‹ Mémoires de Bailly (volume 2)Chapitre 40 sur 43 · ÉCLAIRCISSEMENS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

ÉCLAIRCISSEMENS HISTORIQUES

y alla , et rencontrèrent le roi à Virofflay : elles se mêlèrent parmi les femmes qui étaient à la tête de la voiture du roi , et revinrent à Paris jusqu'à l'Hôtel-de- Ville, où lui déposant quitta toutes ces femmes.

Note (C) , page 1 3g.

Lettre de M. le comte de Saint-Priest a M. le président du comité des recherches à l'Assemblée nationale.

J'apprends , Monsieur, que l'Assemblée nationale a reçu une dénonciation de M. le comte de Mirabeau , qui , dit-on , a été faite en ces termes : «Un ministre, appelé le comte de*Saint-Priest , a dit » lundi à la phalange de ces femmes qui lui demandaient du pain : » Quand vous aviez un roi , vous aviez du pain ; aujourd'hui , vous » en avez douze cents , allez leur en demander.

» Je demande que le comité des recherches soit tenu d'acquérir * les preuves de ce fait. »

On m'ajoute que cela devait être décrété ce soir, et renvoyé en effet au comité des recherches.

Je crois , Monsieur, devoir aller au-devant de ces enquêtes , en ayant l'honneur de vous déclarer aulhentiquement que le fait allégué par M. le comte de Mirabeau est controuvé , et que je n'y ai pas fourni le plus léger prétexte. M. le comte de Mirabeau ne dit pas m'avoir entendu, et j'aime à croire qu'il a été trompé le premier. Je déclare , sur mon honneur qui m'est plus cher que ma vie , que je n'ai parlé qu'aux femmes qui sont entrées dans l'œil-de-bœuf, le roi m'ayant ordonné d'aller les entendre et de leur répondre. Je crois bien avoir eu cent témoins , et je doute qu'un seul réponde qu'il ait été mention de l'Assemblée nationale. Sur la plainte que ces cinq ou six femmes m'ont faite de manquer de pain , j'ai répondu que le roi avait fait l'impossible pour procurer des grains au royaume et à la capitale ; que , lorsque les récoltes étaient mauvaises , il était bien difficile de pourvoir à la subsistance du peuple; que l'on avait tiré des grains de tous les pays du monde : qu'enfin le détail de l'approvisionnement de Paris était depuis deux mois entre les mains de la Ville • et que le roi et les ministres y aidaient, de leur mieux. Je ne me rappelle pas que ,

cette conversation , dont j'ai sur-le-champ rendu compte au roi , ait roulé sur autre chose; mais je suis sûr , je le répète , qu'il n'a pas été question de l'Assemblée nationale. Et. d'abord, peut-on appeler une phalange de femmes les cinq ou six auxquelles j'ai parlé dans l'œil-de-bœuf ? Je croirais que ceux qui ont fait ce rapport à M. le comte de Mirabeau , ont ignoré jusqu'au lieu de la scène. J'ajouterai que , sans avoir l'honneur d'être connu de lui , sans lui avoir parlé de ma vie , j'aurais espéré qu'il aurait cru moins légèrement sur mon compte un propos choisi dans ce qui s'est dit de plus trivial depuis quelques jours par les gens qui voulaient exciter le peuple contre l'Assemblée nationale ; peut-être aussi ma conduite précédente aurait-elle dû me mettre à l'abri de cette imputation. J'ai passé beaucoup d'années au service de ma patrie , et travaillé pour son bonheur et pour sa gloire. Au reste , Monsieur, je sais qu'un citoyen doit être toujours disposé à répondre au tribunal du public. Je viens récemment de confondre une calomnie inventée contre moi à mon district de Saint-Philippe-du-Roule. On avait travesti une de mes lettres ; mais l'original , ayant été produit , a parlé pour moi , et l'imposteur a été démasqué. Ici , je réclame ceux qui m'ont entendu dans l'œil-de-bœuf ; et je crois , sans cependant en être assuré, que M. le prince de Poix et M. le duc de Liancourt étaient de ce nombre. J'offre de prouver Y alibi pour toute autre conversation avec ces femmes.

Telle est, Monsieur, ma justification: elle est faite à la hâte , mais je sais le danger des premières impressions , et l'avantage qu'on peut en tirer.

J'ajouterai , Monsieur, que je suis pénétré de respect pour l'Assemblée nationale , et que je viens d'en donner une preuve en refusant de signer des arrêts du conseil , depuis la date de la sanction que le roi a donnée aux droits de l'homme , ayant jugé que ces formes sont devenues interdites. Je ne dispute pas à M. le comte de Mirabeau ses talens, son éloquence , ses moyens; mais je ne le crois pas meilleur citoyen que moi.

J'ai l'honneur d'être , etc.

Signé le comte de Saint-Priest.

