‹ Mémoires de Bailly (volume 2)Chapitre 6 sur 43 · M EMOI II ES · texte numérisé non relu

M EMOI II ES

don Lier sa simple accession, et ncm son acceptation aux articles constitutionnels , il ne l'accordait qu a raison des circonstances, il a demande qu'on décrétât la contribution du quart pour rassurer les créanciers de l'Etat ; mais qu'il fut décrété en même temps , pour que la nation n'eut point de reproche à nous faire, que sa perception ne pourrait avoir lieu avant que le roi eût accepté purement et simplement la déclaration des droits et la constitution ; et qu'en conséquence , l'Assemblée s'occupât sans relâche des articles constitutionnels qui restaient à décréter, pour qu'ils fussent présentés tous ensemble à l'acceptation royale.

M. Robespierre a dit qu'on ne pouvait fermer les yeux sur la réponse du roi, sans renoncer â avoir une véritable constitution, il a proposé, i°de déclarer qu'aucune puissance humaine n'a droit de mettre obstacle à la constitution qu'un peuplé veut se donner; 20 d'arrêter que le veto suspensif doit être restreint aux actes législatifs.

M. Prieur a manifesté des craintes sur le danger de laisser subsister, dans l'acceptation du roi , des explications qui pourraient aboutir à faire soupçonner que , dès sa naissance , la constitution est attaquée de quelques vices. Il a voté pour que le président retournât demander au roi une acceptation pure et simple.

Suivant M. Duport, la réponse du roi aurait du être conïre-signée par un des ministres , formalité indispensable pour assurer la responsabilité tiiiniâ-

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iérielle. Lorsque le roi dit qu'il ne veut pas différer d'avoir égard au vœu présent des députés de la nation, et aux circonstances alarmantes y nedéclare-t-il pas implicitement que si les circonstances eussent e'té différentes, cette accession n'aurait point eu lieu? Quand on rapproche cette réponse des conjonctures actuelles , des craintes antérieures dont le souvenir n'est point encore effacé , des indécentes orgies où Ion s'est permis tout récemment d'insulter la représentation nationale, et des nouvelles qui arrivent de toutes les provinces , on est fondé à présumer que l'adhésion n'aurait pas été donnée , si l'armée eût été à Versailles. Je demande , a continué M. Duport, qu'il ne soit voté aucun impôt que la constitution ne soit faite et acceptée , et que le président ne soit autorisé à se retirer devers le roi, que pour lui faire part des inquiétudes de l'Assemblée sur sa réponse, et lui en demander l'explication.

Le vicomte de Mirabeau a défendu la réponse du roi , en disant qu'il sanctionnait évidemment les articles constitutionnels. Quant à la déclaration des droits, a-t-il dit, elle n'est pas nécessaire à la constitution ; c'est un supplément inutile qui appartient d'ailleurs à tous les peuples. Le roi ne met qu'une seule condition à son assentiment; c'est que le pouvoir exécutif ait tout son effet entre les mains du monarque. Si l'Assemblée continue de sapper les droits de la royauté , le pouvoir exécutif sera sans vigueur, et nous verrons renaître l'anarchie*

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Cette inculpation faite à l'Assemblée par M. le vicomte , a excité de vives réclamations. On a demandé qu'il fût rappelé à l'ordre. Il a avoué qu'il s'était servi d'une expression impropre , et il a témoigné ses regrets d'une manière qui a satisfait l'Assemblée; il a ensuite tâché de prouver que le défaut de signature d'un ministre ne pouvait pas être considéré comme un vice dans la réponse du roi , puisque l'Assemblée a décrété qu'elle communiquerait avec le roi sans intermédiaire (i).

(i) On lit , dans les Mémoires de Ferrières, T. Ier , p. 3oi , dans le compte rendu de la séance du 5 octobre, le récit d'un fait qui se serait passé immédiatement après la sortie du vicomte de Mirabeau, et qui, s'il était vrai, inculperait gravement M. de Barbantane, député suppléant de Paris , et surtout M. le duc de Chartres, duc d'Orléans actuel. Deux dépositions , reçues au Châtelet lors de la procédure qui eut lieu en 1790 contre les auteurs présumés des événemens du 5 et du 6 octobre , semblent avoir guidé Ferrières dans cette circonstance.

Suivant cet écrivain , au moment où le vicomte de Mirabeau fut rappelé à l'ordre , le comte de Barbantane se serait levé avec un air d'impatience , et, jetant un regard sinistre du côté de l'Assemblée oii se placent les évêques et les nobles : « On voit bien , auraitil dit , que ces messieurs demandent encore des lanternes ; eh bien, ils en auront.... » Madame Charles de Lameth lui aurait reproché cette indiscrétion. « Vous voyez , Madame , que ces messieurs demandent des lanternes. — Oui, oui, aurait répliqué le duc de Chartres , il faut encore des lanternes. — Il est abominable , aurait alors répondu d'un ton indigné M. de Raigecourt, que l'on ose tenir ici des propos comme ceux-là, etc.... »

L'omission d'un fait aussi grave dans le récit du continuateur de Bailly, généralement plus exact que Ferrières, pourrait être regardée comme une présomption que ce fait est supposé. Cette présomption se change en certitude , lorsque l'on a lu les dépositions

