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des appointements des nombreux artistes qui vivent du théâtre. Je les fis payer avant d'ouvrir la salle de la rue de Richelieu. Je fis donner, par le Comité, i5o,ooo francs pour que l'architecte Hubert, homme plein de talent et de zèle, fit faire , sans compter la confection des machines , les réparations et les embellissements convenables à cette nouvelle salle ; et surtout afin que le public nombreux appelé à ce grand spectacle pût être commodément assis depuis l'orchestre jusqu'aux loges de face , sans amphithéâtre.
Cette innovation fut très agréable au public ; mais ce qui ne lui plut pas autant, ce fut le placement de deux statues colossales aux deux côtés de la scène. M. Hubert, architecte patriote, avait suivi l'esprit du temps en élevant à la place oii étaient les loges des princes , sur l'avant-scène , les images de la Liberté et de l'Égalité. C'était un genre d'ornement jusqu'alors inconnu aux héros de la scène. Aussi , dès que l'heure de la réaction eut sonné à la fin d'octobre 1794» 1^^ Liberté et l'Égalité furent sifflées et enlevées ou détruites : on rouvrit les grandes loges des princes ; on aurait pu alors remplacer les statues expulsées , y substituer celles de la Flatterie et de la Servitude ; mais les mœurs firent ce que les arts n'osaient exprimer.
Goxnmissions artistiques. — Administration des secours publics.
Lorsque les armées de la République entrèrent
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en Belgique, je fis arrùler, par le Comité, que lieux commissaires pris dans la Convention iraient à Anvers , a Bruxelles , à Aix-la-Chapelle et à Liège, recueillir les chefs-d'œuvre de Rubens et des célèbres écoles flamande et hollandaise pour enrichir le musée français. M. Guilon-Morveau fut le principal commissaire qui , de Belgique, fit transporter il Paris ces tableaux précieux que l'Europe vient admirer depuis qu'ils sont devenus les trophées de la victoire. Voilà les œuvres de ce comité que les réacteurs n'ont pas cessé d'accuser de vandalisme! Lui seul, au contraire, a opposé toutes les forces du gouvernement à des vandales qui , s'agilant en tous sens pour exagérer la révolution et la faire haïr par de funestes excès , appartenaient bien plutôt à la horde réactionnaire et hypocrite que le temps seul peut démasquer.
Quanta l'administration des secours publics, une commission établie pour cet objet, digne de toute la sollicitude d'un gouvernement sage et humain, réalisa , dans le cours de quatre mois , un projet de secours à domicile que les philanthropes de l'ancien régime avaient trouvé impraticable , et qui , exécuté comme il peut et doit l'èlre , épargnerait des crimes à la société , des larmes à bien des familles et des inquiétudes aux gouvernants. Mais , en France , on n'a de l'humanité et de la philanthropie que dans les gazettes , dans les livres et sur les théâtres. Le gouvernement ne s'occupera jamais que des riches et des moyens d'usurper des
richesses. Sa bienfaisance est officielle, et ne remédie à aucun dos maux produits par la fausse ou la mauvaise division des propriétés , et par la vicieuse distribution du travail. Le défaut capital du gouvernement en France , c'est d'être en tout empreint d'une ostentation stérile , embarrassé d'une fiscalité ruineuse et d'un désordre systématique.
Rapports sur les armées.
Les rapports concernant la législation nécessaire à Tadminislralion de la guerre et destinés à célébrer les triomphes de nos armées , m'occupèrent principalement dans les derniers huit mois que je restai au comité. C'était un temps de malheurs et de gloire , de larmes et de triomphes. Je me réfugiai dans les armées, ne pouvant soutenir le douloureux spectacle des divisions et des barbaries de l'intérieur. Les triomphes constants des quatorze armées de la République étaient comme un nuage de gloire élevé sur nos frontières pour empêcher l'Europe coalisée de voir nos divisions intestines, et ce malheureux côté du caractère national qui agit et réagit d'une manière si déplorable sur toute la population , comme sur nos droits et sur nos mœurs.
On s'aperçut si bien de cette espèce de prédilection enthousiaste 2L\ec laquelle j'allais annoncer les \ictoires à la tribune, que Saint-Just et Robespierre se trouvant au comité à trois heures après
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minuit , lorsque nous apprîmes la prise de Namur et de quelques autres places de la Belgique , insistèrent pour ([u'à l'avenir on se contentât de lire les lettres des généraux sans commentaire qui en exagérât le contenu.
