ÉCLAIRCISSEMENS HISTOR. ET PIÈCES OFFIG
» ce que vous dites, Monsieur-, me dit M. de Barbantane? — Je » dis , Monsieur, que les propos que je viens d'entendre sont abo- » minables. Sur quoi M. de Barbantane me dit: Qu est-ce qu'on a vous a donc dit, Monsieur? quand on n'entend pas bien , on ne » devrait pas parler. — Monsieur, j'ai parfaitement bien entendu, r> et tout le monde a entendu comme moi.
» M. de Beauharnais , qui était à côté de moi , ajouta : Oui , c'est fi abominable. — Est-ce à moi que vous adressez la parole , me dit fi M. de Barbantane? — Monsieur, à tous ceux qui veulent m'en- » tendre. M. de Beauharnais répondit: Non, Monsieur parle à -ù tout le monde. »
Les faits suivans seront une réponse à cette dénonciation.
Assistant à presque toutes les séances de l'Assemblée , je n'ai pas manqué , en effet , celle dont il est question ; je me souviens très-bien de l'effet que la discussion vive, bruyante, occasionée par la réponse du roi, avait fait sur moi ; je fus effrayé des dispositions manifestées par une partie de l'Assemblée ; je fus vivement agité de l'effet qu'elles pourraient produire parmi le peuple. Ce fut donc par la crainte d'un grand désordre , que je m'écriai , sans 6ortir de ma place , et ne m'adressant à personne : Mon Dieu! ces gens-là veulent donc toujours la lanterne !
M. de Raigecourt , qui était à quelques places de moi , par son expression, beaucoup plus que par ses paroles, que j'entendis mal, me parut avoir compris que je lui disais : II faut envoyer ces genslà à la lanterne. Comme l'expression de sa désapprobation me déplut , je lui dis avec vivacité : Quand on veut se mêler de régenter les autres, il faut au moins bien entendre. Il marmotta quelques mots entre ses dents , et mon voisin m'ayant dit qu'il était sourd , ma vivacité fut bientôt calmée.
Mes collègues suppléans m'ont attesté, depuis que j'ai eu connaissance de cette disposition , que M. de Chartres était dans la tribune des suppléans à cette#scancc. Quant à moi , je n'ai point de souvenir de sa présence dans le moment dont il s'agit , et par conséquent, point de ce qu'il a pu dire.
Madame Charles de Lameth n'était point à l'Assemblée ce jourlà ; elle était malade ; je m'en suis assuré par elle-même et par sa famille.
M. de Beauharnais l'aîné me parut se mêler obligeamment à de*
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propos très-vifs , pour éviter qu'ils pussent avoir de la suite ; je me souviens qu'il dit : // ne faut point prononcer ee mot (lanterne). Je lui répondis : Vous avez raison; mais monsieur devrait mieux entendre ou se taire.
Tourmenté par l'inquiétude vive d'un grand désordre , mon expression et mon discours furent donc conformes à ce sentiment. M. de Raigecourt paraît avoir vu et entendu autrement; mais M. de Raigecourt a besoin de sa lorgnette pour reconnaître son voisin; mais il a beaucoup de surdité; ses infirmités n'auraientelles pas dû éveiller sa délicatesse pour ne pas faire une dénonciation où il a fallu voir et entendre? il m'aurait épargné la nécessité d'un désaveu formel et authentique des phrases qu'il m'attribue.
Je déclare qu'elles ont été telles que je viens de les énoncer, et que les infirmités de M. de Raigecourt ont pu seules lui faire voir et entendre autrement.
Signé Puget-Barbantane , député suppléant de Paris , colonel du régiment d' A unis.
Note (B), page 8i.
Déposition de Maillard sur les épénemens du 5 et du 6 octobre.
M. Maillard , capitaine des volontaires de la Bastille , à Paris , rue de Béthizi. Ce M. Maillard était l'orateur des femmes qui se présentèrent à l'Assemblée nationale ; et il dépose que le lundi 5 octobre, sur les sept heures du matin , il se transporta à la Ville, à l'effet de faire une réclamation à la commune, au nom des volontaires; mais que la commune n'étant point assemblée, les salles étaient, au contraire, remplies de femmes qui cherchaient à enfoncer et enfonçaient toutes les portes des salles derHôtel-de-Ville, ce qui le fit descendre à l'état-major , à l'effet de demander des ordres à M. de Gouvion, pour remédier et éviter les dégâts que ces femmes pouvaient commettre, M. de Gouvion pria instamment lui déposant de ne point l'abandonner , et de l'aider à calmer le peuple. Dans ce moment, on vint annoncer à M. de Gouvion une insurrection dans le faubourg Saint- Antoine ; et , comme la compagnie des volontaires était à la Bastille , et proche du faubourg, dans la crainte que lesdits volontaires n'eussent
point de munitions , M. de Gouvion lui délivra un ordre pour avoir trois cents cartouches pour les volontaires ; lui déposant se transporta au district de Saint-Louis-la-Culture , où il fit viser cet ordre. Il se rendit où étaient lesdits volontaires , leur demanda et fit l'inspection pour savoir s'ils avaient assez de munitions ; qu'en ayant trouvé suffisamment pour leur défense , il ne fit aucun usage dudit ordre , ordre qu'il nous représente ; que les ouvriers de la Bastille se portèrent alors sur la compagnie des volontaires qui étaient sous les armes , dans la cour ; que le sieur Hulin , commandant en chef de ce corps , d'accord avec lui déposant, ont employé toute l'honnêteté envers lesdits ouvriers, en les assurant qu'ils ne voulaient se servir de leurs afmes que contre les ennemis de la liberté, et non envers eux, comme ils le prétendaient; et que pour les en convaincre , ils firent mettre les armes bas auxdits volontaires ; que le calme étant rétabli parmi ces ouvriers , et après qu'ils ont eu évacué la place de la Bastille , lui déposant quitta le sieur Hulin, et vint à l'Hôtel-de- Ville, seul, sur