M. de Virieu a parlé à peu près dans le même sens. Il a qualifié de fêtes patriotiques ces banquels militaires que M. Duport avait appelés des orgies : il ne concevait pas que l'on pût voir des crimes dans ces élans d'un noble enthousiasme ,

de M. de Raigecourt et de M. Digoine , sur lesquelles il est fondé > ainsi que la réponse de M. de Barbantane et celle de madame de Sillery (la comtesse de Genlis ) , gouvernante des princes de la maison d Orléans , insérée dans son Journal de l'éducation des princes. Il résulte, en effet, de ces diverses pièces, d'abord que M. de Raigecourt, dont la déposition est la plus formelle, était, de son aveu même, affligé de surdité, et ne voyait presque point, et qu'en conséquence il a pu mal entendre et mal voir ; en second lieu, que mesdames Charles de Lameth et de Sillery n'étant point à la séance, la première n'avait pu parler à M. de Barbantane; ensuite, que M. de Barbantane était placé à une grande distance de M. le duc de Chartres, et ne lui avait point parlé ce jour-là; enfin, que le propos attribué à M. de Barbantane n'était point tel que l'a rapporté Ferrières , d'après le témoignage de M. de Raigecourt; il avait seulement dit , en entendant les paroles impolitiques , surtout dans une pareille circonstance, du vicomte de Mirabeau- Mon Dieu ! ces gens-là veulent donc toujours la lanterne; sur quoi M. de Raigecourt l'ayant apostrophé, parce qu'il avait cru entendre : Il faut enuoyer ces gens-là à la lanterne, il lui avait répondu vivement : « Quand on veut se mêler de régenter les autres , il faut au moins les entendre. »

Le propos attribué à M. le duc de Chartres étant nécessairement lié à celui de M. de Barbantane , démontrer la fausseté de l'un c'est démontrer en même temps la fausseté de l'autre. Toutefois, un autre témoin , M. Lebrun , instituteur des enfans d'Orléans , présent avec eux dans la tribune des suppléans , le 5 octobre , a déclaré qu en justice il rendrait le témoignage de l'innocence de M. de Chartres. M. de Barbantane avait déjà déclaré, dans sa réponse à M. de Raigecourt, qu'il n'avait point entendu le propos imputé à M. de Chartres ; que même il n'avait appris que par ses collègues la présence de ce prince à l'Assemblée. Il faut

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dans ces acclamations de joie et d'amour qui les avaient signales.

« Nous ne nous plaignons pas y a répondu M. Pétion , des cris de vive le roi ! vive la reine ! ils expriment trop bien les sentimens de nos cœurs; mais on dissimule les imprécations qu'on s'est permises dans ces orgies contre la nation , contre l'Assemblée nationale ; sont-elles aussi les élans d'un noble enthousiasme (i) ? — Il n'est pas un bon citoyen qui ne gémisse de la manière dont les ministres en usent à l'égard de l'Assemblée nationale. Ils parlent sans cesse de concert et de confiance ; et jusqu'à présent ils n'ont rien fait qui ne contre-

donc regarder comme controuvée l'anecdote rapportée par Ferrières.

M. de Barbantane , aujourd'hui lieutenant-général , publia dans le temps } au sujet de ce mal-entendu , un écrit qui nous a paru mériter place dans les éclaircissemens historiques. On le trouvera sous la lettre (A). (Note des nouv. édit. )

(1) Nous avons fait observer plus haut que beaucoup de personnes du parti de la cour avaient révoqué en doute la vérité de ces imprécations prononcées , contre la nation et l'Assemblée nationale , par quelques convives du repas des gardes-du-corps. Toutefois, il n'est pas sans intérêt d'observer que ce fait, attesté par Pétion , est confirmé par une lettre du sieur Ivert , officier de la garde nationale , au comte d'Estaing. Ivert , dans cette lettre , rend compte d'une conversation qu'il aurait eue avec un membre de l'Assemblée nationale. En voici quelques traits :

Le député: Etiez-vous du dîuer de jeudi?— 'Ivett: Non; ça été une belle orgie : on y a porté la santé du comte d'Artois ; on y a envoyé au diable l'Assemblée nationale. — Le député : Vous avez été trompé. Je jurerais sur ma tête qui! n'y a pas un mot de cela.— fobrti Ilesl très-vrai, et5 de plus, on nous a assure que trente

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dise nos arrêtes. Je ne vois que des pièges tendus , des décrets altérés. Que le monarque fasse des observations avant de sanctionner; mais qu'après la sanction , il ne modifie pas les dispositions des lois, Quant à la constitution , je nie qu'elle soit un contrat entre la nation et le roi. Le roi ne peut gouverner que suivant les lois que la nation lui présente. N'est-ce pas une assez belle prérogative que d'être l'exécuteur suprême des lois d'une nation ? » MM. Grégoire et Barrère ont soutenu les mêmes principes. M. Ulry a demandé que la réponse du roi fût déclarée une surprise faite a sa religion ; que les militaires destinés à sa garde fussent tenus de prêter sur-le-champ le serment en la forme près-* crite ., ■ en présence de la municipalité. Ces deux motions ont été appuyées par M. Cbasset. 11 a prouvé que les décrets déjà sanctionnés, entr autres celui qui ordonne la libre circulation des grains , étaient modifiés et altérés dans la publication qui en avait été faite. Il a surtout relevé cette formule despotique , qui n'aurait pas dû survivre à la révolution : Car tel est notre plaisir , méchante

grenadiers étaient disposés à venir, le sabre à la main, dans la salle , pour forcer à boire à la santé du comte d'Artois. — Le député : Tout est possible , etc.

