hjêmoihes
M. de Flesselles n'a pomt quitté; il a passé la nuit à rHôtel-de-Vilk , at s'est reposé quelcfue» heures chez M. Veîtard.
Le peuple ou plutôt les brigands s^étaieot portés le soir à l'hôtelde la Police pour y chercher M. de Grosne qui n'avait pas ^renient mérité la hàiue du peuple. U ftit enfoncé, dévasté, toute? les glaces brisées j ils respectèrent cepèndajlt Vapl^rteroeiit du premier, ouatait mâdai»ed^jCrosufi# M. .de Crôène s'était saiiv^é pa** la [porte d» boul^r Yirt; M* 4e GerviUiers, son frère,) l'^^'yait^aceonV pagne et mis ea sûreté* Le lend^maÎQ il envoya sa 4érïiission.
Voilà ce qui s'était passé dans la joùràée à Paris, et où la ville à coiu*u le risque du pillage* La prédiction xle. IiJ.de Leutre s'était vérifiée. Le i5 juillet 178g devait être plus désaatreux que le i3 juillet 1788.
Si j.o suis entré dans beaucoup de détails sur ces ^vél^nieas, où je n'ai point eu de: part, c'est que xre 3Qnt eux qui ont fait la révolution, préparé la renaissance de la municipalité, et qui sont néces^ :S|tirement liés à toutes les opéraiioc^ dont j'aurai par la suite à rendre compte. . ./
Je me, retirai de l'Assemblée: nationale à cinq heures du matin , et j'y revins à dix heures-.
Mardi i4 Juillet. — Nous ne quittons un jour mémorable que pour passer à un autre. Tous les jours de cette semaine ont été marqués par de grandes scènes. Cependant l'AssemUée , quoique pénétrée de douleur et d'inquiétude sur le dan-
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ger de la chose publique y tt^^^stakl à ses travaux ordinaires, aussitôt que les ëvënemens et les soins du moment lui en lai^aient le temps. L'essentiel, le plus pressant , celui vers lequel tendaient tous les vœux, étdit la constitution. Mais quel serait le mode de travail , si on laissait la liberté de proposer les questioifô? La diversité des objets, la confusion des idées, la divagation des. opinans rendraient l'ouvrage long et difficile. Comment concilier les avis et réunir les volontés, aumilieu de questions profondes et de grands inté-^ rets , sans beaucoup de temps ? M. Pétion de Villeneuve a proposé le moyen le plus expéditif , celui de former un comité de huit membres choisis aa scrutin, qui s'occuperaient à tracer un plan de constitution , pour être porté a l'assemblée géné-^ raie, et y être discuta et délibéré. Cette proposition a été débattue et jdiscutée. On est revenu sur la déclaration à placer avant ou dans la constitution. On a dit qu'il fallait tracer les lois qui récent la liberté, avant de l'établir en* principe : la liberté est le droit naturel, le: premier bien de l'homme; mais ce \y\&n\^ dont il peut user à son gré dans l'étai de nature , il faut qu'il apprenne à en jouir dans l'état, social, sans quoi.il nuirait et aux autres et à, .lui-même. 11 eut été peut-être à souhaiter que ce principe eût . dirigé. l;'Assemblée , et quelle eût aperçu : les précautions qui devaient suppléer aux barrières qu'on allait renverser. La proposition du> comité « été fortement appuyée. M. Buzot pensait^
iaps^ W plaoi d'ime boane* constitutÎQiii devait sortis d'ui^e; seule (jeie^ qui pût lier ks idresp et r^pproçhav. Ica principes. On a cité Lycurgue , Soloo , Nuiliû: y Penti , qui , seuls , aYaisnt été les légiskléors des peapka# A ceftte unité de conception ^ à 69 1 Mgislakeur aiikpie qnë ioa ne peut admettre ici^ il faut 8id;>stttue€ le nvoifis de tétcs possibfô pounfeitra^aôl'pi^paraloiref'Hfaut'&iiounicofniïé'. M. Barrère (fe Viaoeàc^ cvaîgnstat le tvoubte^ ks éangem qui nous enviroitaaieiBt^. les interruptiotts ^i pouvaient ei^ ré^uètety a été plus loin et a pefDsé qui on pouvait en> poser ke bases en isè^* petD de; temps ^ et en arrêter pro^oirement ks antieles princrpanx^ sauf h kur donner dans> m» tsimps dpe calme et de sécurité ks dév^eloppemeo^ convenables. « La constitution , a>^t-il dit^ estd^ » faite danis tous le& esprits. Ce ite peut être ici n. un enfauUenieAt kbèirveux; c'est ptsuJb-ètrerou^ >^ vnt^ d'un ^our, pa^ce quai eM ki i^ésidtat des A kmieres d'utv siècle* » Il avait raison,- la pensée de FAssemUée^ du moins alors ^ je te orofs , était de oeptrendve sooS-aMyre rédifice'5 pouf k po^er âur des bases sc^tides etrétenn^lled , et nowpas ck^k détruire' en entier.. Si M. Barrèrë eût été écouté , bien des objei&quSek. temps et les'^véïlenMi^^int anenés n'ataTaieni pËs été décrètes ^ la isévokftioa aurait été moins cûmplèté^ mair il nous aurait sauvé de Tanaitchie qui a exposé et qui ex]^>oBe encore la coifôtitution. ÇÀttjourd'fud ^"^ février lyga.) F4ufiQ , il a ébc décidé ^ae le' comité Slscaic formé ,
DE BAILLY. 55g.