la prière que lui en avait faite M. de Gouvion , de venir l'aider, se trouvant seul ; lui déposant, dans ce moment, ne put monter à l'Hôtel-de-Ville ; il était occupé par une affluence de femmes qui ne voulaient pas d'hommes parmi elles, qui répétaient sans cesse que la Ville était composée d'aristocrates , que lui déposant fut pris pour un membre de la Ville , parce qu'il était vêtu de noir, et elles se refusèrent à son entrée , ce qui l'obligea d'aller changer de vêtement. Mais en descendant les degrés de l'Hôtel-de-Ville, il fut arrêté par cinq ou six femmes , qui le firent monter , en criant à toutes les autres que c'était un volontaire de la Bastille , et qu'il n'y avait rien à craindre de sa part; qu'alors lui déposant , ayant pénétré au milieu d'elles, il les trouva , les unes enfonçant les portes d'en bas , les autres arrachant les papiers dans les salles , disant que c'était tout ce qu'on avait fait depuis l'époque de la révolution , et qu'elles les brûleraient ; que lui déposant les invita à rester tranquilles, à l'aide d'un nommé Richard Dupin; que ces femmes répétaient que les hommes n'avaient point assez de force pour se venger , et qu'elles se montreraient mieux que les hommes ; que , dans un moment que lui déposant était au fond de la cour , en se retournant il vit monter une quantité d'hommes armés de piques , lances , fourches et autres armes , avant forcé les femmes de les laisser entrer ;
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que ces hommes se jetèrent sur les portes oii ces femmes avaient commencé à frapper , qu'ils les enfoncèrent , à l'aide de gros marteaux qu'ils avaient, et de leviers qu'ils trouvèrent dans l'Hôtel-de- Ville; qu'ils prirent toutes les armes qu'ils trouvèrent, en donnèrent aux femmes ; qu'on vint dire à lui déposant , que des femmes arrivaient avec des torches pour brûler les papiers qui restaient dans ledit Hôtel-de-Ville ; que lui déposant sortit de 1 Hôtel-dc- Ville , se précipita sur ces mêmes femmes, au nombre de deux, qui tenaient chacune une torche allumée, et qui gagnaient l'Hôtelde-Ville ; qu'il leur retira ces torches, ce qui faillit lui faire perdre la v^e , parce qu'il s'opposait à leur projet : il leur observa qu'elles pouvaient se porter, par une députation , à la commune , à l'effet de demander justice , et de présenter la situation où elles pouvaient être, puisque toutes demandaient du pain; mais elles répondirent que toute la commune était composée de mauvais citoyens, qui méditaient tous d'être à la lanterne, MM. Bailly et La Fayette les premiers ;
Que pour éviter le malheur qui menaçait ces deux têtes, ainsi que l'Hôtel-de-Ville , lui déposant crut qu'il était nécessaire qu'il se transportât de nouveau à létal-major dudit Hôtel-de-Ville, ou il ne trouva que M. d'Hermigny, aide-major-général , à qui il demanda quels moyens l'on pouvait employer pour calmer tout ce peuple qui ne demandait que le carnage. M. d'Hermigny fit réponse à lui déposant , qu'il le priait de faire tout ce que sa sagesse et sa sagacité pourraient lui suggérer pour rétablir le calme au sein de la capitale ; à quoi lui déposant dit au sieur d'Hermigny que toutes ces daines ne voulaient entendre aucunes raisons , et qu'après avoir mis en ruine l'Hôtel-de-Ville. elles voulaient se porter à l'Assemblée nationale , à l'effet de connaître tout ce qui avait été décrété jusqu'à ce jour 5 octobre ; à quoi lui déposant dit à ces dames , que l'Assemblée nationale ne leur devait aucun compte, et que, si elles y allaient , elles causeraient une rumeur , et empêcheraient les députés de s'occuper séiieusement des affaires importantes relatives à la circonstance présente ; que ces dames persistant toujours dans leurs desseins , lui déposant crut prudent qu'il se retirât de nouveau auprès de mondit sieur d'Hermigny, pour lui faire part de la résolution de ces femmes, en ajoutant audit sieur d'Hermigny, que, s'il Jugeait à propos , lui déposant accompagnerait ces femmes à
Versailles , pour prévenir et leur faire connaître le danger où elles s'exposiÉent en faisant une démarche aussi peu réfléchie ; à quoi ledit sieur d'Hermigny répondit à lui déposant, qu'il ne pouvait donner un ordre de cette nature ; que ce serait contre les intéiêts des citoyens , et que lui déposant pouvait faire tout ce qu'il lui plairait , pourvu que cela ne portât aucun préjudice à la tranquillité publique : lui déposant ajouta audit sieur d'Hermigny, que cela ne pouvait préjudicier , et que c'était le seul moyen de débarrasser l'Hôtel-de -Ville et la capitale ; que par ce même moyen Ton parviendrait à mettre les districts sur pied; que, pendant le temps qu'elles feraient quatre lieues , l'armée pourrait prévenir les malheurs que ces femmes sa proposaient de commettre. Le déposant prit un tambour à la porte de l'Hôtel-de-Ville oii les femmes étaient déjà assemblées en très-grand nombre ; et des détachemens d'elles pai tirent dans différons quartiers pour faire reçue d'autres femmes, à qui elles donnèrent îendez-vous à la place Louis XV; que tuj déposant vit plusieurs hommes qui se portaient à leur tête, et qui leur faisaient des harangues propres à exciter une sédition ; crut qu'il était de son devoir de faire connaître à ces femmes que ces hommes les induiraient à erreur; observe qu'il n'a pas assez remarqué tous ces hommes pour pouvoir les signaler ; eu a seulement remarqué deux , l'un vêtu d'une grande culotte et d'une veste de marin , cheveux rouges , et marqué de taches de rousseur, et l'autre vêtu d'une redingote beige, portant un drapeau blanc qu'il