autre individu revêtu de la même représentation , c'est ce que je nie. Distinguez donc les représentants du peuple , qui , comme nous , sont dans la loi commune , d'avec ceux qui , héritiers du trône , sont hors la loi commune. Après avoir énoncé mon opinion, j'insiste pour qu'elle soit discutée. » {Moniteur, n° 353.)
La discussion continua , mais il était lard. Les passions fatiguées ajournèrent à deux jours la question sur d'Orléans , et indéfiniment celle qui concernait le ministère ; on ne décréta dans cette séance que le bannissement de tous les Bourbons, à l'exception des détenus du Temple (i).
(1) Rabaud-Saint-Étienne et moi nous parlâmes à Pétion ,
Lorsque, le 19 octobre, ou délibéra sur l'expulsion de Philippe-Orléans, dit Égalité: « Pei m'importe , dit Buzot , à quelle époque le décre' que je demande sera rendu, pourvu qu'après le jugement de Louis XVI , je ne voie pas derrière le rideau celui qui doit lui succéder. »
Fayau , après avoir loué les vertus civiques de Philippe-Égalité , demanda le rapport du décret rendu le dimanche , et l'ordre du jour sur le surplus de mon projet. Mais une foule immense, ayant à sa tête le maire de Paris (Chambon), demanda, au nom des 4^ sections, à paraître à la barre pour présenter une adresse relative au rapport du dé-
qui voyait d'Orléans à cette époque , et nous lui dîmes que si ce personnage aimait son pays , s'il voulait prouver qu'il n'avait aucune arriére-pensée de royauté, aucune vue d'ambition , il devait demander à se retirer avec sa famille aux États-Unis d'Amérique. — J'appris depuis qu'il avait rejeté tous ces conseils de la sagesse et de la politique ; ceci me prouva qu'il était vraiment l'homme ambitieux et inquiétant pour la liberté , lui dont le buste avait été, comme une nouvelle idole , promené avec celui de Necker, le H juillet 1789, au milieu de l'insurrection , lui qui avait excité les événements des 5 et 6 octobre à Versailles ; lui qui se faisait nommer le vingt-quatrième et dernier député de Paris au milieu des poignards et des sicaires constamment dirigés par lui et ses afûdés ; lui qui s'était brouillé avec la minorité de la noblesse et surtout avec le parti Lametb , quandcelui-ci se vendit à la cour de Louis-Capet, au retour de Varennes et pour la révision Lafayette ; lui qui se donna tant de mouvements à l'époque de la trahison de Dumouriez dans la Belgique; lui qui avait tant de relations à Londres et tant de complices à Paris
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cret sur les Bourbons. L'Assemblée entendit cette pétition
Laurent Lecointre avait publié le même jour
un discours imprimé chez Baudoin , pour vanter
le patriotisme de la famille Orléans, et se plaindre
de l'ingratitude nationale envers ce Bourbon. 11
appelait la Convention barbare ])0\\v avoir eu l'idée
épublicaine d'expulser les Tarquins. Cependant
e même Lecointre m'a accablé de calomnies et
n'a accusé de tyrannie, lui qui n'a cessé de prôner,
de flagorner Philippe-Bourbon-Orléans , dont la
tyrannie nous menaçait déjà par l'organisation de
:>es sicaires et de ses émeutes. Ce serait rendre
nervice à la patrie que de dévoiler Lecointre et de
'appeler quelques traits des discours qu'il pro-
lonça à cette époque en faveur de Philippe-Ega-
iité. On verra quel est ce moderne Brutus !
Ce fut Pétion qui fit suspendre l'exécution du décret d'expulsion contre les Bourbons, et l'on ajourna la discussion jusqu'après le jugement de Capet. [Moniteur, n" 353.)
l"' février 1705. — Déclaration de guerre à TAngleterre et à la Hollande. — I^7ote d'une adresse au peuple anglais contre les intrigues hostiles de son gouvernement.
Le 1 " février 1 798 , Brissot fit décréter la guerre contre l'Angleterre et la Hollande. On proposa de faire une adresse au peuple Anglais pour lui dévoiler les intrigues de son ambitieux gouvernement.
« Cette adresse , dis-je alors , fera sentir la différence que la Convention de France fait entre le peuple Anglais et son perfide gouvernennent; elle laissera le despote dans toute sa nudité, et chargé de toute la responsabilité d'une guerre uniquement entreprise pour satisfaire un vain orgueil. L'adresse proposéen'est donc pas impolilique.»(/l/o/i.,
La Convention vota l'adresse. Je fus chargé par elle , ainsi que Condorcet, Thomas Paine et Fabred'Églantine , de la rédiger.
On pense bien que ce fut à Condorcet que nous remîmes le soin de cette rédaction, il avait déjà fait, comme citoyen , comme philosophe politique, des adresses de ce genre aux Hollandais et aux Espagnols , contre le fléau de la guerre qui les menaçait et sur les avantages de la liberté. Quant à Thomas Paine, il lui était difficile de communiquer ses pensées à cause de son peu d'habitude dans l'usage de notre langue.
Nous abandonnâmes donc au génie philanthropique de Condorcet le despotisme àe, la rédaction.
Peu de jours après , Condorcet m'apporta son travail en me disant de le communiquer à Fabred'Églantine.
C'était un projet d'adresse , non pas aux Anglais, mais aux nations de l'Europe. Le plan était plus vaste et le coup frappait à la fois tous nos ennemis coalisés.