et on s'est retiré dans les bureaux pour le scrutin. On doit admirer l'Asseniblée délibérant entre des scènes d'horreur, discutant avec tranquillité et maturité, et prononçant les oracles de sa sagesse.
Les membres du comité furent MM>. l'évêqu^ d'Autun, l'archevêque de Bordeaux , de Lally,! Clermont-Tonnerre , Mounier, Sieyes , Chapelier et Bergasse. •
Les huit suivans , destinés à les suppléer, furent MM. l'évéque de Chartres , l'archevêque d'Arles , de La Fayette, tréteau, Mirabeau, Bailly, R»baud de Saint-Etienne et Pétion de Villeneuve.
Loi'squé l'Assemblée a été reformée, M. le président a rendu compte qu'il avait remis ce matin même au roi l'arrêté de la veille, et que Sa Majesté avait répondu qu'elle l'examinerait. La séance du matin a fini par dés rapports de vérification de pouvoirs; quand je dis que la séance a fini , c'est-à-dire qu'elle a été suspendue , car l'Assemblée est toujours restée tenante.
Un de mes collègues , M. de M,. ., m'avait confié qu'il avait écrit à M. de Breteuil. 11 me fit voir sa réponse : j'en venais de recevoir une que je lui montrai aussi. Elles étaient pleines de protestations de zèle et de désir du bien , mais va^ gués ; elles ne touchaient point le fond de la question. Il me faisait d'ailleurs beaucoup d'amitié. J'ai cepcindant su, par un témoin, que la lecture de ma lettre l'avait mis en colère. Je fus un peu fàcho^ je lavoue , qpi'il n'eut pas tenu secret et gardé»
56o MÉMOIRES
paur lui l'avis que lamitié lui donnait. Mes intentions étaient pures ; mais si cela avait été su alors , il pouvait m'qxposer au soupçon.
Je n'ai pris que le temps d'aller diner : je suis revenu ; la salle et la cour étaient remplies de monde, il y en avait beaucoup dans l'avenue. Ce mouvement peignait l'agitation des esprits, entretenue et sans cesse augmentée par les nouvelles qu'on recevait y OU par les bruits alarmans qui se répandaient. Nous allions sans cesse au bord de l'avenue, et les yeux se tournaient involontairement vers Paris. On disait que les chemins et le pont de Sèvres étaient interceptés ; M. le prince de Robecl, arrivant, nous assura que cela n'était pas vrai. C'est aloi's que je vis passer avec la rapidité de l'éclair M. le prince de Lambesc, entouré de plusieurs officiers. Sa voiture avait été saisie, brûlée la veille ; il fuyait la fureur du peuple irrité. Mais la nouvelle de son incursion et des excès commis aux Tuileries était venue à Versailles; et j'entendais dire autour de moi que , s'il n'avait pas été au milieu de beaucoup d'officiers serrés , sans doute à dessein y près de sa personne , on aurait tiré sur lui. De temps à autre des bruits parvenaient jusqu'à nous , que l'insurrection était générale dans Paris , que le peuple marchait à Versailles. On ajoutait que les troupes de Sèvres avaient ordre d'arrêter son passage : puis on disait qu'on entendait le canon qui y était placé. Le moindre bruit était de l'artillerie ; nous portions
l'oreille à terre pour eiUendre mieux. Les esprits étaient continuellement tendus y et les alarmes sans cesse renaissantes. On venait c^re que le roi par-> tirait dans la nuit; et en effet on assurait qu'une voiture était attelée tous les soirs. Il est de fait que les gardes-dft-corps, depuis quelques jours , ne quittaient pas leurs bottes : on ajoutait que les gardes -françaises 9 qui paraissaient nous être trop attachés^ allaient être renvoyés dès le soir même; il paraissait donc que le roi^ en partant ^ nous laissait sous la garde et à la merci de plusieurs régimens étrangers et allemands trampés à l'Orangerie. Si ces^ bruits étaient fondés , ils cachaient quelque grand dessein y quelque projet désastreux ; ils étaient appuyés par un fait dont nous étions sûrs. Dans l'après-midi, M. le comte d'Artois et madame la duchesse, de Polignac avaient été se promener à l'Orangerie. Les officiers , les soldats même avaient été caressés; la duchesse avait ramené les officiers « chez elle , et leur avait fait servir, dit-on , des rafraichissemens et des liqueurs. Les intentions pouvaient être plus ou moins éloignées y mais cette conduite avait des intentions : quelques-uns soupçonnaient des proscriptions pour la nuit suivante. Toutes ces nouvelles , toutes ces pensées nous jetaient dans la consternation, mais sans nous décourager. C'est ainsi que se reforma l'Assemblée à cinq heures du soir. 11 a été lu un acte d€ la noblesse de Vendôme, qui reconnaissait le vœu de la majorité des représentans de la nation aux états*'