Ivert ajoute ensuite : J'ai quitté alors le député. Il est vrai que îe propos sur lequel se fonde l'accusation contre le repas des gar~ des-du-corps a été tenu par ua homme ivre ; mais de cette manière - Privent le roi et la reine ! auf. . . l'Assemblée nationale et le duc d'Orléans / »

[Note des nouy. èdit.)

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traduction du mot placitum , employé dans les anciennes lois.

M. de Mirabeau l'aîné , tout en se référant à la motion de M. Duport , voulait qu'on suppliât le roi de défendre aux corps militaires et à leurs chefs ces fêtes qui insultent à la misère publique , et qui font naître des rivalités et des haines dangereuses.

M. l'abbé Maury se demandait à lui-même s'il y avait de l'obscurité , des conditions , ou un refus formel dans la réponse du roi. Il décidait qu'elle n'offrait aucun de ces vices. Selon lui , la condition apposée n'est pas une véritable condition ; c'est le concours qui doit exister entre les deux pouvoirs, et il importe que le pouvoir exécutif reprenne de l'énergie ; le roi accédait au vœu présent ; ce n'était pas dire que le vœu futur ne dût pas être le même ; la déclaration des droits n'était qu'une suite d'axiomes de morale , qui ne devaient pas être acceptés , etc.

M. de Monspey a sommé M. Pétion de développer sa dénonciation , relativement aux repas des gardes-du-corps. M. de Mirabeau l'aîné a offert de la signer , pourvu que l'Assemblée déclarât que la personne du roi était seule inviolable , et que tous les autres individus de l'Etat , quels qu'ils fussent , étaient également sujets et responsables devant la loi (0.

(1) Un député à l'Assemblée nationale , dont nous avons parlé plus haut , M. de Drgoine , dans sa déposition faite au Châtelel , a

DE BAJLLY. y g

Cette interpellation soudaine et si justement appliquée, a frappé l'Assemblée détonnement. M. de Monspey s'est hâté de retirer une motion qu'il eût mieux valu ne pas faire. La discussion a repris son cours ; au sujet de l'acceptation demandée pour la déclaration des droits y M. de Mirabeau l'aîné a dit que cette déclaration était un ouvrage philosophique , vicieux dans quelques-unes de ses parties , très-incomplet, et qui ne pouvait atteindre le degré de perfection dont il était susceptible , qu'après l'achèvement de la constitution.

M. Barnave l'a rappelé à l'ordre avec beaucoup de vivacité. M. de Mirabeau lui a rappelé l'excellent discours où. lui-même a démontré les vices de l'article X de la déclaration des droits , concernant les opinions religieuses. Il a ajouté que la déclaration des droits n'avait jamais été regardée par l'Assemblée nationale comme entièrement achevée ; qu'elle s'était réservé de la compléter à mesure qu'elle avancerait dans le travail de la consti-

prétendu que Mirabeau, après avoir achevé cette phrase, dit à ceux qui étaient près de lui : C'est la reine et M. le duc de Guiche que je dénoncerai. Dans le même instant, ajoute M. Digoine, une voix , sortie d'une tribune placée derrière l'orateur, où se trouvaient madame de Sillery et les fils du duc d'Orléans , dit : Comment! la reine? A quoi une personne de la même tribune répondit : La reine comme une autre , s*' elle est coupable. Il est évident que cette anecdote ne mérite pas plus de confiance que celle dont nous avons démontré la fausseté dans une note précédente. Madame de Sillery n'était point à la séance.

( Note des noup. èdit. )

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tution ; il a cité divers articles qui n'y ont point encore été insérés , tels que les droits essentiels de pétition ; et il a conclu à ce qu'elle ne fût point présentée à l'acceptation du roi.

Malgré ces observations , l'Assemblée a décrété que le président , accompagné d'une députation , se retirerait aujourd'hui devers le roi , à l'effet de supplier S. M. de vouloir bien donner son acceptation pure et simple à la déclaration des droits de l'homme et du citoyen , et aux articles de la constitution qui lui ont été présentés.

M. Target a ensuite fixé son attention sur la rareté des subsistances et sur les malheurs dont Paris est menacé , si l'on n'avise incessamment aux moyens de faire cesser la disette. Sur sa motion , la députation , chargée de l'exécution du décret ci-dessus, l'a été également de demander au roi qu'il employât toutes les forces du pouvoir exécutif pour faciliter l'approvisionnement de la capitale, et pour rentière exécution des décrets des 18 et 19 août , concernant la défense d'exporter des grains hors du royaume , et leur libre circulation de province à province.

L'Assemblée a de plus arrêté d'attendre , sans désemparer , la réponse du roi.

