‹ Mémoires de Bailly (volume 2)Chapitre 16 sur 43 · N^XIII · texte numérisé non relu

N^XIII

Discours prononcé dans L'assemblée des électeurs.

22 février 1790.

Messieurs ,

Je viens ici, dans cette salle , au milieu de vous, comme on vient respirer l'air natal. J'ai besoin de ce baume salutaire pour le verser sur les plaies de mon cœur; il a été, de toutes parts, profondément blessé par les maux de ma patrie. La douleur a noirci tous mes jours depuis que je vous ai quittés. J'ai besoin de vous revoir, ô vous tous, Messieurs , qui m'avez comblé de vos bontés , qui m'avez traité en ami , et j'oserais presque dire en frère. Ici, Messieurs, l'envie ne m'observait pas, et la calomnie ne me croyait pas encore digne d'elle. Ici, péniblement occupé , j'ai été toujours heureux ; je l'ai été à l'Assemblée nationale , où

les mêmes bontés mont suivi , où je puis dire que j'ai laissé des amis; c'est là que, libre de toute crainte , et fort de la vertu de cette auguste assemblée , j'ai marché conduit par elle ; je l'ai vue défendre et recouvrer vos droits, poser les fondemens de votre liberté , et seconder les vues du roi en régénérant la monarchie. Pendant ce temps, le bonheur de Paris , je dirai plus sans crainte d'être démenti 5 le bonheur de la France a voulu que vous ayez prorogé vos assemblées. Et lorsque la sûreté de Paris , la liberté des citoyens ont paru menacées; lorsque le peuple s'est ému, et qu'un grand trouble a commencé, vous vous êtes trouvés là pour commander : le peuple a eu des chefs , les généreux citoyens ont eu des hommes de courage pour les défendre , des hommes sages pour les diriger , et vous avez saisi une autorité qui allait s'anéantir. Sans vous, l'anarchie et les excès de tous les partis auraient perdu Paris et la France. Grâces vous en soient publiquement et éternellement rendues ! votre gloire sera immortelle ; vos noms vivront à jamais ; et les électeurs de la ville de Paris ont été associés aux dignes représentans de la nation dans la plus mémorable des époques. C'est dans ce moment qu'un cri s'est élevé parmi vous , et que vos acclamations m'ont désigné maire de Paris; et lorsque le choix unanime de mes concitoyens a confirmé ces honneurs que je n'espérais pas , que je n'ambitionnais pas , que j'ai chèrement achetés, et qui , par cela même, doi-

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vent m'ètre pardonnes , avec quelle joie vous aije retrouves, vous , mes amis et mes frères , dans ce temple de la liberté , dans cet hôtel de la commune , où vous avez voulu que je présidasse ! Là nous avons administré avec l'esprit qui doit animer des citoyens libres , chargés de la chose publique ; etlorsque la commune a nommé des représentais; lorsque d'autres citoyens sont venus se dévouer au service de la patrie , vous avez quitté sans regret ces nobles fonctions que vous aviez remplies avec gloire. Ces temps sont passés ; mais on en aime le souvenir. Je me crois aujourd'hui et aux jours de bonheur que j'ai passés avec vous , et aux premiers jours de la révolution. Je retrouve dans vos présidens ces hommes vertueux qui ont été à votre tête au milieu des armes, ces hommes qui ont été citoyens dès qu'il a été permis de l'être , et administrateurs au moment où il y avait le plus de dangers. Mais , ce que j'ai aperçu en entrant avec une grande sensibilité , cest l'image d'un homme qui vous doit tout; et , si une juste modestie ne peut avouer cette faveur, j'en ressens une joie que je ne dois pas cacher, puisque cette faveur m'associe à votre gloire, et me donne l'espèce d'immortalité la plus désirable, celle des services rendus à la patrie. Quand on contemplera ce buste, on croira que j'ai été vraiment utile; on saura, et je m'en applaudis , que c'est le vœu des premiers citoyens élus librement ; et j'aurai encore ce bonheur que ce vœu , qui est de votre affection plutôt que d&

votre justice , a été le dernier acte de votre pouvoir et ferme ce procès-verbal , le récit des faits de votre courage et de votre vertu , et qui , par ses détails précieux sur la plus grande et la plus étonnante des révolutions, sera un des plus beaux nionumens de notre histoire.

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