‹ Mémoires de B. Barère, membre de la Constituante, de la Convention, du Comite de salut public, et de la Chambre des représentantsChapitre 21 sur 27 · J7"2 MÉMOIRES · texte numérisé non relu

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assure que les députés montagnards s'empresseront de faire décréter le lendemain par la Convention les diverses mesures qui viennent d'être arrêtées par le peuple, de concert avec ses magistrats. Le conseil-général arrête que, le cinq , à onze heures , tous les citoyens se réuniront à la Maison commune pour aller demander à la Convention la formation d'une armée révolutionnaire; tous les ouvriers sont invités à fermer leurs ateliers.

Journée du 5 septembre 1793.

Origine de la terreur. — Formation des armées révolutionnaires. — Arrestation des suspects. — Épuration des Comités révolu, tionnaires. — iExpulsion des militaires hors de Paris.

Le 5 septembre , la séance de la Convention est à peine ouverte, qu'un grand nombre de citoyens défilent dans la salle ; le maire et les officiers municipaux sont à la barre. « Le défaut d'approvisionnements qui donne des inquiétudes au peuple, dit le maire Pache , vient de ce que Paris ne se nourrit plus que des arrivages journaliers , et de ce que les lois sur les subsistances ne sont pas exécutées; il vient de l'égoïsme, et de la malveillance des riches, détenteurs de grains. Le peuple, fatigué de ces manœuvres , vient vous présenter son vœu. » — Chaumetle s'exprime en ces termes, au nom de la Commune: « Les citoyens de Paris , las de voir leurs destinées trop longtemps incertaines et flottantes , veulent les fixer invariablement. Les tyrans de l'Europe et nos en-

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nemis domestiques persistent avec atrocité dans leur système d'affamer le peuple pour le vaincre et le forcer d'échanger sa souveraineté contre un

morceau de pain, ce qu'il ne fera jamais Une

classe avide s'est emparée des denrées de première nécessité ; au lieu de la frapper, vous ne l'avez qu'étourdie ; elle continue ses brigandages. Vous avez fait des lois sages , mais la force exécutrice manque. Les ennemis cachés de l'intérieur, avec le mot de liberté sur les lèvres, arrêtent la circulation des subsistances. Ils ferment les greniers, et soumettent froidement à un calcul atroce combien leur produira une famine, une émeute , un massacre. Tous les jours nous apprenons de nouvelles trahisons, de nouveaux complots Plus

de quartier, plus de miséricorde ! ( Non ! non ! s'écrie-t-on de toutes les parties de la salle. ) Si nous ne les devançons pas, ils nous devanceront. Jetons entre eux et nous la barrière de l'éternité. ( Applaudissements. ) Le peuple a montré assez de patience, on s'en est joué. Le jour de la justice et de la colère est venu. (Applaudissements.) Un immense rassemblement de citoyens demande des subsistances et Jorce à la loi; en conséquence, nous sommes chargés de vous demander la formation de l'armée révolutionnaire, que vous avez créée, et que l'intrigue et la frayeur des coupables ont fait avorter. ( Applaudissements unanimes. ) Que cette armée forme incessamment son noyau à Paris, et que dans tous les départements qu'elle

parcourra, elle se j^rossiàse de tous les hommes qui veulent la Rt'pul)lique indivisible; que celte armée soit suivie d'un tribunal incorruptible et redoutable, et do l'instrument fatal qui tranche d'un seul coup et les complots et les jours de leurs auteurs (1); qu elle soil chargée de forcer Tavarice et la cupidité à regorger les richesses de la terre ; enûn que cette armée soit composée de manière à pouvoir laisser dans toutes les villes des forces suffisantes pour comprimer les malveillants. — Législateurs, vous avez déclaré que la France était en révolution jusqu'à ce que son indépendance fût assurée. Il ne faut pas que ce décret ait été rendu en vain. Hercule est prêt à remettre la massue dans ses mains robustes ; et bientôt la terre de la liberté sera purgée de tous les brigands qui l'infestèrent. La patrie respirera, les subsistances du peuple seront assurées. Nous nous attendons à voir renouveler les objections par l'aristocratie,

pour révoquer son arrêt de mort Il n'y aura

qu'une réponse à y faire : il y a trop long -temps que le salut du peuple est ajourné; il est temps que ses ennemis soient défaits. «

(1) C'est en vain que les députalions des Jacobins , les Ronsin et autres membres de l'état-major de l'armée révolutionnaire , insistèrent auprès du Comité de salut public pour avoir un tribunal révolutionnaire et des guillotines. Carnot et tous les autres membres s'y opposèrent fortement. Robespierre seul les voulait ; il les demanda depuis aux Jacobins dans la séance du ; mais Robespierre et ses satellites

furent éconduits par le Comité.