11 était alors cinq heures et demie. Nous venions d'apprendre qu'un bataillon de femmes , grossi d'une foule d'hommes armés de bâtons et de piques y s'était porté de Paris à Versailles pour se plaindre au roi de la disette et de la mauvaise qna-

lité du pain. Le roi était à la chasse. — Cette multitude , dispersée par le mauvais temps , s'est réfugiée en grande partie dans les galeries de l'Assemblée nationale. Les hommes étaient assez calmes ; mais les femmes ne pouvaient se contenter d'un rôle passif. Plusieurs d'entre elles se sont placées à la barre , accompagnées d'un orateur (i) , qui 3 après avoir représenté les besoins du peuple et l'urgente nécessité de pourvoir aux subsistances, a exprimé les regrets de Paris sur la lenteur des travaux constitutifs > et a attribué ces délais à l'opposition du clergé. C'était l'évêque de Langres qui présidait en l'absence de M. Mounier (2). Un député lui a sauvé l'embarras de la réponse , en rappelant à l'ordre l'orateur de Paris. 11 a fait de plus une sortie très-énergique contre ceux qui osent calomnier un corps respectable dont on a des preuves multipliées de patriotisme et de désintéresse-

(1) Cet orateur était Maillard , dont le nom a acquis une si horrible célébrité dans les journées du 2 et du 5 septembre. On sera peut-être curieux d'entendre de sa bouche même les détails de sa mission à l'Assemblée nationale , et du rôle qu'il a rempli dans cette trop fameuse journée. Mais , comme ce récit est d'une assez grande étendue , nous le renvoyons à la fin de ce volume ; le lecteur le trouvera parmi les éclaircissemens historiques (noteB). Nous observerons au reste que ce récit , fait par l'intéressé luimême , ne peut être consulté par l'historien qu'avec beaucoup de réserve . ( Note des nouv. édit. )

(2) Il semble que l'auteur se trompe dans cet endroit. M. Mounier nous apprend lui-même qu'il reçut Maillard , lui répandit , et qu'il ne quitta que plus tard le fauteuil.

{Note des noue, édit.)

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ment. L'orateur des femmes s'est excusé , en alléguant qu'il n'avait fait que répéter fidèlement les bruits de la capitale.

L'Assemblée s'est hâtée de prendre un arrêté qui réunît toutes les précautions nécessaires pour que l'approvisionnement de Paris ne fût plus intercepté , et pour découvrir les auteurs des manœuvres qui tendent à inspirer de la méfiance aux habitans des campagnes.

L'auditoire devenait sans cesse plus bruyant et plus nombreux; le vice-président a levé la séance h neuf heures et demie , sans attendre le retour du président (i).

Voici ce que j'ai pu recueillir de plus authentique ? tant sur la situation de Paris que sur les événemens de cette journée.

Paris éiait depuis long-temps en proie à la disette. Les efforts combinés de MM. Necker et Bailly luttaient vainement contre l'avidité des ac-

(1) On trouve, dans Y Exposé de la conduite de M. Mounier, un récit très-détaillé du tableau , aussi vif qu'animé , que présenta l'Assemblée nationale , lorsque les dames de Paris, ayant Maillard à leur tête , furent introduites dans la salle des séances , où la plupart d'entre elles restèrent jusqu'au lendemain. M. Mounier rend également compte de la démarche qu'il fit auprès du roi , lorsqu'il se retira pardevers lui ; en vertu d'un décret de l'Assemblée. Ce lécit, qui a le mérite d'être l'ouvrage d'un témoin oculaire , se trouve dans les Mémoires de Mounier, qui feront partie de cette collection. Nous y renvoyons le lecteur. Il pourra servir de correctif à celui de Maillard , autre témoin oculaire bien différemment inspiré. ( jyote des 7Wuv. édit. }

capareurs , contre les besoins des villes par où passaient les approvisionnemens , contre les fausses démarches de la municipalité, et, dit-on , contre la malveillance de beaucoup d'hommes en place. Le mécontentement du peuple, déjà exaspéré par l'affaire du veto et par les diatribes imprudentes du côté droit de l'Assemblée nationale , s'aigrissait encore des vexations dont la garde nationale était devenue l'instrument trop docile. La nouvelle des orgies des gardes-du-corps mit le comble à la fermentation. Dès hier, les bruits répandus sur la cocarde noire arborée à Versailles , et sur l'audace qu'on avait eue à Paris même d'arracher la cocarde nationale à différentes personnes , faisaient craindre une explosion qui pouvait compromettre la sûreté publique. L'assemblée des représentans de la commune déclara que la cocorde aux couleurs rouge , bleue et blanche était la seule que devaient porter les citoyens , et fit défenses à tout particulier d'en porter d'autres. Le soir on multiplia les factionnaires et les patrouilles , de peur que la multitude, décidée à partir pour Versailles, ne forçât les corps-de-garde afin de se procurer des armes.

La nuit se passa néanmoins assez tranquillement. Mais ce matin , vers neuf heures , les marchandes des halles et du faubourg Saint-Antoine se sont assemblées en tumulte sur la place de Grève. Le motif ou le prétexte de cet attroupement était le manque absolu des farines, et l'intention de porter

des plaintes aux représentais de la commune sur la négligence et l'ineptie dont on les accusait , en matière d'approvisionnement. Leur séance n'était pas encore ouverte.