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généraux y librement et voiontairement énonce par les députés ^ et votait des remercimens slux qua-^ raate-fsept gentilshommes qui êe sont rendim^ le aS )wa dans ia salle de l'Assemblée nationale. On a lu cinq délibérations , et de la comnilission intermédiaire duDauphiné^et des villes dtfLaonyd^Anrillac, de Joigny et de Hedé y qcâ toutes félicitaient TAssemblée et adhéraient aux décrets et à la réuùion des ordres*. Si 1 on joint ces adressés à tontes celles qui avaient été reçues depuis un mois, on cotinaitra lès dispositions générales. Nous étions appt'ouvés sur tout ; nous n'snxrions eu d'in<pîétuâe qae sur le vceu des provinces. Assurés de la Confiance du peuple , surs de n exprin*er dans nos résolutions-que la volonté nationale ^ npus pouvions braver le danger ^ comme dés citoyens q*ti sou-^ tiennent leurs droits- et qui remplissent leur devoir. A ce moment^ k constitution était stiWy et la régénération commencée ; les commettatis auraient soutenu ou vengé lèUrs députée. Alors Mi'*rabeau^ qm avait fait le premier la motion pour le renvoi des troupes , demanda qu'elle fût renouvelée à rinstant^ qu'on insistât constammeilt et qu'on suspendit tous travaux, jusqu^à- ce izpk'o^ eàt satisfaction. Cette partie de sa motion nous aurait fait Irahir les besoins et l'espérance du peuple; elle eût favorisé d'ailleurs le ministère qui trouvait que nous en avions trop fait etdésirait notre inactiofi : elle fut unanimémfent rejetée. Mais on a décrété la dépuration,; au moment même , un de nos cdi'è-
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gu^s^ le vidiHMUt&de Noailfes^ arrivant de Paris ^ uods a ei|i<M9ë tes détails alarmaos de tout ce qu'il a Vu et efiteudtf i le rt^sentiment du peuple porté à ison comble el À mue însutrectîou générale; les Invalides pris ^ les canons livrés à ce peuple y et le pMjet d'assreger k Bastille « Il a dil: qpie les familles nobles avaient été toutes obligées de se renfermer dans^ leurs màisoi^s* tJn autre député y je crois M. de Wim|^en , revenant aussi de Paris , a peint Teffroi général ^ a raconté comment il avait été arrêté et eonvloil! à la Ville 5 où une multitude armée lui araic inoMré le cadavre vêtu de noir d'un homme décapité y en lui annonçant que tui-^mème allait éfre bientôt exécuté. On disait que cet homme était M. de LauXiay^ gouverneur de la Bastille. Un 6rdre des électeurs i^endit à M. de Wîmpfen sa liberté. D'aj^ès ces fants alai^mans y on ne s est pas arrêté à neilàniér une fK>uvetle députation , on a chargé celle qeri a été envoyée hier au roi de retourner Vers lui. M. de La f^ayette y occupant le fauteuil y a observé' qu'il était de la dignité conome du devoir de l'Assemblée de reprendre sôs travaux; mais la pensée de Paris éloignait toutes les autres^ et diri« geaît toutes ks motions. On a proposé d'établir une communieiition et des courriers ^ pour avoir des nouvelles toutes lés deux heures ;• de rester séance tenant» 'jusqu'après l'établissement des Ipts consti** taitionueiles , ou au moins jusqu'après le danger : mais l'arrivée de deux électeurs de Paris et des nouvelles sinistres ont suspendu ces propositions. Ils
ont racoûté tout ce qui s'est passé jo^qua leur départ^ et confirmé le récit de M. de NoaiUes (je don? nerai ci-après les détails); et ils out présenté l'arrêté suivant du comité pemument de THÔt^l-rde- ViUe.