disait avoir conquis àla Bastille, et qui avait été arboré en signe de paix: qu'invité à livrer ce drapeau, ce particulier s'y refusa constamment, et plusieurs d'elles, d'accoid avec le premier particulier, lui arrachèrent son drapeau, et le mirent dehors les rangs ou il s'était porté ; qu'au premier tambour; dont il a pailé plus haut, deux autres se réunirent, et prirent leur route le long du quai desOi févres, de l'Ecole, jusqu'au dernier guichet du Louvre ou, au milieu de la place, une dame avec son mari étant dans une voiture, plusieurs de ces femmes se portèrent à ladite voiture et firent descendre ladite dame que son mari n'abandonna point. Ce dernier pria lui déposant de s'intéresser auprès de ces femmes pour qu'elles les laissassent libres, ce à quoi il n'avait pu parvenir, malgré toutes les honnêtetés qu'il avait mises en usage. Lui déposant fit faire halte aux femmes, et leur dit que cette dame ne se refuserait peut-être pas d'aller à Ver-
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sailles avec elles , mais qu'au moins elles devaient consentir qu'elle allât dans sa voiture avec son mari ; elles refusèrent cette proposition , et il n'y eut que les pleurs de cette dame qui parurent attendrir quelques-unes de ces femmes ; que d'autres étaient inexorables , ce qui causa une rumeur entre elles , et elles se battirent ; que pendant ce temps lui déposant pria celles des femmes qui tenaient cette dame , de la laisser aller , et il obtint sa liberté ; que ces femmes continuèrent leur route , et forcèrent lui déposant à passer par le jardin des Tuileries : il leur objecta que cela n'était pas possible , que les suisses s'y opposeraient , et que ce serait insulter Sa Majesté que de passer ainsi par ce jardin , et surtout en aussi grand nombre ; toutes se récrièrent que puisque lui déposant ne voulait point condescendre à leurs volontés , qu'il eût à se retirer de leur tête , et plusieurs d'entre elles se mirent en devoir de le frapper, ce qui obligea le déposant de leur dire qu'il allait le faire , mais au moins qu'elles lui permissent d'employer toute la prudence qu'exigeait une démarche aussi inconsidérée; ces femmes le lui permirent : il demanda une des femmes pour aller prévenir le suisse qu'il n'avait rien à craindre , et que c'était ces dames qui demandaient à passer par le jardin, qu'elles ne commettraient aucun dégât , et qu'elles se comporteraient de manière à ne point lui attirer de reproches; cette femme, nommée madame Lavarenne, portière , rue Bailleul , hôtel d'Aligre , chargée de cette mission de la part de lui déposant, alla vers ce suisse pour lui faire part de ce dont elle était chargée. Ce suisse refusa de l'entendre , tira son épée de son baudrier avec le fourreau , et poursuivit cette femme qui avait un manche à balai à sa main , et qui se sauvait en criant à son secours. Toutes les femmes, indignées du procédé du suisse , voulaient se porter sur lui , et lui arracher la vie ; que lui déposant leur fit connaître le tort qu'elles avaient , et leur objecta qu'une sentinelle ou un suisse qui était dans un poste quelconque , et qui était confié à sa garde, représentait la personne du roi, et était aussi respectable ; elles ne voulurent point écouter ce que lui déposant pouvait leur dire pour les engager à prendre une autre route , ce qui engagea le déposant à dire à ces femmes qu'il allait aller lui parler. Il y fut en effet ; mais ce suisse , toujours inaccessible . tira son épée hors de son fourreau , pour en porter plusieurs coups à lui déposant, coups qu il para
sans chercher à en porter audit suisse , mais seulement pour se défendre; que cette femme Lavai enne, voyant ainsi lui déposant traité5, vint à son secours , crut devoir donner un coup de manche à balai sur les deux épées qui se croisaient; que, de ce coup, lui déposant et le suisse furent désarmés ; le suisse reçut un coup d'une autre femme qui le fit tomber ; un particulier , armé d'un fusil au bout duquel était une baïonnette , vint foncer sur le suisse qu'on disait rendre la vie, et voulut l'achever en le perçant de sa baïonnette ; que lui déposant arrêta le coup , et s'empara de la baïonnette de ce particulier , comme de l'épée du suisse ; que lui déposant et les femmes traversèrent les Tuileries pour gagner la place Louis XV , lieu du rendez-vous que ces femmes s'étaient donné ; mais comme le peuple était assemblé en grand nombre , et que cette place ne devenait plus propre au lieu convenu de leur assemblée , elles décidèrent d'aller au milieu des Champs-Elysées , place d'armes d'où lui déposant vit arriver de toutes parts des détachemens de femmes armées de manches à balais , lances , fourches , épées , pistolets et fusils , sans cependant aucune d'elles avoir de munitions , puisqu'elles voulaient le forcer à aller chercher delà poudre à l'Arsenal avec un détachement d'elles , mais que lui déposant se servit de l'ordre qu'il avait de M. de Gouvion , et le leur exhiba , prétextant que cet ordre avait été donné pour elles , mais qu'il n'y avait point de poudre audit arsenal , quoique cependant lui déposant savait le contraire ; mais qu'il croyait prudent que, puisqu'elles ne voulaient aller à l'Assemblée nationale que pour demander justice et du pain , elles pouvaient y aller sans armes , et qu'elles attendriraient plutôt cette Assemblée en se présentant sans armes , qu'en employant la force : à force de prières et de protestations , il parvint à faire mettre bas les armes à ces femmes , à l'exception de quelques-unes qui s'y refusèrent , mais que d'autres plus sages firent céder.