Peu à peu la foule s'est grossie d'hommes armés de piques , de haches et de croissans. La garde nationale a formé un épais bataillon carré devant l'Hôtel-de-Ville , pour en défendre l'entrée. Des cris de fureur ont donné le signal de l'attaque; et des pierres ont volé de toutes parts sur les soldats-citoyens y qui se sont repliés dans l'intérieur.

Aussitôt les femmes s'y sont précipitées à leur suite. Elles ne parlaient plus que d'obtenir l'agrément de M. le maire et des représentans , pour aller à Versailles. Toutes criaient qu'elles ne voulaient point d'hommes avec elles. Le chevalier d'Hermigny , qui commandait en l'absence de MM. La Fayette et Gouvion ,■ a cru pouvoir mettre à profit cette disposition pacifique. En vue de prévenir le désordre , il les a engagées à défendre elles-mêmes l'entrée de l'Hôtel-de- Ville. Elles se sont chargées avec zèle de cet emploi. Plusieurs se sont placées avec M. d'Hermigny sur les marches et sur le perron , et sont parvenues à ne laisser entrer que des personnes de leur sexe , et à contenir les hommes qui tentaient de les accompagner. En peu d'instans, elles ont rempli les cours, les escaliers et les salles. Quelques-unes sont montées au béfroi, et ont sonné le tocsin. D'autres se sont répandues dans les bureaux ? mais sans y commet-

tre de violences. Un petit nombre a entrepris de délivrer les prisonniers détenus à l'Hôtel-de-Ville, et n'a que trop bien réussi ; mais tout le reste a désavoué cet attentat.

Sur ces entrefaites , on a forcé une petite porte de l'Hôtel-de-Ville qui donne sous l'Arcade ; l'ouverture de ce passage rendait inutiles les mesures de défense qu'on employait de l'autre côté. Hommes et femmes sont alors entrés pêle-mêle ; et il s'est commis de grands désordres à la faveur du tumulte et de la confusion. Les portes du magasin d'armes ont été enfoncées et les armes pillées. On a brisé également les portes de la caisse et du trésor, et forcé plusieurs armoires. On a enlevé deux paquets contenant chacun cent billets de caisse de iooo liv. Les noms les plus chers et les plus respectables ont été proférés avec les injures et les menaces les plus atroces. Des scélérats ont été arrêtés au moment où , la torche en main , ils allaient mettre le feu aux endroits les plus combustibles de l'édifice; et, sans le courageux dévouement de quelques bons citoyens , c'en était fait des titres les plus importans, de quantité d'effets précieux et du trésor de la ville , qui contenait tant en papier qu'en argent , une somme de 2,545,357 livres.

Tandis que cela se passait dans l'intérieur, les femmes qui y avaient pénétré les premières s'en étaient retirées , et marchaient à Versailles sous la conduite des volontaires de la Bastille , entraînant,

bon gré mal gré , toutes les femmes qu'elles rencontraient en chemin. Des canons les suivaient , assujettis avec des câbles sur des voitures qu'elles avaient arrêtées pour cet usage. Elles portaient aussi de la poudre et des boulets; les unes conduisaient les chevaux , d'autres étaient assises sur les canons et tenaient la mèche à la main. On évalue leur nombre à environ quatre mille , et celui des hommes à quatre ou cinq cents.

Vers midi , plusieurs détachemens de la garde nationale, envoyés par les districts , ont commencé par rétablir l'ordre sur la place de Grève ; trois compagnies de grenadiers ont fait évacuer entièrement i'Hôtel-de-Ville , et l'assemblée des représentai a ouvert sa séance.

Cependant le tocsin sonnait de toutes parts ; la troupe rassemblée sur la place , et la foule qui s'y amoncelait de nouveau, ont attendu quelque temps, avec assez de patience , le résultat des délibérations de la commune. La première démarche de l'assemblée a été d'envoyer chercher M. Bailly ; elle a ensuite rédigé l'avis suivant pour l'Assemblée nationale et les ministres.

« MM. les représentans de la commune , actuellement assemblés à l'Hôtel-de-Ville , ont l'honneur de prévenir M. le président de l'Assemblée nationale, et MM. les ministres du roi, qu'une fermentation , qui s'est déclarée dans presque tous les quartiers de Paris , a rassemblé, depuis neuf heures du matin, sur la place de l'Hôtel-de-Ville, plusieurs

troupes d'hommes et de femmes, qui se sont portées en foule à l'Hôtel-de-Ville ; et qu'au milieu du désordre, des particuliers se sont livrés a un pillage qui heureusement a été arrêté.