(c Le comité permanent de la sûreté publique ^ » assemblé à l'Hôtel-de-Ville , a arrêté qu'il serait n en correspondance journalière avec FAssemUée; i> nationale ;
» Et de députer M. Ganilh^ avocat au parle- » ment 9 et M. Bancal-des-Issarts^ ancien m>taire> » tous deux électeurs de la ville de Paris ^ et mem-* » bres du coniité ,
» A l'effet de peindre à l'Assemblée nationale JD letat affreux où est la yille de Paris ; les malheurs » arrivés aux environs de la Bastille ; l'inutilité de& » députations qui ont été envoyées par le comité D au gouverneur de la Bastille^ avec un tambour et » un drapeau y pour y porter des paroles de paix^ n et demander que le canon de U Bastille ne fut » pas dirigé contre les citoyens ; là mort de pJu- » sieurs citoyens , tués par le feu de là Bastille ;. » la deman*de faite par une multitude de citoyens » assemblés, d'en faire le siège) les massacres qui » peuvent en être la suite ; et de supplier l'As-- » semblée nationale de VQuloir bien pesé»- dans, sa » sagesse, le plus promptement qu'il lui sera pos^ n sible , le moyen d'éviter à la ville de Paris les hpr- » reurs de la guerre civile ;
» Ënfîa d'exposer à l'Assemblée nationale que
» rétablissement de la milice bourgeoise et les » mesures prises hier^ tant par rassemblée des H électeurs que par le comité , ont procuré à la i) ville une nuit plus tranquille qu elle n'avaijt pu » Fespérer^ d'après le nombre considérable des par* » ticuliers qui s'étaient armés le dimanche et Id » lundi avant rétablissement de cette milice ; que^ » par le compte rendu par différens districts ^ il ^}. est constant que nombre de ces particuliers ont M été désarmés et ramenés à l'ordre» Signé Fîesr ^ selles , Moreau-de-Saint-Merry , Bancal-des* » Issarts, Rouen ^ Vergue, Chignard, Faucbet, j> Ganilh. »
Dâtis le recit des électeurs, lorsqu'ils dirent que le gouverneur, pendant les négociations, ayant reçu une députation , avait fait tirer sur le peujde, qui attendait la réponse, un cri d^indignatioa s'é* leva dans toute la sallfe , qui , comme le dit Mirabeau-, appelait sur la tête du coupable la vengeance du ciel et des honraies. La vengeance! Elle était alors accomplie.
M. de La Fayette répondît aux députés :
« L'Assemblée nationale, pénétrée des malheurs » publics, n'a cessé de s'occuper , jour et nuit, des » moyens de les arrêter. Dans ce moment, M. le » président, à la tête d'une députation nombreuse , *i est chez le roi , et lui porte de notre part les insw tances les plus vives pour l'éloignemient des trou- H pes. Je vous invite. Messieurs, à rester parmi
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M nous pour être témoins du rap{>ort qui va nous w être fait. »
On a demande, à grands cris^ime 'seconde dé^ putaiîon qui portât aa px>i ces détails douloureux^ et l'arrêté de la Ville. La seconde x^u^atkm nom^ mée allait partir, lorsque la première est rentrée avec la réponse du roî.
ff Je me suis sans cesse occupé de toutes les ipe* » sures propres à rétablir la tranquillité dans Pa- » ris. J^avais en conséqu^ice donné un ordre au 7) prévèt des marchands et au5c offidérs, Hiooiçi'- D paux de se rendre ici pour concerter avec eux » les dispositions nécessaires. Instruit depuis de U M formation d'ime garde bourg^oi^, j'ai çlonné Il des ordres à des ofliciers^géiiéraux de s^ i3(iettre » àia tète de i^me g#rde, afin de l'aider dp leur ^ expénueoee , ei isiecQiKler jp i,hh ^s î>anç ci- » toyens; jfai égaJenje»t ordouué qu)5 les tirp^peç » qui soot au Oia»p-^de-Mars s'écajf'tent dç Paris. » Les iûqutéiudes cfue vous ïm témoigne? sur les M désordres de cette ville, doiveqt être dans tous » les cœur^^ et affectent vivement le mien. »
Cette réponse n'a point satisfait. On a demandé l'envoi de la seconde députation* Elle est partie , M. l'archevêque de Paris à la tét'èf el, reWuue sur*le-champ, elle a dit avoir lu au rèi l-arfété de la ViHe, et a rappofté cette seconde- réponse.