Je vis bien à qui s'adressait le reproche , et je relevai le gant avec l'assurance d'un homme très décidé à mériter encore la haine des ennemis de la gloire nationale et de la bravoure de nos armées. Alors Saint-Just s'écria: Je demande que Barère ne lasse plus tant mousser toutes les victoires.
11 }' avait deux mille ans que les hommes n'avaient plus entendu parler de l'amour de la patrie, des droits de l'égalité , du désir de la vraie gloire, des prodiges de la liberté , du renoncement à soimême , et de ces faits de courage et de constance héroïque que les Grecs et les Romains nous ont transmis. Les armées de la République française ont reproduit les vertus qui illustrèrent les anciens : dans les champs de l'Italie, de l'Allemagne , de la Belgique et de la Hollande, elles ont renou vêlé, en les agrandissant encore, les beaux traits des annales grecques et romaines.
Sans doute , adresser des flatteries exagérées à l'armée, c'eût été mal connaître l'influence trop dangereuse des généraux, et surtout cet esprit militaire qui tôt ou tard devait subjuguer nos libertés et nous donner un maître. Aussi, pendant que Saint-Just m'apostrophait, Robespierre appuyait
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du geste la vue profonde de son ami et cette prophétie d'homme d'élat qui me frappait comme eux, mais que je croyais très intempestive , quand l'Europe nous menaçait d'un partage dès long-temps convenu au château de Pilnitz , quand avant tout il fallait refouler les ennem.is dans les bois et dans les marais de la Germanie.
Le lendemain , je mis un peu plus de soin dans mon rapport sur la prise de Namur , et je fis allusion aux observations de nos dictateurs , envieux de la puissance d'opinion que prenait l'armée de la République, occupée à les sauver. On remarqua dans mon rapport cette phrase dont, cependant, le sens ne pouvait être bien saisi que par ceux qui connaissaient les débats de la veille au comité : « Malheur aux temps , malheur à l'époque où le récit des triomphes et de la gloire des armées de la République sera entendu froidement dans cette enceinte ! dès lors la liberté ne sera plus armée par la patrie , elle sera livrée à ses ennemis! »
Couthon essaie de me supplanter pour la lecture des rapports sur les armées.
Cette apostrophe n'était pas de nature à être pardonnée par Saint-Just et Robespierre; aussi résolurent-ils de me supplanter dans ce genre de rapports. Ils forcèrent Timpotent Couthon à se rendr(.' au Comité de salut public à onze heures du matin , avant que j'y arrivasse. Couthon de-
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manda à Carnot la correspondance des généraux arrivée pendant la nuit, et alla s'établir à sa place ordinaire dans le bas de la salle, attendant que l'Assemblée fût assez nombreuse pour quil pût, lui aussi , annoncer des victoires. Vers une heure Couthon, paralytique et ne pouvant se soutenir à la tribune, lut froidement de sa place les nouvelles des armées ; cette fois elles ne produisirent aucun effet sur l'Assemblée ni sur le public. Cet essai , qu'avaient ordonné Robespierre et Saint- Just , ayant échoué complètement , le comité témoigna aussi son mécontentement d'une pareille innovation. Dès lors je continuai de proclamer les éclatants triomphes de nos armées , le débloquement et la reprise des quatre places fortes frontières du Nord et les principaux succès de l'armée des Pyrénées Occidentales. Cependant, après avoir rendu compte de ces derniers exploits, j'offris volontairement ma démission pour ces rapports militaires , dont la postérité me saura autant de gré que mes contemporains m'en ont voulu de mal. '
'Evénements sxirvenus dans rintérieur du Comité avant la bataille de Fleorus. — Foudres.
Après ces détails peu connus sur mes travaux (dont je n'aurais jamais entretenu le public, si mes ennemis ne s'étaient acharnés à les calomnier et à donner une malheureuse célébrité à mon dé-
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vouement pour la patrie ) , je reprends les faits qui se rattachent au commencement de cette campagne ; campagne mémorable où en quelques mois nous avons repris toutes les places fortes et les ports occupés par les hordes du Nord et de l'Occident , chassé au loin les ennemis de la France , et défendu de leur approche cette belle capitale que tant de haines politiques et tant de vengeances réactionnaires menaçaient depuis le i4 juillet 89.
La bataille de Fleurus fut, au printemps, pour le nord de la France ce qu'avait été pour le midi , dès les premiers mois de 1 794? 1^ reprise de Toulon. Personne n'ignore que ces deux triomphes ouvrirent la carrière à des succès nombreux ; ces faits militaires sont écrits partout. Mais ce qui ne l'est paSyCe sont les événements qui se passaient àla même époque dans l'intérieur du Comité de salut public.