Cependant deux se présentèrent avec chacune un fusil , et exhibèrent une cartouche , disant qu'elles avaient été vivandières , et qu'elles étaient en état de se défendre ; et qu'elles le priaient de les laisser armées ; qu'elles lui serviraient d'avant - garde , ainsi qu'aux autres femmes. Il leur " objecta qu'il était impossible , parce que cela excitait de la jalousie aux autres femmes l, qu'il pria rie les faire rentrer parmi
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elles ; mais une douzaine de femmes se portèrent sur ces deux , et leur firent rendre les armes, disant qu'il n'y aurait point d'exception ; qu'au son de la voix de ces deux femmes , et à la taille de l'une , il soupçonna que ce pouvait être des hommes déguisés ; quo lui déposant s'était acquis la confiance de ces femmes, au point qu'elles dirent toutes , d'une voix unanime, qu'elles ne souffriraient que lui à leur tête : une vingtaine se détachèrent pour faire rentier tous les autres hommes derrière elles; prirent Ja route de Versailles, ayantdevant elles huit ou dix tambours; que ces femmes alors pouvaient être au nombre de six à sept mille ; et passèrent par Chaillot , le long de la rivière ; que toutes les maisons étaient fermées, dans la crainte , sans doute , du pillage ; que des femmes , malgré cela , allaient frapper à toutes les portes ; et quand on se refusait d'ouvrir , elles voulaient les enfoncer, et se mettaient eu devoir d'enlever les enseignes. Voyant et voulant prévenir la ruine de ces habitans , il fit faire halte à toutes ces femmes , et leur dit qu'elles ne se feraient point honneur en se comportant de cette manière , et que lui déposant se retirerait de leur tête si elles se comportaient ainsi , et qu'on pourrait regarder leurs actions de mauvais œil ; au lieu que si elles allaient paisiblement, avec honnêteté, tous les citoyens de la capitale leur en sauraient bon gré. Elles cédèrent enfin aux remontrances et avis de lui déposant, et continuèrent leur route avec sagesse jusqu'à Sèvres; que cependant , dans cet intervalle de chemin , elles interceptèrent le passage à dix courriers et voitures de la cour , qui allaient du côté de Versailles , dans la crainte , disaient-elles , qu'on ne fît fermer le pont de Sèvres pour les empêcher de passer , sans faire aucun mal à ces personnes. Arrivé au pont de Sèvres, il fit faire halte , et pour prévenir des malheurs, il demanda s'il y avait des hommes armés ; mais au lieu de réponse satisfaisante de la part des habitans de Sèvres, à qui on s'était adressé , ils dirent seulement que Sèvres était dans la plus grande consternation, que tout était fermé , et qu'il serait impossible de trouver aucun rafraîchissement pour ces dames.
Ne sachant quel parti prendre , il avisa le moyen de proposer à celles de ces femmes qui lui paraissaient les moins animées , et qui marchaient [forcément , de demander s'il y avait des hommes dd Paris armés à leur suite ; que plusieurs répondirent que oui , et en
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furent chercher huit qui se présentèrent à lui déposant , dont un d'entre eux lui demanda la permission de commander aux sept autres; et comme ce particulier était en veste d'ordonnance, et que lui déposant le croyait au fait du service , il y consentit et lui donna pour consigne d'aller à Sèvres , de s'informer et de découvrir où étaient les boulangers du lieu , de les inviter à donner et à distribuer le pain qu'ils pouvaient avoir chez eux , en les assurant qu'ils pouvaient compter qu'on ne leur ferait aucun mal ni toit , ces femmes en ayant assuré lui déposant.
D'après cet ordre donné, lui déposant et les femmes continuèrent leur chemin , sans rencontrer un seul obstacle dans Sèvres , même aucune garde; qu'arrivés à Sèvres , ils trouvèrent effectivement les boutiques de limonadiers et cabaretiers fermées : une ordonnance de la part du particulier par lui dépêché à Sèvres avec sept hommes vint apprendre à lui déposnnt qu'il avait couru tous les boulangers , et qu'il n'avait trouvé que huit pains de quatre livres ; que les boulangers les coupaient par morceaux , à petite portion, pour les distribuer aux femmes; à quoi le déposant répondit qu'il eût à retourner à son poste , et qu'il y fût ferme , et qu'il engageât ses camarades d'armes à limiter, et surtout qu'il observât la prudence et l'honnêteté.