i< Messieurs, vous déchirez mon c^œtiHr de plus » en plus par le récit que vous me faites des mal- M heurs de Paris. 11 n'est pas possible de croire
i)E BÀILLY. 367
i) que les ordres qui ont ^té donnés aux trpupes >) en soient la cause. Vous s^vez la réponse que » j'ai faite à votre précédente députation; je n'ai » rien à y ajouter. »
On n'a point eu connaissance , à l'Hôtel-de-ViUe , de la lettre qui mande le prévôt dçs marchands €t les échevios. Il n'çn est point fait mention sur le proccs-verbal des électeurs et du comité permanent. On dit que le roi, lorsqu'il apprit que les' Parisiens s'étaient formés en garde bourgeoiise , dit : Ils ont bienfait. On voit ici qu'on lui fait approu*ver dans ça première réponse celte formation qu'il avait dé$approuvée dans sa réponse du samedi . C'est que les événemens du dimanche et du lundi matin avaient tout changé , c'est qu'on n était plus maître de l'empêcher. L'ordre donné aux officiers-généraux de SjB mettre à la tête , était un moyen réservé pour maîtriser ce corps armé que Ton redoutait (on n'a pas entendu parler non plus de cet ordre) ; M. de La Fayette recommanda aux électeurs, qui vinrent le lendemain à Versailles , de se défier des officiers-généraux que le gouvernement mettrait à la tête de la milice bourgeoise. {Procès-Verbal des électeurs. /, 4^5..) Il y a un sentiment de douleur bien marqué ^ans la seconde réponse; elle doit être du roi lui-même. Il n'est pas possible de croire, dit-il, que les ordres qui ont été donnés aux troupes en soient la cause. Qui ont été donnés! Il ne dit pas que f ai donnés; ce n'est donc pas lui. Et quand il dit : Ils ont bienfait d'établir une mi--
Uce bourgeoise^ ce n'était donc pas lui qui Tavait défendu. On voit que le conseil et le roi ne sont pas la même chose.
Le président s étant retiré , parce qu'il était tard , M. de La Fayette a fait déterminer la réppnse à faire à la députation de Paris. La voici :
« L'Assemblée nationale , profondément aflfec- » tée des malhe a rs qu'elle n'avait que trop prévus, » n'a cessé de demander à Sa Majesté la retraite » entière et absolue des troupes , extraordinaire- » ment rassemblées dans la capitale et aux envi- )) rons. Elle a encore, envoyé dans ce jour deux }} députations au roi sur cet objet y dont elle ne » cesse de s'occuper nuit et jour. Elle fait part aux » électeurs des deux réponses qu'elle a reçues. Elle » renouvellera demain les mêmes démarches ; elle » les fera plus pressantes encore , s'il est possible ; » elle ne cessera de les répéter et de tenter de )) nouveaux efforts , jusqu'à ce qu'ils aient eu le » succès qu'elle a droit d'attendre et de la justice » de sa réclaitiation et du cœur dii roi,, lorsque )) des impressions étrangères n'en arrêteront plus » les mouvemens. »
Cela fait, il était deux heurtes du matin; la séance , sans être levée, a été suspendue par M. le vice-président. Je vais donner le détail des événemens de la journée à Paris.
La nuit s'était passée assez tranquillement dans tous les quartiers , mais dans des alarmes perpétuelles à l'Hôtel-de-Ville , à qui on annonçait per-
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petuellement Tarrivée des troupes. C'est dans ce moment qu'on montra aux donneurs d avis des barils de poudre , en leur disant : On fera sauter rjHôtel-de- Ville j et ils se retirèreht. Le comité permanent était sans cesse en activité ; coitime les gens sans travail , et souvent sans aveu , étaient dangereux dans ce moment , on rouvrit les travaux de la Gare. L'agitation avait redoublé avec lé jour. Les voitures saisies arrivaient toujours et remplissaient la place , les rues étaient pleines d'une multitude innombrable et armée j qui les parcourait sans ordre et sans chef. On renouvela les ordres affichés de se rendre à son district , de s'y faire inscrire dans le rôle de milice et de ne paraître armé que sous des chefs. Mais ces chefs, mais leurs soldats n'avaient point d'armes ; mais les proiuesses, les ordres donnés la veil^ n'avaient point été remplis. On s'était présenté aux Chartreux, il n'y avait pas un fusil : a l'Arsenal il n'y avait point de cartouches ; de là de nouveaux soupçons et de nouveaux cris de trahison. Le comité a envoyé M. de Corny aux Invalides pour demander au gouverneur les armes qui pourraient s'y trouver. Il a fait défendre de rouvrir les spectacles , il a fait établir des gardes au trésor royal et à la caisse d'escompte , dont on craignait le pillage. Une foule effrayée est venue dire que les troupes de ; Saint- Denis s'étaient avancées jusqu'à la Chapelle , que royal - allemand et royal - cravate entraient au faubourg^aint-Antoine , et massacraient tout sans
SyO MÉMOIRES
