N° XX VIII
Lettre à M. Le Feuvre cV Arles 9 commandant du bataillon des Petits- Aagustins.
5 juin 1791 .
M- le commandant-général m'apprend , Monsieur , que ,- samedi , même avant d'avoir reçu aucun ordre , le bataillon des Petits-Augustins, que vous avez l'honneur de commander , avait arrêté de se réunir hier à six heures du matin au poste de la rue de Bourbon , pour veiller à la tranquillité publique autour des Théalins , et assurer , dans cet édifice , l'exécution de la loi qui établit la liberté du culte religieux. Je sais, Monsieur, que cette résolution a été exécutée ; je sais que votre bataillon y a rempli ce devoir avec zèle , et qu'il a eu le bonheur de sauver un prêtre qu'on voulait maltraiter. Comme citoyen et comme magistrat , je loue votre bataillon et j'applaudis à son respect pour la loi. Je reconnais à ces dispositions les soldats de la patrie. Ce n'est pas tout de l'avoir défendue dans le péril des armes; il faut la sauver dans le danger des dissensions. Tout soldat-citoyen a ce double devoir à remplir ; et c'est ce que vous avez fait. Mais , en considérant la foule qui se porte aux Théatins , je m'afflige de reconnaître comme on égare le peuple de Paris ; je m'afflige d apercevoir dans cetle foule quelques hommes revêtus de l'uniforme de la nation, dont nos ennemis