» MM. les représentai ne connaissent d'autre prétexte à cette émeute que la fermentation subite excitée par des cocardes de couleurs différentes de celles de l'Hôtel-de-Ville , fermentation que la crainte de manquer de pain a rendue plus dangereuse. Le peuple sortant de l'Hôtel-de-Viile , où il commençait de s'armer en partie , paraît porter ses pas à Versailles. Déjà M. le commandant-général a rétabli l'ordre dans l'Hôtel-de-Ville, et s'occupe à rétablir le calme dans Paris. Il paraît que Tinsur- >:ection s'est faite à la fois par le peuple dans différens quartiers, et que cette insurrection était préméditée ; elle est bien loin d'être finie. L'assemblée instruira M. le président et MM. les ministres du roi de ce qui se passera dans la suite de la journée. Elle a cru ne devoir mettre aucun retard dans l'avis quelle envoie en ce moment par un de ses membres , parce qu'elle est trop peu nombreuse pour en députer plusieurs. »

Les représentais se sont ensuite occupés des subsistances. Ils ont arrêté d'envoyer des troupes aux barrières Saint-Martin , Saint-Denis et d'Enfer, pour protéger l'arrivée des convois de grains ; de faire passer à Mantes , où on avait pillé un convoi de farines, des forces suffisantes pour reprendre ce qui en existe encore à la halle ou dans la ville; enfin

d'user de tous les moyens militaires pour favoriser, dans les environs de Paris, le battage des grains, leur transport dans les moulins , leur mouture et leur arrivée.

Ces délibérations, qui se faisaient à huis clos, étaient troublées par des cris qui venaient de la place. Les détachemens et la multitude , ennuyés de leur inaction , demandaient également à partir pour Versailles. M. de La Fayette s'est transporté au milieu d'eux (i) ; il leur a fait part des arrêtés qui venaient d'être pris. Mais ne pouvant s'opposer, avec quelque espoir de succès , à un vœu qui se manifestait déjà d'une manière redoutable , il a provoqué l'ordre qui suit :

« L'assemblée des représentans de la commune de Paris , vu les circonstances et le désir du peuple, et sur la représentation faite par M. le commandant-général, qu'il était impossible de s'y refuser, a autorisé M. le commandant-général , et même lui a ordonné de se transporter à Versailles ; lui recommande en même temps de prendre les précautions nécessaires pour la sûreté de la ville , et , sur le

(i) Il manque beaucoup de détails à ce récit extrêmement succinct. L'auteur, racontant des faits dont il n'a pas été témoin, a omis plusieurs circonstances que le lecteur trouvera dans les Mémoires du marquis de Ferrières. Il y verra particulièrement un discours adressé à M. de La Fayette par le chef d'une députation de grenadiers , la réponse de M, de La Fayette , et diverses autres circonstances.

( Noie des nouv. édit. )

surplus des mesures ultérieures à prendre, s'en rapporte à sa prudence. »

Il était près de cinq heures. M. de La Fayette a détaché , pour former lavant-garde , trois compagnies de grenadiers et une de fusiliers, avec trois pièces de canon. Sept à huit cents hommes, armés de fusils, de piques ou de bâtons, précédaient cette avant-garde, ayant à leur tête un lieutenant de la garde non-soldée (i).

A cinq heures sept minutes, la garde nationale a commencé à défiler sur trois colonnes avec de l'artillerie et des chariots de guerre , au bruit des applaudissemens et des bravos d'un peuple innombrable. 11 n'y avait dans les rangs que des soldatscitoyens; mais on remarquait, dans les intervalles des compagnies , beaucoup de particuliers mal vêtus , bizarrement armés , et qui ressemblaient à des vagabonds dont l'armée cherchait à débarrasser Paris, plutôt qu'elle n'espérait les employer utilement.

(1) Il était fort convenable que le commandant-général s'opposât à la marche de la garde nationale sur Versailles , jusqu'au moment oii l'on sut quil était parti sur cette route plusieurs milliers d'hommes et de femmes. L'avis dont la foule qui obstruait les passages rendait la communication difficile , lui arriva ; alors il fut très-sage et très-convenable de prendre le parti de porter sur Versailles la garde nationale.

Les hommes qui marchaient sur la route en même temps que la garde nationale étaient peu nombreux : ceux qui étaient en avant n'étaient pas aussi nombreux qu'on les représente ici.

( Note des nouv. édlt. )

Ce n'a été qu à près de minuit qu'elle est arrivée à Versailles. Les femmes qui étaient parties le matin avaient arrêté et retenu tous les courriers qui voulaient les devancer , de peur qu'on ne tentât de leur fermer les passages. Maillard , leur commandant , et ensuite leur orateur, avait su les contenir pendant la route (i); elles avaient traversé sans obstacle le pont de Sèvres , avaient fait halte en ce lieu , et s'étaient fait donner , en payant, tout ce qui leur était nécessaire.

Près de Versailles, Maillard les a rangées sur trois lignes, et leur a représenté qu'on ne s'attendait pas à leur venue; que leurs intentions étaient ignorées; qu'on leur supposerait des vues hostiles si elles affectaient un appareil menaçant ; et qu'il fallait, pour éloigner la défiance et les alarmes., n'annoncer que des dispositions pacifiques. Elles ont senti la justesse de ces représentations; et, après avoir placé leurs canons à l'arrière-garde ,

(1) C'est un problème difficile à résoudre que celui d'éclaircir la nature du rôle joué par Maillard dans cette circonstance. Si l'on en croit sa déposition consignée dans les procédures du Châtelet , et que le lecteur trouvera à la fin de ce volume , on regardera ce personnage comme un modérateur qui n'usa de son empire sur les femmes que pour prévenir , ou du moins pour rendre moins fâcheux les désordres inséparables d'une telle insurrection. D'autres dépositions, surtout celle de M. Mounier, prouvent que Maillard, devant l'Assemblée nationale, sortit plus d'une fois des bornes du respect qu'il devait à cette auguste réunion.