distinction dage ni de sexe. Maigre l'incertitude de ces bruits 9 et en attendant le retour des courriers envoyés pour s'en informer ; autant pour rassurer les esprits alarmés par des dangers plus ou moins réels y que pour préparer des défenses ^ eii cas de danger véritable ^ on a ordonné de sonner partout l'alarme y de dépaver les rues ^ de creuser des fossés ^ de former des barricades ; on a fait rassembler et marcher dans les faubourgs le plus grand nombre possible de gardes-françaises et de citoyens armés. La position du comité permanent était embarrassante et critique : entouré de nouvelles désastreuses et des images de tous les désordres , croyant à tout moment voir arriver et Tenvahissement des propriétés et la dissolution générale ; le comité y sans pouyoir légal au milieu de tous les pouvoirs détruits y répondait de la vUle de Paris y à tous ses concitoyens y au roi et à la nation. Il n'avait pour titre que le choix du peuple , mais il n'avait pas reçu le pouvoir d'administrer ; oe choix lui donnait droit e la confiance^ la nécessité a fait le reste. Les électeurs avaient eu la prudence de joindre leur comité au bureau de la Ville y qui dans ce moment était une autorité constituée. Mais devaient -ils opposer la force armée aux troupes du roi y si elles entraient ' dans Paris , comme on l'annonçkit de toute part ? Us se décidèrent par les sentimens et les paroles du. roi lui-même. Le roi avait dit: « Vous pouvez » assurer les états-généraux que les troupes ras*« ?) semblées autour de Paris ne sont destinées qu a
DE BàILLY; 371
H réprimer 9 ou plutôt pré venir de nouveaux dé- » sordres , à maintenir le bon ordre et l'exercice » des lois y k assurer et protéger même la liberté » qui doit régner dans leurs déli^bérations. » Le comité pensa que les désordres ne pouvaient être mieux réprimés que par la garde bourgeoise^ que c'était aux magistrats du peuple , échevins et électeurs à y veiller , que leur premier devoir était de calmer ses inquiétudes , de ne s'opposer même à ses mouvemens , en eût-il de repréhensibles , que d'une manière prudente et paternelle , qui n'établit pas un massacre dans la ville. Car lorsque la masse entière, du peuple , agitée par l'effroi, .se soulève pour sa défense , la loi n'est plus la règle ; c'est le salut du peuple qui est la loi. Le roi leur aurait demandé compte du sang des Français ; ils jugèrent donc que si des troupes entraient dans Paris sans se concerter avec eux , et exerçant des violences ou des rigueurs, elles agissaient contre les intentions du roi et ne venaient point par ses ordres; et il a inscrit sur son procès-verbal « qu'il ne pouvait donner M une marque plus signalée de sa fidélité à son de- » voir, et de son dévouement aux volontés du roi, » comme aux intérêts de la patrie , qu'en oppo- » sant une défense légitime à une attaque crimi- >i nelle. »
On vint lui rendre compte que royal-allemand n'occupait que les dehors de la barrière du Trône, et que les troupes de Saint-Denis ne s'étaient pas avancées même jusqu'à la Chapelle. Cependant, il
SyS MÉMOIRES
est difficile de croire que les troupes n'eussent pas reçu des ordres de marche , ordres qui furent suspendus ^ puis révoqués. Voici ce qui le fait croire emparait même le démontrer : qn avait arrêté toutes les lettres a la poste ; le peuple assemblé dans la salle de THôtel-de-Vill^ avait exigé impérieusement qu elles fussent lues. Il y en avait « qui étaient )> écrites à des personnes domiciliées à Paris ^ par » des officiers campés aux environs de Paris. Ces » officiers instruisaient les Parisiens du prompt » trajet qu'on leur avait fait faire pour se rendre >) au poste qu'ils occupaient , de$ projets hostiles » qu'ils attribuaieAt à leurs chefs contre la ville de » Paris { quelques-uns annonçaient avoir reçu » l'ordre de s'approcher davantage de la capitale , » d'autres attendaient le hiême ordre à chaque ins- » tant. On lisait dans l'une : Nous craignons que les }) soldats ne veuillent pas obéir; dans l'autre : Naus » marchons à l'ennemi. » Dans une autre lettre, trouvée dans la poche de M. de Flesselles, un commis de l'intendance écrivait à sa femme , pour elle seule et pour une autre personne : u Sois tranquille y tout n ici l'est parfaitement; on ne craint rien, et on » .va prendre des mesures pour vous secourir (i). » On était un peu rassuré sur le danger des trou-^ pes , par le nombre considérable de soldats des régimens cantonnés aux environs , qui se rendaient
(i) Le lecteur sentira la nécessité de rapprocher, pour tous ces détails , les Mémoires de Bailly de oeux qu*a laissas Dusaulx , et que contient la troisième livraison. ( Ao/e de9 nouw, édit, )
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à Paris pour servir la nation. On a nommé des officiers «t donne des brevets à M. de La Salle ^ comme commandant -^général , à M. Dèsaudrais, commandant-général en second, M. de La Caussidière , major général, M. d'Ermîgny, major suppléant. Ces officiers montraient autant de courage et de dévouement que de patriotisme , car il y avait alors bien du danger à commander les forces parisiennes contre, les troupes royales ou plutôt ministérielle^. Quoiqu'ils fussent autorisés par le conseil permanent , qui n'avait agi que par la nécessité et pour sauver la ville , qu'auraient fait ces raisons légitimes contre le pouvoir arbitraire, qui eût voulu répandre et de reffix)i et des exemples ? La compagnie de l'Arquebuse a fait le service. M. Soûlés a offert de lever une compagnie de cavalerie. On a établi six hommes d'ordonnance de chaque district à l'Hôtel-de- Ville pour porter les ordres aux districts.