Le déposant fut obligé de rendre compte à ces dames du rapport qu'on venait de lui faire , ce qui excita des murmures entre elles , et les fit disperser çà et là , pour tenir et former des complots , ce qui fit craindre à lui déposant pour les habitans de Sèvres. Il crut devoir faire rappeler pour rassembler tontes ces femmes : un grand nombre s'approchèrent , mais une quantité aussi restèrent derrière , ce qui lit croire à lui déposant qu'il y avait de l'obstination de la part de ces dernières pour faire le mal. Le déposant se servit de la voix de celles qui paraissaient soumises , et les engagea à se porter dans les pelotons des autres , pour leur inspirer une façon de penser différente de celle qu'on disait à lui déposant qu'elles avaient. Elles ne purent rien gagner, et bientôt les pelotons se dispersèrent et les femmes se portèrent à toutes les portes et boutiques des marchands de vin , aubergistes , limonadiers et autres citoyens , entrèrent même dans une cour , prirent des bancs et autres morceaux de bois , et se mirent en devoir d'enfoncer les portes et abattre les enseignes de tous les marchands ; lui déposant
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fit battre la 'générale pour rassembler les citoyens de Sèvres , et les mettre en état de défense contre les malheurs dont ils étaient menacés ; mais au lieu de ces citoyens , il vit arriver une foule d'hommes armés , qu'il croyait d'abord être des habitans de ce lieu , au contraire , c'était des hommes affamés de la perte des citoyens de Sèvres , et qui se portèrent avec les femmes , avec fureur sur toutes les portes où elles étaient ; alors lui déposant prit le parti encore de faire rappeler , et d'assembler tous les hommes et les femmes , et leur fit entendre qu'on les prendrait plutôt pour des bandits que pour des citoyens, comme ils s'annonçaient ; qu'il valait mieux qu'ils restassent tranquilles , que lui déposant allait frapper à diverses portes pour avoir des alimens et du vin s'il y en avait ; qu'effectivement il se porta à une en face de la grille du parc , qu'il se présenta un homme malade , et lui dit , sur la demande de lui déposant , de donner du pain et du vin s'il en avait ; qu'il n'avait point de pain , mais qu'il avait du vin ; que lui déposant lui en fit tirer dix ou douze brocs qu'il fit distribuer par des hommes armés à toutes ces femmes ; les unes payaient et les autres ne payaient pas : lui déposant dit à ce particulier qu'il en donnât cependant tant que ces femmes en voudraient, que lui déposant le paierait de son argent; et que s'il n'en avait pas assez , il lui donnerait un bon pour être payé à la Ville ; mais ce particulier dit qu'il regrettait de ne pas en avoir davantage ; qu'il en aurait fait le tacrifice sans aucune rétribution : plusieurs femmes le remercièrent, et lui déposant engagea une vingtaine de femmes à prendre des hallebardes pour pouvoir former une barrière devant elles , afin qu'aucune d'elles ne pussent passer en avant : elles furent désarmer trois ou quatre hommes , et apportèrent des hallebardes et formèrent une barrière ; elles se mirent en route , les hommes restèrent derrière , ce qui ne laissa pas moins de crainte à lui déposant ; mais un particulier sans col , et qui a dit , à lui déposant , avoir manqué d'être pendu pour avoir sonné le tocsin dans une église de Paris , lui ajouta que si lui déposant voulait le charger du commandement des hommes qu'il redoutait , il le ferait avec toute prudence ; mais que lui déposant lui répondit qu'il n'était pas plus le maître de lui donner le commandement , que lui d'être commandant lui-même; que s'il voulait faire le bien, on lui saurait toujours bon gré , et qu'il viendrait trouver,
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lui déposant , et qu'il rendrait compte à la Ville de ses actions pour lui mériter des remercîmens ; ce particulier, n'ayant aucune arme , et en voyant plusieurs à lui déposant , le pria de lui en prêter une, ce que lui déposant fit , en lui abandonnant la sienne au lieu de celle du suisse , comme devant en rendre compte : ce particulier le quitta et vint lui rendre compte de sa conduite à l'Assemblée nationale , en lui disant que tous ces MM. s'étaient comportés avec toute l'honnêteté possible , et qu'il remettrait , à lui déposant , son épée à Paris. Le déposant avec ces femmes cheminaient pour gagner Versailles , et, passé Viroflai , elles rencontrèrent plusieurs particuliers à cheval , qui paraissaient être des bourgeois ayant des cocardes noires à leurs chapeaux ; elles les arrêtèrent , et voulaient se porter à des excès contre eux , disant qu'il fallait qu'ils périssent pour subir le châtiment de l'insulte qu'ils avaient faite et qu'ils faisaient à la cocarde nationale ; elles en frappèrent un , le démontèrent de son cheval , en lui arrachant sa cocarde noire , qu'une de ces femmes remit à lui déposant: il fit faire halte aux autres femmes , qui ne passèrent pas leur barrière , et lui déposant fut au secours du particulier qu'elles maltraitaient ; qu'il obtint sa grâce, sous condition qu'il donnerait son cheval , qu'il marcherait derrière elles, et qu'au premier lieu elles lui mettraient un éeriteau derrière lui , comme ayant insulté la cocarde nationale. Ce particulier consentit à tout , pourvu qu'on lui laissât la vie : une de ces femmes monta sur le cheval et partit avertir à Versailles qu'elles allaient arriver : un peu plus loin elles aperçurent, dans une avenue qui fait fourche au grand chemin , deux autres particuliers vêtus de même en bourgeois,et qui allaient à grande course de cheval vers Versailles : plusieurs femmes sortirent des rangs et interceptèrent le passage à ces deux particuliers qui avaient sur leurs têtes des chapeaux ronds avec des cocardes noires qui leur furent prises. Une de ces femmes qui avait l'un des deux chapeaux , connue sous le nom de femme Toumay, et deux autres femmes remirent à lui déposant les deux cocardes noires, et deux femmes montèrent sur les chevaux , et ces deux particuliers se placèrent derrière les femmes.