Le discours me parut le chef-d'œuvre de cette
raison et de ce talent sage et philosophique qui caractérisent les œuvres de Condorcet. Il y parlait à deux reprises des scènes sanglantes de la révolution , et il y rejetait , au nom de la nation, les massacres du 2 septembre, sur ses exécrables auteurs, et sur les ennemis aussi hypocrites qu'atroces de nos vrais principes et de notre liberté.
Ce furent précisément ces passages dont la publication était si nécessaire à cette époque , et nous aurait peut-être épargné d'autres fureurs et d'autres attentats, ce furent, dis-je, ces passages de l'adresse qui effrayèrent Fabre-d'Églantine. Il refusa de donner son adhésion s'il n'y avait pas de changements de rédaction.
Le véritable génie est modeste : Condorcet adoucit quelques expressions. Malgré cela, Fabre ne se désista en rien de son improbation ; il dit même qu'on avait donné à l'adresse plus d'extension que la Convention n'avait voulu lui en donner, et qu il s'opposerait fortement à ce qu'elle fût adoptée.
Sur ces entrefaites , les circonstances changèrent ; le torrent des affaires publiques entraîna l'Assemblée. — L'adresse ne fut plus réclamée par la Convention; et, d'après l'avis de Condorcet, elle demeura dans mes mains. Je la gardai religieusement , comme la production d'un homme de génie et d'un philosophe persécuté ; mais au mois de brumaire de l'an 11 , Hébert et Chaumette me menacèrent d'une apposition de scellés sur mes papiers par le comité révolutionnaire; le despo-
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lisme de ce comité était sans cesse dirigé et activé par les chefs factieux de la Commune de Paris. Je me vis alors contraint de brûler ce discours , de crainte qu'on ne m'accusât d'avoir préparé un acte d'accusation contre les brigands du 2 septembre qui siégeaient à la Commune , et qui , à cette désastreuse époque , avaient , il faut le dire , plus de pouvoir à Paris que la Convention et le Comité de salut public.
J'ai voulu ici payer du moins mon tribut d'éloge et d'admiration à un savant philosophe estimé de toute l'Europe. On sait qu'il fut dénoncé par Chabot , et décrété d'arrestation sur sa motion. Quelque temps auparavant, le 3o juin 1793, André Dumont l'avait dénoncé au nom du Comité de sûreté générale , et , dans la même séance , Legendre l'avait persécuté et même insulté. L'un de ces forcenés demandait l'arrestation de toute la députation de l'Aiaie , à cause de la lettre de Condorcet sur les événements du 3 1 mai , pièce que cette députation , composée d'hommes sages et probes , avait envoyée à ses commettants ; un autre voulait qu'on adoptât des mesures plus fortes encore. Ces dénonciations et ces motions terribles furent renvoyées au Comité de salut public , où , grâce à mon intervention réitérée, elles n'eurent aucune suite ; mais , pour Condorcet, il n'était plus temps de le sauver et de le conserver aux sciences et à la République française.
3oO MÉMOIRES
ib février 1793. — la Constitution est présentée par Condorcet et Gensonné.
Condorcet lut le discours préliminaire de notre travail; je fus chargé ensuite de remplir les fonctions de rapporteur aux débats, et je présentai successivement à la discussion les articles de la déclaration des droits. {Moniteur du mois de mars.)
Mais le côté gauche n'approuvait pas ce plan de constitution , qui , je Tai déjà dit, ressemble beaucoup à celui que vient de présenter la commission des Onze, sauf qu'il s'y trouvait plus d'ordre et de perfection et des formes de gouvernement plus énergiques; on le tournait déjà en ridicule le i5 février, jour de sa lecture.
Notre projet reproduisait , entre autres dispositions , le système des deux Chambres du Parlement anglais. La loi devait être l'œuvre de deux sections délibérantes. Ces sections formaient un moyen d'arrêt nécessaire dans une assemblée nationale unique, dont la délibération sans cesse improvisée fait et rapporte des lois le même jour, dans la même séance.
11 n'y avait pas un citoyen qui ne sentît le besoin d'obvier aux dangers d'une marche semblable. Sur trois projets différents présentés au Comité de constitution , un seul avait été lu , celui que le Comité avait adopté , et le Comité avait cru faire une chose utile à la discussion des articles constitutionnels en faisant imprimer l'exposé de ces trois
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modes de formation de la loi. Celte mesure devint un moyen d'accusation contre les membres du Comité et de dépréciation contre leurs ouvrages dans la séance du 20 février.
'20 février. — Dénonciation du premier Comité de constitution. Défense du plan présenté.
Amar se plaignit de ce qu'à la page io3 de l'imprimé du projet il y eût une proposition d'établir deux Chambres dans le Corps-Législatif. Julien demanda que le Comité fût déclaré avoir trahi la confiance de la Convention. On croyait voir déjà se dresser l'ombre des Lameth et le plan de révision adopté par l'Assemblée Constituante. Le Comité était coupable de lèse-nation. — J'étais le seul des membres du Comité présent à l'Assemblée ; je demandai et j'obtins la faculté de répondre à ces accusations. Voici en quels termes je m'exprimai :
« J'étais au Comité de défense générale lorsque la discussion qui vous occupe avec tant de chaleur a été commencée , et j'entrais dans la salle au moment où le mot d'inculpation contre le Comité de constitution a frappé mon oreille. Certes c'est une manière assez étrange, sinon nouvelle , que celle de chercher à flétrir à sa naissance le projet que vous avez chargé votre Comité de vous présenter. On connaît cet artifice des calomniateurs d'entourer les choses de défiances , de soupçons et d'ac-