Au reste, tout ce que raconte ici l'auteur, se trouve avec plus de développement dans la déposition de Maillard, consignée dans les pièces historiques (note B). (Note des nouu. édit. )

DE BAILLY. gi

elles se sont avancées en chantant l'air de Henri IV, entremêlé du cri de vive le roi ! Les habitans de Versailles ont accouru au-devant d'elles, en criant de leur côté : Vivent les Parisiennes !

Une partie de cette troupe s'est introduite dans le local de l'Assemblée nationale ; le reste s'est avancé jusqu'aux grilles du château , dont les gardesdu-corps leur ont défendu l'accès.

On battait la générale dans Versailles. Le régiment de Flandre , les dragons , les gardes-suisses et la garde nationale , ont pris les armes ; mais la garde nationale , abandonnée de ses commandansgénéraux, ne savait où marcher ni à quoi se résoudre. Des officiers l'ont disposée en partie dans l'avenue de Paris , en partie dans celle de Sceaux et à l'ancienne caserne des gardes-françaises.

Les soldats du régiment de Flandre étaient à peine en bataille qu'à la vue des femmes qui se mêlaient dans leurs rangs sans frayeur y ils ont mis leurs baguettes dans les fusils , et les ont fait retentir , pour montrer qu'ils n'étaient pas chargés. (( Nous avons bu le vin des gardes-du-corps, disaient-ils hautement ; mais cela ne nous engage à rien. Nous sommes à la nation pour la vie; nous avons crié vive le roi! comme la nation elle-même le crie tous les jours. Notre intention est de servir fidèlement le roi , mais non pas contre la nation. » Ils ajoutaient que leur désir et leur espérance était de prendre la cocarde patriotique ; qu'un de leurs officiers en avait commandé mille chez un marchand

de Versailles , et qu'ils ignoraient pourquoi on ne les leur avait pas distribuées.

Un garde-du-corps , furieux de ces discours , a maltraité un soldat qui lui a tiré un coup de fusil. 11 a eu le bras fracassé (i).

Les dragons annonçaient de leur côté la ferme résolution de prouver leur dévouement à la cause du peuple.

M. Mounier, président de l'Assemblée nationale, député vers le roi avec plusieurs membres , ayant traversé la place d'armes , s'est vu aussitôt environné de femmes qui voulaient l'accompagner au château. Il a obtenu avec beaucoup de peine quelles n'y entreraient qu'au nombre de six (2).

Le roi arrivait du bois de Meudon. M. de Cubières lui avait porté une lettre , annonçant qu'une multitude de femmes venait de Paris lui demander du pain. « Hélas ! avait-il dit, si j'en avais, je n'attendrais pas qu'elles vinssent m'en demander. » 11 avait pris sur-le-champ le chemin de Versailles.

M. Mounier lui a présenté celles qui formaient son cortège. 11 lui a exposé leurs réclamations, les besoins urgens de la capitale , et l'engagement que venait de prendre l'Assemblée nationale de faire tous ses efforts , de concert avec Sa Majesté , pour seconder les approvisionnemens de Paris ; il l'a

(1) Ce fait ne se trouve rapporté que dans les Révolutions de Paris , ji° 1 5 . ( Note des nouv. édit. )

(2) Voyez la note de la page 82 , relative à Mounier, et les Mémoires de ce député. ( jVo/e des nouv. édit. )

DE BAILLY. g&

supplié de procurer des secours à cette ville, s'il en avait les moyens a sa disposition.

Le roi a répondu avec émotion , en déplorant le malheur des conjonctures. Les femmes ont paru sensibles à l'expression de sa bonté et de sa douleur. L'une d'elles, nommée Louison Chabry , jeune bouquetière, âgée de 17 ans, lui a parlé en trèsbons termes. Elle s'est ensuite jetée à ses genoux, et a demandé la permission de lui baiser la main (1). Le roi l'a relevée et l'a embrassée, en l'assurant qu'il allait donner des ordres pour faire arriver des grains et pour que le pain fût en abondance. Les femmes sont sorties en criant : Vive le roi et sa maison !

Des sentimens très-divers animaient la foule attroupée sur la place. A leur retour, les femmes qui étaient allées chez le roi ont été injuriées, et leurs récils taxés d'imposture. On les a accusées d'avoir vendu leur témoignage; elles ont même été exposées à de mauvais traitemens, et sur le point d'être pendues au premier réverbère. Elles n'ont dû leur salut qu'à deux de leurs compagnes, et à deux gardes-du-corps.

Les hostilités paraissent avoir commencé de cet instant. Un détachement des gardes-du-corps , commandé par le comte de Guiche, s'était avancé

(1) En approchant du roi, cette jeune fille ne put proférer que ces mots : Du pain. Le saisissement qu'elle éprouva la fit tomber évanouie. {Note dcsnouu. èdit.\

q/ \ MÉMOIRES

sur l'avenue de Paris. 11 a rencontré quelques femmes qui se disposaient à retourner dans cette ville, pour y porter la réponse satisfaisante du roi. On assure qu'un garde-du-corps a frappé une de ces femmes d'un coup de sabre, et lui a fendu le crâne. Quelques-unes ont fait feu avec les pistolets dont elles étaient armées. Le détachement des volontaires de la Bastille qui était au bout de l'avenue , est accouru au bruit, a fait une décharge sur les gardes-du-corps et les a mis en déroute. Il en est resté deux sur la place et trois chevaux. Une femme , mère de six enfans , a eu un bras coupé ; une autre a été étouffée entre les chevaux; une troisième a eu la tête blessée du pommeau d'un sabre (i).