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Que répond le président ( c'était Robespierre )? « Que les bons citoyens se réunissent, qu'ils fassent un dernier effort. La terre de la liberté, souillée par la présence de ses ennemis, va en être affranchie. Aujourd'hui, leur arrêt de mort est prononcé. Demain , l'aristocratie cessera d'être. » Une foule immense remplit la salle et les gradins ; les pétitionnaires portaient des écriteaux, avec ces mots : Guerre aux tyrans , aux aristocrates et aux accapareurs !

Telle était l'exaltation des membres de l'Assemblée, que Moïse Bayle convertit la pétition de la Commune en motion pour former l'armée révolutionnaire. — Le vénérable Dussaulx est entraîné lui-même : il demande que les Champs-Elysées et les Tuileries soient convertis en culture utile pour les subsistances. Billaud propose de décréter qu'il y aura une armée révolutionnaire, et que le ministre de la guerre en présentera , séance tenante, le mode d'organisation (1).

Le mouvement , les propositions et les résolutions de cette séance sont une époque trop terrible dans l'histoire révolutionnaire pour que j'en omette les principales circonstances. «Il est temps,

(I) Ce fut Carnot qui heureusement fut chargé de cette organisation au Comité de salut public , et qui donna au moins à celte armée les formes militaires. Nous Tassujetlînies ensuite par un décret à toutes les lois militaires ; nous évitâmes par là les grands excès dont celle armée devait être l'instrument, dans le vœu des diclaleurs qui la proposèrent et qui la firent décréter.

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dit Billaud , de lixer le sort de la révolution ! Je convertis aussi en motion ces propositions; mais elles sont insuffisantes. Il faut qu'aujourd'hui tous nos ennemis soient en arrestation ; montrons que le peuple est aussi exalté que nous ! Rappelez-vous que laConvenlion a pris , avec les commissaires des assemblées primaires, rengagement de leur donner les moyens de porter dans les départements les commotions électriques du patriotisme et de l'ardeur guerrière. — Il faut que la nation se lève partout. Le peuple sera vainqueur, car il n'attend pour agir que l'impulsion que vous lui donnerez ; les mouvements nationaux doivent partir d'ici. — Je demande l'organisation sur-le-champ de l'armée révolutionnaire )e demande que les administrations reprennent de l'activité, et que la peine de mort frappe les administrateurs qui négligeraient l'exécution d'une loi quelconque. Si les révolutions traînent en longueur, c'est parce qu'on ne prend que des demi-mesures. Laissons aux hommes faibles à s'inquiéter des résultats de la révolution ; nous, qui voyons en grand ce qu'elle doit produire pour le bonheur du peuple, il nous secondera. Écrasons les ennemis de la révolution; et, dès aujourd'hui , le gouvernement prend de l'action, les lois sont exécutées, le sort du peuple est

affermi, et la liberté est sauvée »

Bazire profita de ce mouvement d'exaltation pour faire sanctionner, par un décret solennel , le gouvernement révolutionnaire, dont il ne cessait

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de parler dans toites ses motions. « Je demande , s'écrie- t-il , à faire une proposition préalable à toutes les institutions révolutionnaires. La Convention a décrété rjiie la France était en révolution. Ce décret était nécessaire pour établir toutes les institutions révolutionnaires que les circonstances exigent ; il fallait qu'il passât à tous les citoyens, pour qu'ils s'en pénétrassent bien, pour qu'ils sentissent fortement la nécessité de ces mesures. Cependant, ce décret n'est pas encore publié. Je demande qu'aujourd'hui il soit rédigé^ et que cette déclaration soit envoyée par des courriers extraordinaires dans tous les départements .y> [Moniteur^ n» i5o.) — Billaud insiste pour la formation des armées révolutionnaires dans tous les départements. Léonard Bourdon veut, en outre, que l'armée révolutionnaire ait à sa suite un tribunal chargé de punir sur-le champ les criminels, et que le Comité présente dans la séance un projet de décret sur cette armée révolutionnaire, soldée aux dépens des riches, et dont le double objet sera, premièrement de faire sortir les subsistances des magasins, où elles sont amoncelées; deuxièmement, d'arrêter les malveillants ; et enfin , qui aura à sa suite un tribunal chargé de juger les conspirateurs dans les vingt-quatre heures. ( Applaudissements. )

