‹ Mémoires de BaillyChapitre 11 sur 20 · XVI NOTICE · texte numérisé non relu

XVI NOTICE

prises rautonté royale et la force populaire. Peut-être les malheurs de la révolution, peut-être la chute du trône furent-ils les suites de cette démarche imprudente. On fit prendre au monarque trompé le ton du commandement en parlant à la représentation nationale ; on lui fit casser les arrêtés pris par FAssemblée dans les séances des' i y et 20 juin, pès lors , la royauté , longtemps considérée par la nation comme une puissance modératrice et paternelle, commença d'être regardée comme ime puissance rivale et contraire : la défiance s'établit •, les conseils violens prirent im crédit qui ne s'accrut que trop rapidement , et le prince le plus humain , le plus ennemi du despotisme , vit s'évanouir en un jour, par l'imprudence de ses ministres , la popularité que lui avaient acquise seize années d'un règne bienfaiteur.

Le ministère espéra donner le change à l'opinion par l'énumération pompeuse des bienfaits que le monarque accordait à ses peuples : mais cette opmion, dont la lutte des ordres avait, exalté l'effervescence 5 ne pouvait plus se contenter de ces concessions incomplètes et tardives. Dès le 5 juin , elle avait applaudi au doyen du tiers lorsque , le garde-des-sceaux lui rappelant l'ancien usage qui assujettissait les députés des conmmnes à se mettre à genoux en présence du roi , il avait répondu avec fgrmeté : Et si vingt-cinq millions dhormnes ne le veulent pas^ qui pourra les y contraindre ? Le 17 juin, elle avait applaudi à la constitution de l'Assemblée ; le 20, au serment prononcé dans le jeu de paume -, le 22 , à la réunion du clergé -, le 23 , elle applaudit aux députés qui refusèrent de se séparer après. la séance royale j elle applaudit à la véhémente apostrophe de Mirabeau au

SUR LA y^l)» BAILLY, :XT1I

graBd^maitaredes céréiliomes ; eUe âpi^audifi à la résdhi** ùojL de VÂssemblée qui, séanee teii;sâite^ persista daiis ses préoédfens aifétés , proclama liuviolabilité' de ses Biâmbres, et déclara coupable de haute -trahison quiconque. oserait y attenter. Dès lors, la révolution fut cons<MQtunée -, xnai$. dès lors aussi le trône fut compromis ^ et les esprits modétés commencèrent à voir des nuages dans ravenir.

C'est Une grande sagesse, dans quiconque exerce le pouvoir à rentrée dWe révolution , de mesurer de suite rétendue des concessions qu'exige Topinion publique, de les exécuter sans réserves , et d'aller même , dès le p*emier moment , un peu au-delà de ce cpton attend de lui : il n'est que ce moyen de rester maitre des événemens. DevaxMsezrvoiM l'opinion; vous la dirigez par la confiance : vous.laissez'^vous devancer par elle ; elle vous traîne en esclave à sa suite.

Les événemens ne justifièrent que trop alors cette étemelle vérité* Après l'éclat de la séance royale, la cour se vit obligée de ployer , et de donner elle-mêmeles mains à la réunion des ordres ; cette concession forcée accrût la puissance du •para populaire sans calmer ses défiances.

Président de l'Assemblée dans ces circonstances- dif^ fidles , Bailly sm allier la modération au courage. Après la réunion d^ ordires , fl conserva quelque temps encore ses fonctions^ist dans ieespremiers momens la sagesse de sa conduite adoudGtdumoins, si elle ne put reâ^acér, reffet dés prétentions jalouses et lé ressentiment des intérêts blessés, n présida' rA^se«idylée\jii^tt^u^'»}^iUet 9 ai l'é^-^ piratiirâ: de ses fonotloiisvHtte' dépmtatlou de4'AesemBlée lui porta' ks^rèmerd^eni de ises coUègues^^^Défà jèetliomvj

mdge si flatteur ayait etë'pi^ëdé d^aiitres hommages : riu^adémîe française, par IWgane de Marmontél^ Isoh secrétaire ^ avait adressé une lettre de f^dtatieiié iaïf président de rAsseinblée nationale : rAcadémie dë9 belles-^Lettves avait. fait plus encore 5 un art^té pris par» elle ^aça le buste dé Ba31y dans la salle de ses séanf^es.

Cependant la cour, vaincue leaS.jidn, songeait à renouveler le combat : des troupes s'approchaient de Paris et de Versailles \ TAssemblée avait, à plusieurs reprises, demandé leur éloignement sans pouvoir Fobteïiir; un ipinistrc' cher au peuple , M. Necker , venait d'être exilé 5 on annonçait des mesures violentes ,^ la dissolution dé FAssemblées l'arrestation de plusieurs députés. Ces préparatifs menàçans amenèrent la journée du 1 4 juillet : la Basfille prise et rasée , la création insUntanée d'une g^e nationale , l'institution d'une municipalité dans la capitale du royaume , signalèrent dans cette journée le UÎomphe du parti populaire. Les nouveaux ministres n'ayaientpas vu qu'en appelant la force militaire contre la représentation nationale, qu'en la réduisant lÂnsi à chercber à son tour un appui dans la force populaire ,' ils précipitaient eux-mêmes la France dans les voies irrégulières d'une révolution hostile et violente. Ce fut encore le trône qui paya cette erreur du ministère.

Le lendemain de cet événement, une députation de l'Assemblée nationale se rendit à THôtel-de-Ville tfe Paris ; Bailly et M. de La Fayette en ^lisaient partie : arrivés à l'HAtel-de^Ville, une acclamation universelle décerna ati premier le titre de maire de Paris, au s^^ond celui de CQmnHmdant'général de la milice parisienne.

Avpeine sorti des ses premières fonctions, Bailly se tvouYli dpne investi d'une fonction peut-être plus <déH-': • \

Page 1