Du côté du château, un autre peloton de femmes avait forcé le nommé Bonnout , soldat de la garde parisienne , de se mettre à leur tête , et voulait pénétrer dans les cours. Les gardes-du-corps s'y sont opposés; Bonnout a été séparé de sa troupe , et contraint de fuir. Poursuivi par M. de Savonnières, lieutenant des gardes, et deux autres officiers , assailli par le n ombre, et pr esqu'à la portée du sabre (2) ,

(1) Ce récit , tiré presque entièrement des Révolutions de Paris , n'est pas entièrement confirmé par les autres historiens.

{Note des nouv. édit. )

(2) Suivant la déposition de Lecointre , les gardes-du-corps , en voyant Bonnout poursuivi par M. de Savonnières , s'écrièrent , pour encourager ce dernier : Bon, fort! c'est un parement blanc de Paris. {Note des nouv. édit. )

DE BÀILLY. ()5

il a tiré son épée afin de parer les coups qui étaient près de l'atteindre. Gomme on lui barrait le chemin du corps-de-garde national , il s'est réfugié dans une baraque adossée au château. Là y au moment où il allait succomber , un coup de fusil tiré du corps-de-garde l'a sauvé du péril en cassant l'épaule à M. de Savonnières (i). Les deux partis étaient en présence. Cette sanglante escarmouche a redoublé leur animosité. Le combat s'est engagé sur-le-champ, quoique le roi eût fait dé-

(1) Rien n'est plus différent que les nombreuses versions de ce fait , présentées par les deux partis. Celle de notre auteur est conforme aux relations que nous ont laissées les écrivains du parti populaire. Voici l'explication que nous donnent les historiens du parti de la cour : ce Un homme , disent-ils , vêtu de l'uniforme de la garde nationale de Paris , apercevant un espace entre les chevaux de la tête de l'escadron des gardes-du-corps , fondit dans les rangs , le sabre à la main , suivi de huit à dix femmes. Le marquis de Savonnières , lieutenant des gardes-du-corps , ordonna d'arrêter cet homme , qui était parvenu à occasioner un grand désordre. Mais les chevaux étant effarouchés , il fut impossible de l'empêcher de passer. Alors M. de Savonnières partit au galop avec le vicomte d'Agoult, second aide-major des gardes-du-corps , et M. de Mondollot , maréchal-de-logis ; ils poursuivirent tous les trois ce forcené, à qui ils donnèrent deux coups de plat de sabre sur le dos ; ils l'abandonnèrent quand ils le virent se réfugier dans une des baraques qui sont près de la cour des ministres. Mais à peine MM. de Savonnières , d'Agoult et de Mondollot eurent-ils tourné le dos pour rejoindre le flanc des escadrons, qu'ils furent couchés en joue. M. de Mondollot en est averti par quelques-uns des spectateurs M. de Savonnières allait très-lentement , lorsqu'il reçoit un coup de feu qui lui casse le bras ; si d'autres fusils n'avaient pas raté , MM. d'Agoult et de Mondollot augmentaient le nombre des malheureuses victimes de la fureur populaire.» Ces dé-

fendre à ses gardes de tirer sur le peuple, et de se servir de leurs armes. Des coups de carabine , partis de leur côté , ont atteint deux ou trois femmes. On leur a riposté avec des balles ; deux d'entre eux ont été renversés de dessus leurs chevaux. Des hommes du faubourg Saint- Antoine et des gardes-françaises ont pointé trois pièces de canon , chargées à mitraille ; mais la pluie a empêché d'y mettre le feu.

En ce moment de nouvelles défenses de tirer ont été signifiées aux gardes-du-corps de la part du roi, ce qui a prévenu très-heureusement un horrible massacre* M. le comte d'Estaing est allé annoncer à la garde nationale de Versailles , que demain les gardes-du-corps prêteraient le serment et prendraient la cocarde patriotique. Des voix ont crié : Ils n'en sont plus dignes !

La consternation et les alarmes régnaient dans le château. On n'a pu me dire si c'était pour faire évader le roi, ou pour s'assurer de la liberté des passages , que des voitures chargées d'effets se sont présentées afin de sortir par la porte de l'Orangerie (i). Un détachement de la garde nationale de

tails sont extraits d'un Exposé de la conduite des gardes-du-corps. Le garde national dont il est ici question est appelé par les uns Bunout , par les autres Bunon , Bonnout ou Brunout. Suivant M. Lacretelle , la décharge qui atteignit M. de Savonnières fut faite par des officiers de la garde nationale de Versailles.

( Note des nouv. èdit. ) (1) Les doutes de l'auteur sont éclaircis aujourd'hui. Il paraît résulter évidemment , non-seulement du témoignage des écrivains du parti populaire, mais de celui des historiens du parti opposé „

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