On réclamait fortement d'aller aux voix sur ces propositions , lorsque Jean-Bon Saint- André , qui venait du Comité de salut public où il avait été témoin des sollicitudes que nous avait causées l'adop-

tion de mesures aussi violentes et improvisées par une espèce d'émeute populaire , annonça que le Comité préparait un rapport sur les mesures nécessitées par les circonstances. (^ On est en ce moment au Comité, dit-il, à les mûrir et à les méditer.» ( Il s'élève des murmures. ) Drouet s'écrie qu'il faut les décréter sur-le-champ, et Drouet est couvert d'applaudissements. — Cependant Jean-Bon Saint- André , quoique entendu avec défaveur, continue : X II laut commencer par mûrir et méditer de pareilles mesures. La délibération roule en ce moment (1) sur ces deux bases fondamentales:

(1) Une partie (les citoyens attroupés s'étaient répandus autour et dans les salles du Comité de salut public; c'était un coup monté d'obtenir ou plutôt d'arracher à la Convention le décret de formation de l'armée révolutionnaire , avec ses tribunaux et ses accessoires. Les plus ardents révolutionnaires étaient entrés au Comité, et nous forçaient à délibérer sur les mêmes mesures que leurs camarades proposaient à la barre de la Convention, et que plusieurs de nos collègues faisaient décréter par la Convention au nom du Comité, ce qui est remarquable Ces ardents révolutionnaires de la Commune et des sections , bouillants alors comme des volcans , ne cessaient de nous demander le jugement des Brissotins , celui d'Antoinette , l'expulsion de tous les militaires qui étaient agglomérés à Paris. Le Comité pressé , harcelé par eux , me chargea expressément de faire un rapport. Je l'écrivis au Comité , sur le bureau, selon mon usage, et sous les yeux de mes collègues et des pétitionnaires. Robespierre lui-même avait quitté le fauteuil de président à l'Assemblée, pour venir s'assurer des termes du rapport, craignant que le Comité n'atténuât ou ne contrariât le mouvement que Danton , Bazire, Bourdon et ses amis venaient d'imprimer à la Convention , qui dans ce moment

circulation des.subsisLances, 2° mesures contre ceux qui Jont de lu famine un moyen de conLre-révolution. Je prie la Convention de ne pas précipiter sa délibération. Le rapporteur paraîtra dans une heure; ce temps n'est pas bien long. »

«Il serait bien étonnant, répond Billaud , que nous nous amusa-sions à délibérer quand il faut agir. » ( Vifs applaudissements. )

« Si je vous proposais, répliqua Jean-Bon Saint-André, de différer d'un jour, vous auriez droit de nous accuser de lenteur ; mais le rapport que je vous annonce sera fait dans une heure. Les meilleurs patriotes des sections de Paris sont en ce moment au Comité^ et l'on délibère. «

« Nous sommes dans une salle d'armes, s'écrie Guiton, il n'est plus temps de temporiser; la ville de Paris, comme le mont Etna, doit vomir hors de son sein l'aristocratie calcinée; il faut décréter les sections permanentes, et les barrières fermées.»

(. Il faut décréter d'abord les mesures proposées par la Commune de Paris, dit Moïse Ba} le. » — Saint- André réclame encore, mais en vain , qu'avant de délibérer, on attende le rapport du Comité. Le parti était pris ; le Comité n'avait plus qu'à exécuter un décret, et à obéir aux volontés de l'Assemblée.

Danton monte à la tribune ; les applaudissements

aurait décrété la révolution de TEuiope et de l'univers entier. Tousleà esprits étaient en délire dans cette journée du 5 septembre 1793. Thuriot occupa le fauteuil pendant que Robespierre venait chauffer le Comité. {Moniteur, n" 250.)