Depuis long-temps , le plan de campagne et les opérations de l'armée de Sambre-et-Meuse avaient été signés et envoyés au général Jourdan, qui était venu d'ailleurs au comité quelques jours après l'affaire de Toulon. Saint -Just et Lebas avaient été nommés , par le Comité de salut public, représentants du peuple près les armées de Sambre-et-Meuse et du Nord; ils devaient surveiller et activer la marche de ces opérations militaires. Mais ils étaient encore à Paris dans les derniers jours qui précédèrent la bataille de Fleurus ; ils prétendaient arriver à temps lorsque tous les approvisionnements nécessaires auraient
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été coinplélemoiit expédiés de Paris. Les deux principaux envois étaient les poudres et les eauxde-vie que l'on dirigeait vers la Sambre.
D'après un de mes rapports , il avait été établi dans la plaine de Grenelle une immense fabrique de poudre. On y suivait, sous la direction de Chaptal et sous la surveillance d'une commission composée de MM. Bertholet, Monge , Guiton- Morveau , etc. , des procédés chimiques qui donnaient en vingt-quatre heures , par des moulins à bras, ce que l'on fabriquait auparavant en six mois par les moyens ordinaires. Sans ces procédés nouveaux , la France n'aurait pu fabri^ quer assez de poudre pour une armée , et il fallait en approvisionner quatorze. Sans cette méthode rapide , le combat de Fleurus n'aurait pu être livré ; l'armée de Sambre-et-Meuse se trouvait sans munitions , et c'était de Paris que les convois les plus importants devaient partir peu de jours avant cette fameuse bataille.
Zicttre de change de Vienne. — Spéculation d'un député au moyen des deniers publics,
A l'époque où se préparaient ces événements militaires, deux faits bien singuliers se passèrent pendant la nuit au sein du comité. Le premier regardait un banquier célèbre et plein de droiture , M. Perregaux. Je le vis amener au Comité de salut public à deux heures après minuit par des gen-
darmes. Le Comité de sûreté générale l'avait fait arrêter, parce qu'on avait trouvé à la poste , dans la correspondance de l'étranger , une lettre de change tirée de Vienne sur Paris , au profit d'un membre de la Convention. M. Perregaux prouva qu'il n'était là que banquier et point agent, qu'il ne pouvait pas répondre des motifs et des intentions de ceux qui tiraient des lettres de change. Cambon fut appelé du Comité des finances , examina la lettre missive et la lettre de change , et donna son avis dans un sens favorable à M. Perregaux. Moi qui connaissais depuis longtemps ce loyal citoyen , je me joignis à Cambon; nous attestâmes ses bons principes , et aussitôt il fut mis en liberté. — La lettre de change ne servit qu'à Confirmer des doutes qui s'étaient élevés sur les moyens de corruption et d'intrigue employés à Paris par un agent de l'Autriche, M. le comte de
Proly.
Quant au second fait , il concernait un membre de la Convention , qui , envoyé en mission auprès de l'armée du Nord , avait cherché à spéculer avec l'argent de la caisse de l'armée , et sous le nom de son beau-père. Ce député était de l'Aube , c'est tout ce que je me permettrai de dire ici ; car, bien qu'il se soit déclaré par la suite et au temps de ma proscription comme un de mes pins ardents ennemis , je ne veux pas le nommer. Ce serait lui infliger une honte indélébile, et faire du scandale n'a pas été un seul instant mon inten-
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tion en écrivant ces mémoires contemporains. Ce député avait pris 100,000 francs appartenant à la nation , et avait chargé son beau-père de fournir avec cette somme des bœufs pour l'approvisionnement de l'armée du Nord. Un pareil marché était illégitime sans doute, à cause de l'altération des dépôts d'argent ou d'assignats destinés à la solde de cette armée. Or, on avait apposté aux environs de la capitale des commissaires de police chargés de surveiller les courriers qui arrivaient à Paris. Le commissaire de la route du Nord arrêta h minuit le courrier envoyé par le représentant près de cette armée, et il lui trouva un paquet de 100,000 francs destinés à un particulier qui lui était inconnu. Le commissaire en référa au comité : on vit par la correspondance interceptée que le gendre annonçait au beau -père son prompt retour à Paris.
Le comité attendit l'arrivée de ce député , et il fut appelé deux jours après pour rendre compte de sa conduite.