M. de Corny avait été envoyé aux Invalides pour avoir des armes, mais Timpatîence des citoyens ne peraiettait pas d'attendre son retour. Il faltub expédier de nouveaux ordres. M. de Corny est revenu et à dit : « Qu'ayant été d'abord che» M. de Sombrfeûîl, gouverneur de l'Hôtel , cet officier lui atait dit <pi'ayant prévu dès hier ce qui arrive , et n'étant que gardien et dépositaire des armes , il avait cru devoir, pour se mettre en règle , envoyer un courrier à Vereailles pour demander des ordres j qu'il désirait que l'on voulût bien at-
tendre la réponse qu'il attendait lui-même ; qui! répétait , au surplus , les protestations les plus sincères d'attachement , de déférence et d'amitié, tant pour l'Hôtel-de-Ville que pour tous les citoyens de la capitale. » M. de Corny fit part de cette réponse à la foule assemblée au dehors y qui en fut d'abord satisfaite. M. de Sombreuil vint lui-même, fit ouvrir la grille et parla au peuple. On l'écoutait assez ; un seul homme réclama , et dit que tout délai ^tait un péril nouveau , et dans l'instant la foule se précipita dans l'Hôtel ; les invalides furent désarmés ; toutes leurs armes , toutes celles qui étaient en dépôt furent prises , on ^s'empara des canons , on y attela les chevaux de la voiture de M. de' Corny, tous ceux qu'on put trouver, et on les ramena en triomphe. L'état - major a été invité de veiller à la conservation et à l'usage de ces canons , et de prévenir l'abus de cette immensité d'armes , pillées et non distribuées aux meilleurs citoyens. On y a retourné dans la }Oumée; cent mille âmes assiégeaient l'Hôtel, pour demander les armes qui n'y étaient plus. L'Hôtel était prêt d'être pillé. M. de Sombreuil fit avertir la Ville. On a envoyé M. de Leutre , électeur; sa présence a un peu calmé les esprits : il leur a dit qu'il venait visiter la maison , et leur a proposé de lui adjoindre quatre commissaires. Ils ont été nommés sur-le-champ , et M. de Leutre a voulu leur laisser faire seuls la visite , en leur remettant ^ous ses pouvoirs. Ces.marques de confiance et de
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. loyauté ont calmé le peuple. On a fait la visite y on n'a rien trouvé y la multitude s'en est allée y et FHotel a été préservé de tout dommage. Cependant 9 à la ville deux oflficîers aux gardes ont amené devant l'Hôtel-de-Ville deux de leurs compagnies ; ils sont venus sur un billet ainsi conçu , sans date et sans signature : « Les deux compagnies
» de la caserne de viendront à onze heures
» précises se mettre en bataille devant l'Hôtel-de- » Ville. » Ces officiers croyaient que le billet leur venait d« l'Hôtel-de- Ville : ils offrirent leurs services. On leur a demandé s'ils vounnent recevoir les ordres de la commune et lui prêter serment. Us ont répondu qu'il fallait consulter leurs chefs. Sur ces entrefaites , une alarme de troupes qui se présentaient dans le faubourg Saint-Anloine à fait qu'on leur a proposé d'y aller; ils ont refusé. Les soldats ont dit qu'ils marcheraient, et on les a fait partir sous les ordres de M. de Rulhières; c'était encore une fausse alarrtle , comme on en donnait mille par jour.