Cette expédition faite , il fit mettre ces femmes sur trois rangs , autant qu'il fut dans son pouvoir, et -fit former un cercle , et leur dit que les deux pièces de canon ne devaient point être traînées
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à leur tête; que, maigre qu'elles n'eussent pointde munitions, on pourrait les soupçonner de mauvaises intentions; qu'elles dev lient plutôt montrer de la gaieté que de causer une émeute dans Versailles; que celte ville n'étant ppint informée de leur démarche, les habitans pourraient soupçonner d'autres vues, et qu'elles seraient victimes de leur dévouement. Elles consentirent à faire ce que lui déposant voudrait; en conséqueuce les canons furent placés derrière elles, et invita lesdites femmes à chanter Vive Henri IV! en entrant à Versailles, et à crier vive le roi ! ce qu'elles ne cessèrent de répéter au milieu du peuple de cette ville , qui les attendait et criait Vive nos Parisiennes ! Elles arrivèrent à la porte de l'Assemblée nationale , oii lui déposant dit qu'il était imprudent de se montrer plus que cinq ou six femmes : elles se refusèrent et voulurent toutes entrer; qu'un officier des gardes qui était à l'Assemblée nationale se joignit à lui déposant, et qu'ils invitèrent ces femmes à ne point se montrer davantage que douze. Que, d'après plusieurs débats entre ces femmes, il s'en est trouvé quinze qui entrèrent avec lui déposant à la barre de l'Assemblée nationale; que de ces quinze femmes il n'a connu que la femme Lavarenne , dont il a précédemment parlé, et qui vient d'être gratifiée d'une médaille par la commune de Paris. Ou étant, il engagea lesdites femmes à se taire et à le laisser seul faire paît à l'Assemblée de leurs demandes qu'elles lui avaient communiquées en route; à quoi elles ont consenti. Alors lui déposant demanda la parole au président ; M. Mounier, alors président, la lui accorda ; et lui déposant dit que deux ou trois personnes, dans une voiture de la cour qu'ils avaient rencontrées sur la route, lut avaient dit qu'ils étaient instruits qu'un abbé, attaché à l'Assemblée , avait donné à un meunier deux cents livres pour l'empêcher de moudie, avec promesse de lui en donner autant par semaine : l'Assemblée nationale demanda fortement que lui déposant le nommât ; il ne put satisfaire à leur demande , attendu qu'il ne se rappelait ni des noms de ceux que ces gens lui avaient dénoncés, ni des dénonciateurs mêmes; que ce qu'il pût dire, c'est qu'il se rappelaitqu'ils demeuraient rue du Plâtre-Sainte-Avoye ; que l'Assemblée persistant toujours à vouloir connaître le dénoncé , M. de Robespierre , député d'Artois , prit la parole, et dit que l'étranger, introduit dans la diète auguste, avait fortement raison , et qu'il
croyait qu'il en avait été question le matin; que M. l'abbé Grégoire pourrait donner des éclaircissemens ; ce quijdéchargea lui déposant d'en donner lui-même. Lui déposant ayant la parole, il dit que, pour établir la tranquillité, rendre les esprits plus calmes , et prévenir les malheurs , il priait MM. de l'Assemblée de nommer une députation qui voulût bien se transporter près MM. les gardes-du-corps , à l'effet de les engager à prendre la cocarde nationale, et de faire réparation de l'injure qu'on disait qu'ils avaient faite à cette même cocarde. Plusieurs membres de l'Assemblée élevèrent la voix , et dirent qu'il était faux que les gardes du roi eussent jamais insulté la cocarde nationale ; que tous ceux qui voulaient être citoyens pouvaient l'être de bonne volonté , et qu'on ne pouvait forcer personne. Lui déposant prit la parole et dit , en montrant trois cocardes noires qui étaient celles dont il a ci-devant parlé , qu'au contraire , il ne devait exister aucune personne qui ne se fît honneur de l'être; que s'il y avait parmi cette auguste Assemblée des membres qui se trouvassent déshonorés de ce titre, ils devaient en être exclus sur-le-champ. Il fut fait plusieurs applaudissemens , et des cris retentirent dans la salle : « Oui , tous doivent l'être , et nous sommes tous citoyens .'. »
Pendant ces applaudissemens, on apporta à lui déposant une cocarde nationale , de la part des gardes-du-corps , qu'il montra à toutes les femmes pour l'aide connaître la soumission de ces premiers ; les femmes crièrent toutes vivent le roi et MM. les gardesdu-corps .' Lui déposant demanda ensuite la parole au président, et dit qu'il était essentiel aussi , pour prévenir des malheurs et les doutes qui étaient répandus dans la capitale sur l'arrivée du régiment de Flandre à Versailles , de faire éloigner ce régiment , parce que les citoyens craignaient une révolution de leur part. M. Mounier répondit qu'on instruirait le roi , le soir, à son retour de la chasse, où on le disait être. Lui déposant répliqua qu'il avait bien du plaisir à croire le contraire des soupçons et des cris qui paraissaient se répandre et agiter la capitale ; que cependant il croyait nécessaire , pour le bien des citoyens , qu'on engageât le roi à prononcer le renvoi de ce régiment , en lui donnant l'idée que c'était toujours mille bouches à nourrir , et que, dans le moment de calamité et de disette de pain ou nous étions, ee régiment» pourrait plutôt se pourvoir dans mie ville de province que si près m. o.n