Transports de poudre arrêtés à la barrière. — Examen chimique des eaux-de-vie eacpédiées à l'armée de Sambre-et-Meuse.
Un soir, vers dix heures , des militaires qui convoyaient les caissons et les transports des poudres de Grenelle , se trouvent arrêtés à la barrière de Saint-Denis , sous prétexte qu'il ne faut pas dégarnir de munitions la ville de Paris. Rien ne passera,
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leur (lit-on, sans des ordres supérieurs. Carnotct Prieur font rapport de ces faits au Comité qui en témoigne son étonncment, fait rechercher les motifs secrets d'une pareille mesure , et expédie, à la garde de la barrière , Tordre de ne plus susciter de pareils obstacles aux transports des munitions. Ce n'était là que le prélude d'une autre scène à peu près semblable arrivée le lendemain. A une heure après minuit Saint-Just et Lcbas entrèrent au Comité , tenant dans leurs mains deux bouteilles qui contenaient des échantillons des eaux-de-vie envoyées à l'armée de Sambre-et-Meuse. A quelques lieues de Paris un commissaire des guerres avait l'ail examiner ces eaux-dc \io, qui lui avaient été, disait-on, dénoncées comme frelatées et suspectes ; en effet, elles étaient fort troubles et présentaient une couleur grisâtre. Saint-Just et Lebas craignaient qu'on n'eut cherché à paralyser l'action prociiaine de l'armée en empoisonnant les soldats. Celle opinion jeta l'alarme parmi nous/, et Prieur, chargé spécialement de présider aux travaux des chimistes célèbres adjoints au Comité pour les armes, poudres, salpêtres, etc., se rendit sur-le-ciiamp auprès de ces Messieurs. Il amena avec lui Monge et Guiton-Morveau , qui reçurent l'impression des craintes répandues par Saint-Just, el furent chargés d'aller faire sur-lechamp dans leur laboratoire placé près du Comité l'analyse de ces deux bouteilles d'eau-de-vie. Ils revinrent au bout d'une heure avec le rapport de leur examen et avec un résidu jaunâtre et terreux
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trouvé dans cesoaux-de-vie qu'ils avaient clariliées. Us déclarèrent que c'était simplement une matière boueuse ou une eau bourbeus(î prise dans quelque fossé de la roule, et dont les cluirreliers avaient, sans doute, rempli les barriques après avoir dérobé quelques pintes de liqueur. En même temps, pour achever la démonstration, Monge etGuiton burent un petit verre de celle eau-de-vie , et en offrirent aux membres du Comité.
Après ces deux incidents , qui faisaient soupçonner une main puissante et invisible , cherchant à paralyser les forces de l'armée opposée aux Autrichiens, le Comité ordonna que dans la nuit même Saint-Just et Lebas se rendissent à leur poste, et on les déclara responsables des malheurs occasionnés par leur absence ; ils partirent. Quelques jours après fut gagnée la bataille de Fîeurus, journée mémorable dont l'influence fut extraordinaire sur l'opinion publique , en France , et sur l'esprit de Paris.
Saint' Just et mon rapport sur la bataille de'FIcuru.i. '
Saint-Just arriva au Comité plus tôt que les officiers porteurs des drapeaux autrichiens envoyés par l'armée à la Convention avec les dépêches du général en chef Jourdan. Pour suppléer à ces dépêches je consultais les officiers-généraux , je prenais note des principaux détails de cette journée ,
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et ainsi j'écrivais mon rapport sur la table de la salle de délibération du Comité. L'Assemblée attendait impatiemment cette communication. Alors je priai Saint-Just, qui avait été présent àla bataille, de prendre les rapports des généraux et d'aller raconter lui-même ce qu'il avait vu. Mais il s'y refusa constamment, ainsi qu'âme donner les détails que je lui demandais : « Tout est dans la lettre du général Jourdan, me dit-il; voilà tout ce qu'il faut dire. » Il était concentré, et semblait mécontent. Je n'en tins compte ; je dus alors continuer d'interroger les braves officiers , et j'appris d'eux des faits particuliers et des actions valeureuses dont la correspondance ne disait rien. D'après les développements qu'ils me donnèrent, je fis un rapport qui satisfît pleinement la Convention nationale et le public.
Document diplomatique sur le partage de la France projeté par les coalisés en 1794.