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redoublés l'empochent quelque temps de parler. Qui donc alors aurait osé ne pas se montrer à la hauteur de ces principes révolutionnaires? Si je place dans mes mémoires personnels des discours deDantonot de Robespierre , c'est parce qu'il m'importe , c'est parce qu'il importe aussi à la vérité de l'histoire , de rappeler à la légèreté des Français l'époque à laquelle nous nous sommes tous mis en révolution; quand, par qui, et pour qui, ces grands mouvements ont été donnés , reçus , communiqués, continués, exagérés, dénaturés, déshonorés et violemment proscrits ensuite. Pour ne pas s'égarer et ne pas être injuste, il faut toujours remonter à la source, à l'origine. On parle aujourd'hui contre le gouvernement révolutionnaire après y avoir fort uppluiuU ; on proscrit les révolutionnaires après les avoir imités. On accuse le Comité de salut public d'avoir créé le mouvement révolutionnaire; et ce sont les orateurs de la Convention, et leur effroyable énergie qui l'ont créé et propagé. On m'accuse d'avoir aidé et accéléré ce mouvement; tandis qu'on m'a toujours signalé et de nonce comme travaillant à le modérer, à l'attiédir, ils veulent

être libres, et ils ne savent pas être justes

Mais écoutez le père de la démagogie; ce que d'autres venaient de proposer, Danton le commande : « Je pense, s'écrie-t-il , comme plusieurs membres , notamment comme Billaud-Varennes (on applaudit) , je pense qu'il faut savoir mettre à profit l'élan sublime de ce peuple, qui se presse

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autour de nous. Je sais que quand le peuple présente ses besoins , quand il offre de marcher contre ses ennemis , il ne faut prendre d'autres mesures que celles qu'il présente lui-môme , car c'est le génie national qui les a dictés. Je pense qu'il sera bon que le Comité fasse son rapport, qu'il calcule et qu'il propose les moyens d'exécution ; mais je crois aussi quiL ny a aucun iucoiivénienl à dé' cjéter à V instant même une armée révolutionnaire (on applaudit); élargissons, s'ilsepeut, ces mesures. » Vous venez de proclamer à la face de la France qu'elle est encore en vraie révolution , en révolution active ; eh bien ! il faut la couronner cette révolution. Ne vous effrayez jamais des mouvements que pourront tenter les contre-révolutionnaires dans Paris: sans doute ils voudraient éteindre le feu de la liberté dans son foyer le plus ardent ; mais la masse immense des vrais patriotes, des sans-culottes , qui cent fois ont terrassé leurs ennemis , existe encore ; elle est prête à s'ébranler. Sachez la diriger; elle confondra encore et déjouera toutes ces manœuvres Ce n est pas

assez cVune armée révolutionnaire ; sojez révolutionnaires vous-mêmes Songez que les

hommes industrieux qui vivent du prix de leurs sueurs ne peuvent aller dans les sections dont l'intrigue s'empare pendant l'absence des vrais patriotes. Décrétez doue deux grandes assemblées de sections par semaine ; que l'homme du peuple qui assistera à ces assemblées politiques ait une juste

rétribution pour le temps qu'elles enlèveront à son travail. (On applaudit.)

» Il est bon encore que nous annoncions à tous nos ennemis que nous voulons être continuellement et complètement en mesure contre eux. Vous avez décrété 3o millions pour la fabrication des armes; décrétez qu'on en fabriquera jusqu'à ce que chaque citoyen ait un fusil. Je demande que vous décrétiez au moins loo millions pour la fabrication des armes Mais il reste à punir les

ennemis intérieurs que vous tenez et ceux que vous avez à saisir. Il faut que le tribunal révolutionnaire soit divisé en un assez grand nombre de sections pour que tous les jours un aristocrate, un scélérat paie de sa tête ses forfaits. (On applaudit.) Je demande , enfin , qu'il soit fait un rapport sur le mode à' augmente?' de plus en plus l'action du

tribunal révolutionnaire Que le peuple voie

tomber ses ennemis ! . . . . Honneur vous soit rendu, peuple sublime ! à la grandeur vous joignez la persévérance! Vous voulez la liberté avec obstination, vous devez l'acquérir ; nous marcherons avec vous, vos ennemis seront confondus , vous serez libre ! » (Applaudissements. L'Assemblée en masse se lève spontanément; l'enthousiasme paraît universel).