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de la capitale, où le pain valait 3 livres 12 sous les quatre livres. Un membre , chevalier de Saint-Louis , prit la parole et dit que tout cela était faux : qu'il arrivait de Paris , qu'il savait qu'on avait beaucoup de peine à avoir du pain , mais qu'il ne valait pas plus de 12 sous et demi , et que lui déposant en imposait à l'Assemblée : lui déposant répliqua qu'il allait donner preuve de ce qu'il avançait, et dit qu'aucune femme ne pouvait se mettre dans la foule à la porte d'un boulanger ; qu'un homme seul pouvait le faire ; que par ce moyen cet homme perdant sa journée , il perdait 3 livres , et 12 sous que lui coûtait le pain ; ça lui faisait un total de 3 livres 12 sous; qu'il était essentiel de prévenir de pareils désordres causés par des villes de province qui se permettaient d'intercepter des voitures de grains ou farines destinées pour la capitale, sous prétexte qu'ils en manquaient dans leurs villes; et qu'on pourrait lancer un décret contre toutes personnes qui se permettraient ces faits sans une cause" légitime. M. le président répliqua qu'on formerait une députation vers Sa Majesté , pour lui faire agréer tout ce que lui déposant venait de demander; mais qu'on n'irait que le soir, attendu que le roi ne faisait que d'arriver de la chasse : lui déposant dit que , s'ils ne voulaient sur-le-champ se transporter vers Sa Majesté, il se croyait obligé d'y aller lui-même pour la prévenir des malheurs qui menaçaient la capitale lors de leur départ ; que Sa Majesté sans doute ne se refuserait point à recevoir la députation de MM. les députés ; que Sa Majesté avait vraisemblablement vu ou pu savoir que les femmes de Paris étaient à Versailles, en très-grand nombre , et que cela devait lui causer des inquiétudes. Le président dit qu'il allait nommer sur-le-champ la députation ; qu'il se joindrait à elle, et qu'ils iraient ensuite chez Sa Majesté. Ils partirent en effet , en lui disant de faire prendre patience à ces dames ; qu'il fallait le temps d'assembler les ministres du roi , et que nous pouvions compter qu'il emploierait tout son pouvoir pour remplir nos vœux.
Lorsqu'ils fuient partis, lui déposant crut devoir prévenir encore des propos que ces femmes répandaient ; leurs têtes s'échauffaient contre messieurs du clergé : la preuve qu'il en eut •dans le moment, c'est qu'un abbé , portant une croix , vint proposer à une de ces femmes , pour l'engager à la tranquillité , de lui
baiser la main ; mais cette femme lui donna un coup dessus , en lui disant qu'elle n'était pas f..... pour baiser la pâte d'un chien : que les femmes se récrièrent toutes : A bas la calotte ! c'est tout le clergé qui a fait notre mal ! Pour éviter la fureur à laquelle ces femmes se seraient portées , lui déposant demanda la parole au président ; elle lui fut accordée , et il dit , pour prévenir et satisfaire ces dames , que tous les citoyens de la capitale étaient tous assurés qu'on s'occupait sérieusement , dans cette auguste Assemblée , à former une bonne constitution ; mais qu'il avait entendu , et c'était le cri général dans la capitale , que le clergé était sans cesse à la contrarier. Un membre sur la gauche du président , chevalier de Saint- Louis , prit la parole et dit que lorsqu'un étranger., introduit dans une diète auguste , se permettait, d'inculper des membres de l'x4.ssemblée , il devait subir une punition exemplaire sur-le-champ ; mais lui déposant demanda au président d'être entendu , et dit qu'il n'avait jamais voulu inculper aucun membre ; qu'il croyait , au contraire , rendre service à ces messieurs du clergé , qu'il ne croyait pas coupables , mais qu'il s'imaginait que , lorsqu'un dénoncé ne connaissait point le motif de son accusation , il ne pouvait se justifier ; qu'il priait messieurs du clergé de ne point lui en vouloir ; qu'il n'avait dit cela que dans l'intention de prévenir les désordres que le clergé ne connaissait point; que M. de Robespierre fit , à la suite, un discours plein de patriotisme ; ce qui rendit toutes les femmes tranquilles pour le moment : un instant après , le major des gardes de la prévôté vint dire à lui déposant , qui était toujours à la barre , qu'on avait répandu dans toutes ces femmes qu'il avait été empoisonné , et qu'elles forçaient absolument les gardes à les laisser entrer : lui déposant sortit avec ce major , se montra à ces femmes , et les rassura ; elles demandèrent toutes à entrer : lui déposant leur dit qu'il n'était pas possible; qu'elles pouvaient compter qu'elles seraient victorieuses ; qu'il était plus beau de l'être de cette manière, que si elles eussent répandu du sang, comme elles le voulaient faire dans la capitale et en route. Elles lui promirent toutes d'être tranquilles. Il rentra à l'Assemblée nationale, où il attendit le retour de messieurs les députés qui étaient chez le roi. Dans ce moment s'est présenté le particulier qui avait l'épée de lui déposant , et dont il a parlé ci-dessus ; il dit à messieurs ces