Un nouvel incident fut provoqué au Comité par l'arrivée d'un grand paquet qu'une de nos frégates en croisière dans la Méditerranée avait trouvé sur une goélette napolitaine allant à Carlhagène. Ce paquet, envoyé de Toulon, renfermait des papiers et documents diplomatiques de la plus haute importance, puisqu'ils avaient trait au partage de la France entre les puissances coalisées. Nos ennemis voulaient diviser notre territoire comme on avait
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jadis morcelé l'Italie en petits États livrés à l'Autriche et à l'Espagne, et comme dans des temps plus récents on avait partagé la Pologne entre la Russie, l'Autriche et la Prusse.
Le comité prit connaissance de ces papiers. On y trouva : i" le traité de Pilnitz, signé par les puissances d'Angleterre, de Prusse, de Saxe, d'Autriche et de Naples (c'est de Naples que le traité partait pour être présenté à la signature de Charles m, roi d'Espagne'; 2" des instructions développant les dispositions du traité de Pilnitz et les moyens d'exécution et de coopération de chacune des puissances coalisées et partageantes ; 3° une carte générale d'Europe gravée à Londres^ et dont le graveur avait laissé en blanc l'espace occupé par la France, comme pour rappeler le mot que Pitt avait dit en 1 798 à la chambre des Communes, que la France était désormais elTacée du monde politique et commercial ; 4° une carte de France sur laquelle étaient tracées les diverses parts que devait obtenir chaque puissance.
Ces portions se distinguaient par des couleurs différentes. L'Autriche prenait l'Alsace, la Lorraine et la Franche- Comté. La Prusse prenait la Flandre et les parties correspondant à la Meuse, à la Moselle. L'Angleterre se contentait de tout le littoral maritime depuis l'ancienne Aquitaine jusqu'à la Belgique L'Espagne et le Portugal se partageaient les provinces méridionales : le Roussillon etlarsavarre,notamment, étaient reprises parl'Espagne.Le
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Piémont avait aussi sa part. Enfin, le cœur de la France , déchiré dans cette triste hypothèse par des guerres civiles , humilié , abattu , appartenait à l'ancienne dynastie, ou au premier occupant inspiré par l'audace et les circonstances.
L'indignation tranquille avec laquelle le Comité semblait contempler ces insolentes menaces, me fit demander si l'on croyait nécessaire ou politique d'instruire la Convention d'un projet aussi insensé. Le Comité me chargea du dépôt de ces pièces, et déclara qu'il fallait profiter des récits de quelque grande victoire pour y intercaler le plan de partage conçu et signé à Pilnitz. Je plaçai ces pièces dans mon portefeuille; je tenais ainsi en réserve une belle occasion de relever l'esprit public en montrant aux Français ce monument de la jalousie et de l'ambition des cabinets de l'Europe.
Vers ce temps-là un M. Lewis Goldsmith , qui avait eu connaissance à Londres de ces projets haineux et extravagants formés par Pitt contre l'intégrité de notre territoire, avait publié un ouvrage fort curieux sur ce sujet, et son livre avait obtenu beaucoup de succès parmi ses compatriotes les Anglais , qui n'adoptent pas aveuglément et par mode, ou suivant l'impulsion des journaux (comme on le fait en France) tous les plans insensés ou ambitieux de leur gouvernement. La brochure de M. Lewis Goldsmith avait pour litre : les Crimes des cabinets ; il en parut deux éditions , l'une en
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anglais ft l'aulre en français; elles furent épuisées en très peu de temps.
Singulière conduite de Hérault de Séchelles. — Usage qu'il fait des pièces émanées de la coalition. — Il demande son envoi en mission.
Cette découverte des papiers officiels de la coalition fit beaucoup de bruit parmi les membres de la Convention; chacun me demandait quand j'en ferais un rapport circonstancié. Mais pendant que j'attendais une occasion favorable de dévoiler en présence de l'inexorable histoire les intentions criminelles de nos ennemis , HéraultdeSéchelles, qui ne paraissait être que curieux de voir ces cartes et ces signatures royales et impériales , me demanda communication du dossier. J'ignorais alors quelle dangereuse intimité liait ce député, trop confiant ou trop faible pour la direction des affaires politiques, avec le comte de Proly, fils naturel du baron de Thugut , ministre autrichien. Cette particularité ne se découvrit que par les événements qui suivirent. Hérault do Séchelles eut l'imprudence de communiquer ces pièces diplomatiques à son ami. Je les réclamai à plusieurs reprises ; chaque fois il m'assurait qu'il les reporterait incessamment au comité. Il ajoutait que puisque j'étais occupé de tant de travaux et de tant de rapports , il se chargerait volontiers de faire celui qui était relatif au partage éventuel de la France.