‹ Mémoires de Bailly (volume 2)Chapitre 25 sur 43 · N° XXIV · texte numérisé non relu

N° XXIV

Discours à lJ ressemblée nationale (i).

18 novembre 1790.

Messieurs 9 Le conseil général de la commune de Paris , dont la municipalité fait partie, vient offrir ses hommages

(1) Nous avons parlé , dans la Notice sur Bailly , de ce discours sur l'état des prisons. Lame tout entière du vertueux maire de Paris se peint dans ce morceau , l'un des plus beaux et des plus touchans qui soient sortis de sa plume. Le président de l'Assemblée nationale répondit à Bailly dans les termes les plus flatteurs et les plus honorables. ( Note des nouv. édit. )

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à l'Assemblée nationale. La ville de Paris a toujours prouvé sa fidélité à la nation et au roi, sa soumission aux décrets de votre sagesse, son amour pour la liberté et pour la constitution. Ses nouveaux représentons , pénétrés des mêmes principes et animés du même esprit, ne peuvent y ajouter que l'expression de leur zèle. Ge zèle sera sans bornes , comme leur respect pour vous. S'il est permis à ses sentimens déjà connus , à un désir ardent du bien public de se manifester ici par des faits; si, la première fois que la municipalité de Paris se présente devant vous, vous approuvez que son. empressement recoure à vos lumières et à votre autorité tutélaire, nous vous dirons que, chargés de l'administration de la plus grande ville du royaume, de cette ville qui jouit de la présence du corps législatif et du roi, nous sommes au centre de tous les mouvemens, nous sommes au point où les moyens sont plus puissans , les ressources plus nombreuses, mais aussi les maux plus grands, les désordres plus redoutables. Paris est l'asile des talens , l'assemblage à la fois des richesses et de la misère; Paris a prouvé ce qu'il recèle de patriotisme et de vertus ; mais Paris est aussi le refuge de tous les crimes, qui viennent s'y cacher dans l'ombre , et se confondre dans la multitude. La police y doit être d'autant plus active , que la ville est immense. La police de Paris est différente de toute autre , parce que cette ville ne ressemble à aucune autre; et cette police , toujours proportionnée à une vaste éten-

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due, doit opposer autant d'obstacles que Paris offre de facilites.

Cette administration a besoin d'être armée de vigilance et de sagesse eu même temps que de force. Si la vigilance est notre devoir , la sagesse est en vous, la force est dans la loi. Invariablement attachés aux lois fondamentales , nous voulons que notre marche soit constitutionnelle ; nous ne voulons faire ni plus ni moins que nous ne devons. C'est a vous à nous tracer la route et à nous diriger entre ces deux écueils. Nous vous demandons une loi de police que vous nous avez promise. Vous avez vous-mêmes formé notre municipalité. Nous avons tous été élus par le peuple , mais nous attendons votre loi pour l'exécuter ; loi nécessaire , parce que les dangers sont grands , multipliés, et qu'ils s'augmentent tous les jours ; loi nécessaire pour que nous assurions cette capitale. C'est à la loi à en répondre ; nous ne répondons que de son exécution. Nous vous supplions de nous revêtir de votre sagesse et de votre autorité pour rétablir l'ordre et la paix dans cette ville qui nous est confiée , et dont tous les mouvemens retentissent dans l'empire.

Le corps municipal nous a chargés de dénoncer à votre justice des maux également pressans, et que votre humanité se hâtera de terminer. Les tribunaux sont vacans; les accusés n'ont point de juges. Déjà un mois et plus s'est écoulé : il s'écoulera encore plus de temps avant que les tribunaux nou-

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veaux soient établis, et cependant les prisons sont remplies ; de nouvelles prisons y ont été ajoutées , et cependant les prisonniers y sont entassés. T /innocent y altend sa justification , le criminel la fin de ses remords. Tous y respirent un air malsain , et la maladie est près d'y prononcer des arrêts de mort. Le désespoir y habile ; le désespoir y dit : Ou donnez-moi la mort , ou jugez-moi. Quand nous visitons ces prisons , voilà ce qu'entendent les pères des pauvres et des malheureux; voilà ce que leur devoir est de répéter aux pères de la pairie. Nous devons leur dire que dans les repaires du crime , de la misère et de tontes les douleurs , le temps est infini dans sa durée : un mois est un siècle, un mois est un abîme dont la vue est épouvantée. Pardonnez, si nous remettons sous vos yeux une question déjà présentée; mais ':, émoins des maux , nous vous devons de les faire connaître , de vous montrer et leur instance et leur énormité. Témoins des maux, nous devons à la :ille de Paris qui nous l'a ordonné , de demander à l'Assemblée nationale \u\ tribunal provisoire , une attribution à l'une des cours supérieures étant encore en fonctions, Les maux vous sont connus; les remèdes sont dans votre sagesse ; ils sont nécessaires , ils sont pressans : plutôt demain que plus tard ; car tous ces hommes désespérés , tourmentés par le malheur , chaque jour en demandent la fin ; et tous ces désespoirs renfermés étant prêts à s'élever contre leurs gardiens , l'insurrection peut chaque

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jour les répandre dans la capitale. Tels sont les objets de la mission dont la commune et le corps municipal nous ont chargés auprès de l'auguste Assemblée qui nous admet en sa présence : l'hommage de leurs respects , soumission et fidélité , la demande instante d'une loi de police qui nous autorise à agir avec justice , en même temps avec sûreté ; et la demande non moins instante de tribunaux qui vident les prisons par la justification de l'innocence , ou par des exemples de justice.

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