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députes il avait manqué d'être pendu, et il se permit des invectives contre plusieurs particuliers qui avaient attenté à sa vie , et dit à lui déposant que les gardes- u-corps venaient de faire feu , et que , s'il voulait donner ses ordres , il allait , sur-le-champ , se porter , avec les femmes qui étaient dehors , chez les gardesd u-corps ; qu'il les braverait tous , et qu'il se rendrait maître d'eux ; mais lui déposant , bien loin de condescendre à ces vues , lui. fit connaître l'horreur d'un pareil projet, et que ce n'était pas bien se montrer que de se porter à des excès semblables ; que , tôt ou tard , on connaîtrait la vérité, et qu'on punirait les coupables. Lui déposant lui montra la cocarde de la part de messieurs les gardes du roi , et lui dit qu'ils paraissaient soumis , qu'il ne fallait pas être avide de sang. Au même moment où il parlait , une douzaine de femmes entrèrent dans l'Assemblée nationale, et dirent que les gardes-du-corps venaient de faire feu sur elles ; qu'il y en avait un d'arrêté : elles attendaient , disaient-elles , que lui déposant fût en bas , pour fixer le genre de mort qu'il méritait. A ce même instant, on entendit une décharge de mousqueterie , ce qui causa l'alarme dans l'Assemblée, et fut, lui déposant, engagé par plusieurs députés à redoubler le pas et son activité pour empêcher ces malheurs ; il descendit au milieu de ces femmes : il aperçut un garde-d u-corps qui était tenu par la bride de son cheval , et voulait descendre de dessus ; mais les femmes s'y opposèrent , sans lui faire aucun mal, que de lui tenir des propos injurieux. Lorsque le garde-du-corps vit lui déposant s'approcher de lui pour lui parler, il tira un sabre et coupa les rênes de son cheval : le bout porta sur l'épaule d'une femme, et il se sauva. Lui déposant voulut courir après , il ne put l'attraper; et le garde-du-corps , en se sauvant, tira un coup de pistolet en arrière, qui n'atteignit point lui déposant. Lui déposant rentra dans l'Assemblée nationale , après avoir engagé toutes ces femmes à ne point se porter davantage vers le château ; que , vers les huil heures du soir, le président revint, accompagné de sa députa tion , de chez le roi : il rapporta les paroles du roi, que toute l'Assemblée entendit, et que le peuple parut respecter, puisqu'elles ne tendaient qu'à rétablir la tranquillité parmi son peuple ; ensuite il fit lecture de cinq pièces yelatives à la demande que la garde nationale avait faite auprès de l'Assemblée nationale et du roi , pour les subsistances. Sa Majesté
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avait ordonné que ce fussent deux officiers qui accompagnassent lui déposant , pour retourner à Paris ; mais les femmes s'y opposèrent et dirent toutes qu'elles seules l'escorteraient : les pièces furent transcrites sur les registres de l'Assemblée , les copies délivrées à lui déposant , par M. le vicomte de Mirabeau : et lui déposant , immédiatement après , revint à Paris avec une partie de ces femmes dans une voiture de la cour, et ils rencontrèrent dans l'avenue de Versailles la garde nationale parisienne.
Arrivé à Paris, lui déposant se fit conduire à l'Hôtel-de-Ville , où il entra , accompagné d'environ cent cinquante femmes qui l'avaient précédé dans la salle ou étaient les représentans de la commune , M. le inaire siégeant; que lui déposant rendit compte de tout ce qui s'était passé , et remit à M. le maire cinq pièces qui lui avaient été confiées , comme il nous l'a dit plus haut , après cependant qu'il en eut fait lecture ; qu'ensuite lui déposant dit à l'assemblée qu'ayant désarmé le suisse des Tuileries, et ne voulant pas profiter de cette dépouille, il remettait à M. le maire l'épée de ce suisse, et en effet il la lui présenta. M. le maire, au nom de l'assemblée , en fit présent à lui déposant , disant qu'elle était bien entre ses mains, et dit à un secrétaire, nommé M. Brousse desFaucherets , de lui expédier un reçu des cinq pièces que lui déposant lui avait remises , et le don de l'épée , qui fut signé par M. le maire , M. Bourdon de La Crosnière , et ledit sieur Brousse des Faucherets. M. le maire offrit à souper à toutes, ces dames 5, elles acceptèrent : il chargea lui déposant , au nom de l'assemblée , de leur faire donner ce qui était nécessaire et sans aucune rétribution de la part de ces femmes. A 6 heures du matin , le mardi 6 , M. le maire engagea ces femmes à se retirer chacune chez elles , ce qu'elles firent ; et huit à dix vinrent accompagner lui déposant en sa demeure , alors rue et hôtel de Grenelle-Saint-Honoré. Sur les huit heures du matin , dudit jour 6 octobre , dix à douze femmes vinrent le chercher, et le forcèrent de marcher avec elles pour aller au-devant de la garde nationale, et présenter à M. le marquis de La Fayette une branche de laurier, à son retour de Versailles ; mais qu'un courrier, passant devant elles , leur dit qu'il allait faire apprêter le château des Tuileries pour y recevoir Sa Majesté qui venait à Paris ce soir. Elles engagèrent lui déposant à aller avec elles au-devant de Sa Majesté; que lui déposant , avec ces femmes ,