Toutes les propositions de Danton sont décrétées. (Nouvelle acclamation). Non, jamais aucun tribun à Rome , aucun démagogue à Athènes , aucun des Gracques , n'obtint de succès plus éclatants, et ne fit prendre aussi promptementdesme-

sures aussi démagogiques, aussi révolutionnaires. — Création d'une armée révolutionnaire soldée par les riches. — Armée révolutionnaire dans tous les départements. — Assemblée extraordinaire des sections. — Paiement des citoyens qui y assisteront. — Fabrication d'armes jusqu'à concurrence de 100 millions mis à la disposition du ministre de la guerre. — Action plus forte à donner au tribunal révolutionnaire — Il était difficile qu'il ne sortît de ce volcan des laves propres à embraser la République. Il ne manquait plus qu'un chef ostensible pour l'exécution de ces mesures extraordinaires ; et la dictature, le despotisme le plus effroyable était assis sur les ruines de la République, sous le nom sacré de liberté et d'égalité. Mais, que dis-je? un chef: ce chef fut demandé par la Commune de Paris dans la pétition des attroupés ; et si l'on vit Danton se prononcer aussi fortement dans cette séance, c'est que l'instigateur du 3 1 mai voulait assurer ou agrandir son empire. Rappelez-vous ces paroles que la Commune a dites par l'organe de Chaumette dans cette même séance : i<- Mais où est le poignet robuste qui tournera ai>ec vigueur cette clef des greniers Jatale aux traîtres? Oii est l'être fier , impassible, inaccessible à toute espèce d'intrigue et de corruption^ qui déchirera les feuillets du livre écrit avec le sang du peuple, et qui en fera aussitôt V arrêt de mort des

affameurs? (Applaudissements) Oii est l'être

jort qui écrasera tous ces reptiles qui corrompent

tout ce quils touchent^ et dont les piqûres venimeuses agitent nos citoyens , changent nos assemblées politiques en arènes de gladiateurs ; où, chaque passion,, chaque intérêt trouve des apologistes

et une armée ? »

Les propositions de Danton, semblables aux dents de Cadmus , en font naître un grand nombre d'autres de la môme nature. Billaud demande que, pour faire arrêter sur-le-champ les contre-révolutionnaires et les hommes suspects , la Convention rapporte le plus beau , le plus sage de ses décrets, celui qui défendait de faire des visites domiciliaires pendant la nuit. Mais c'était Gensonné qui avait fait rendre ce décret destiné à être écrit dans la Constitution ; or, Gensonné était proscrit, et, dans les révolutions, les plus belles pensées d'un proscrit sont proscrites : on fait aujourd'hui ce que Ton faisait alors. Billaud demande que les mêmes mesures d'arrestation des suspects et de visites domiciliaires, fût-ce la nuit , s'étendent à toutes les communes de la République, et qu'on regarde comme suspect, tout noble , tout prêtre qui , à la réception du décret, ne se trouvera pas résident dans sa municipalité.

Même séance. — Effrayante définition du mot de suspects « donnée par Bazire.

Bazire demande à expliquer le mot suspect. On s'attend qu'il va développer des idées de législa-

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lion pour éloigner le vague el l'arbitraire; il ne présente que des idées de ré^olutioiiisine qui agrandissent le cercle des suspects. «On a cru , dit-il, que le mot suspect ne concernait que les nobles et les prêtres; en quoi l'on s'est étrangement trompé. J'ai là-dessus des observations à faire, et je demande que l'on fasse la définition des gens suspects. — D'abord, dans la classe ci-devant noble , presque toute la jeunesse est émigrée. Il n'est resté que les vieillards, les enfants et les femmes pour gérer leurs biens, et faire passer de l'argent aux autres. Beaucoup de prêtres ont été déportés. La stupeur des nobles égale leur méchanceté. Ce ne sont pas là les plus nombreux et les plus dangereux ennemis. Pourquoi avez-vous circonscrit vos mesures dans ces deux classes ? Vous avez dans les sections des hurleurs apostés depuis long-temps , pour la révolution sectionnaire. Vous avez là des Feuillants , vous avez eu des Brissotins , vous avez encore des hypocrites ; et je vous demande si tous ces gens-là étaient des nobles. — Quels sont donc les individus parmi lesquels se trouve la seconde classe des suspects ? Ce sont les boutiquiers , les gros commerçants , les agioteurs, les ci-devant procureurs, huissiers, les valets insolents, les intendants et les hommes d'affaires ( on applaudit), les gros rentiers, les chicaneurs par essence, profes-* sion, et éducation, etc., etc. (Mêmes applaudissements. ) Tous ceux-là sont plus naturellement ennemis de la liberté que les prêtres et les nobles. 11

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