Paris, le 10 octobre 1789-

424 ECLAIRCISSEMENS HISTORIQUES

Note ( D ) , page « 7.4, N° I. — Observations de Mounier sur les motifs de son départ.

Je dois répondre à ceux qui ont blâmé mon retour en Dauphiné , en développer les motifs pour les gens de bonne foi , et laisser ensuite les autres censurer tout à leur aise.

Dans tous les papiers publics, mon départ a été^ndiqué comme la suite des menaces qui m'ont été faites , et des dangers que j'ai courus. Amis et ennemis , tous m'ont signalé comme ayant quitté mon poste pour me mettre en sûreté.

Il est très-vrai que , depuis près de trois mois , j'avais reçu une multitude de lettres anonymes , remplies d'injures et de menaces. Il est très-vrai qu'on cherchait à m inspirer la terreur , en m'adressant de faux avis , qui tantôt étaient donnés par écrit , et tantôt m'étaient transmis par des inconnus. Il est très-vrai qu'on m'avait fait passer , auprès du peuple de Versailles , pour un député dévoué aux intérêts du clergé et de la noblesse ; que j'ai vu , et que j'ai entendu plusieurs fois des attroupemens se former sous mes fenêtres , et parler à haute voix de la lanterne , ou de me couper la tête : que , le lundi soir 5 octobre , des brigands sont venus me demander à mon logement , en disant qu'ils voulaient emporter ma tête , et qu'ils réussiraient bien à me rencontrer. Il est très-vrai que plusieurs personnes se tenaient près de là pour indiquer ma demeure , et me désignaient comme un traître ; mais il est^faux que j'aie quitté Versailles, le samedi matin 10 octobre , par un sentiment de terreur.

Accoutumé depuis long-temps aux menaces et aux dangers , je veuS dire que je m'étais dévoué ; et je crois avoir parlé plusieurs fois dans l'Assemblée nationale, de manière à ne pas laisser croire qu'il fût facile de m'épouvanter.

Ceux qui m'environnaient pendant les derniers jours de ma présidence , ont pu apercevoir les sentimens d'indignation que j'éprouvais , mais je ne crois pas qu'aucun d'eux puisse dire que j'aie eu des sentimens de crainte personnelle ; ils ont même pu entendre quelques conférences particulières , dans lesquelles je ne jouais point le rôle d'un homme intimidé. On doit se rappeler comment j'ai rempli mes fonctions de président le mercredi 7 oclo-

bre , dernier jour où j'ai paru à l'Assemblée : j'avais une profonde tristesse , j'étais dans la plus grande agitation ; mais les motifs de mon inquiétude n'étaient pas équivoques , et l'on ne dut pas me trouver la faiblesse et l'humilité d'un poltron. Les termes dans lesquels était conçue ma démission de la présidence , donnée le jeudi 8 octobre , ne portaient pas non plus le caractère de la frayeur.

Le sentiment qui me guidait pouvait être exagéré ; mon imagination pouvait être frappée d'une terreur trop vive pour de plus grands intérêts que les miens propres. Mais , il est inutile de le cacher , je croyais que c'était se dévouer très-inutilement , que de dire la vérité dans Versailles ou dans Paris ; je croyais qu'il était criminel de se taire , puisqu'en parlant on pouvait prévenir de grands maux. C'est dans ce sens , c'est en croyant le silence une sorte de complicité , qu'annonçant mon départ en présence de plusieurs personnes , j'ai dit : Je ne veux être ni coupable , ni complice.

Que ceux qui seraient tentés de désapprouver ma conduite , veuillent bien examiner avec impartialité les circonstances dans lesquelles je me trouvais , et les motifs dont j'étais animé. Depuis long-temps j'éprouvais les plus vives alarmes , j'avais lieu de craindre les plus funestes projets. Les désordres encouragés , au même instant , dans la plupart des provinces ; la proscription de plusieurs hommes vertueux , la désertion et l'insubordination achetées dans plusieurs régimens 5 l'enlèvement du roi , de la reine et du dauphin , plusieurs fois projeté à Paris ; la cour dans des alarmes continuelles à Versailles ; l'arrivée du régiment de Flandre , présentée comme un malheur public ; une foule d'infâmes brochures vendues publiquement jusqu'à la porte de l'Assemblée nationale , dans lesquelles la majesté royale était indignement outragée ; tous les efforts employés pour exciter la curiosité du peuple , par les plus absurdes et les plus infâmes écrits , quitousavaientégalementpourbutde livrer à l'exécration publique des personnes augustes , et faire naître des soupçons.... comme si l'on eût voulu écarter certains obstacles. C'est dans cette situation des choses , que , sous le prétexte de la rareté du pain , d'une orgie des gardes-du-corps , des femmes et des. brigands courent à Versailles , où la milice parisienne les suit les armes à la main :

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