Dès les huit heures du matin, on avait annoncé que les canons de la Bastille étaient braqués sur la: rue Saint- Antoine. Le comité députa MM. Bellon, officier de l'Arquebuse, Billeford, sergent-major d'artillerie, et Chaton, ancien sergent des gardesfrançaises, pour engager M. de Launay , gouverneur de la Bastille , à retirer ses canons , à ne com« mettre aucune hostilité; l'assurant de leur côté que le peuple ne se porterait à aucune entreprise con-
tre lui ni contre le château. La députation n était pas reyeuue y et les mêmes craintes se manifestaient ; déjà niême on disait que des citoyens avaient été blessés par le feu de la place. 11 y a bien lieu de conclure 9 par tous les bruits faux et toutes les alarmes qu'on semait partout, qu'on. voulait entretenir, accroître l'agitation et porter au siège de la Bastille. M. Thuriot de La Rosière arriva ; il en venait, il y avait été envoyé par son district, celui de Saint-Louis-de-La-Culture. 11 a dit qu'il était entré à la Bastille, à travers un peuple immense qui déjà l'edllronnait; qu'il avait vu en effet des préparatifs de défense, mais que le gouverneur lui avait donné sa parole de ne pas tirer s'il n'était pas attaqué. Les trois députés sont revenus et ont dit la même chose; et l'on allait faire proclamer cette réponse, lorsqu'on a entendu un coup de canon du côté de la Bastille. On a apporté un homme blessé au bras par les coups de. fusil qui en ont été tirés, un garde-française expirant sur un cadre. On annonce un nombre de blessés, et de toutes parts ou crie à la trahison. Le fort tirait avec avantage : les citoyens , pêle-mêle , sans ordre et sans armes, avaient besoin de chefs et de secours. Le comité avait un parti à prendre, et, dans cette circonstance si critique et si pressante , une députaton vient accuser M. de Flesselles d'avoir amusé et trompé les citoyens, en leur promettant des armes. Nous réunirons bientôt ces faits. C'est pourtant an milieu de ces agitations,
de ce tumulte^ de l'effroi général ^ du danger particulier pour le comité sans cesse accusé et menacé^ qu'il fallait délibérer «. On prit rarrêté suivant : (c Le coifaité permanent de la milice parisienne , » considérant qu'il ne doit y avoir à Paris aucune » force militaire qui ne soit sous la main de la » Ville , charge les députés qu'il adresse à M. le » marquis de Launay y gouverneur de la Bastille y )) de lui demander s'il est disposé à recevoir dans » cette place les troupes de la milice parisienne , )) qui la garderont de concert avec les troupes qui » s'y trouvent actuellement, et qui seront aux ory) dres de la Ville. » Le comité, en invitant M. de ' Launay à prendre ce parti , espérait épargner le sang des citoyens. L'arrêté fut porté par MM. de La Vigne , Cbignard et l'ahbé Faucbet, auquel s'est joint M. de Boutilliers , député suppléant à l'Assemblée nationale. On amena trois invalides pris en dehors de la Bastille, et accusés d'avoir tiré sur le peuple. Un d'eux, froid et tranquille au milieu des menaces de mort, disait : « Gomment aurais*4e tiré sur les citoyens, puisque j'étais sans armes I » On affecta de les traiter avec rigueur, et on les envoya en prison pour les sauver. Bientôt on amena un homme qu'on disait être le gouverneur de la Bastille ; il avait été battu , maltraité , il était tout couvert de contusions ; il aurait péri sans le courage de M. Desaudrais , qui fut blessé d'un coujp de sabre à la tête, et de M. de La Salle qui acheva de le délivrer de ceux qui en voulaient
SyS MÉMOIRES
à sa vie : ce n'était poiat M. de Launay, c'était M. Clouet , régisseur des poudres.
L'inquiétude et l'agitation du peuple setaient changées en fureur, il voulait absolument forcer la Bastille ; et il y avait lieu à craindre que le feu de la place ne fît une boucherie de la multitude. La seconde députation n'était pas revenue; on jugea nécessaire d'en envoyer une troisième, mai^ avec des signes qui la fissent reconnaître, c'est-àdire un tambour et un drapeau. Les députés furent MM, de Corny , Francotai , électeur ; Milly , Beau*bourg , Pignot de Sainte-Honorine , Boucheron , Goutans , Joannon et Fils : on leur donna la même mission qu'à la précédente. La seconde dépulatiorr est revenue; ils ont dit , qu'arrivés à la Bastille , ils ont vulirer et d'en haut et d'en bas : d'en haut sur la multitude ; d'en bas, sur le fort : ils ont fait des* signaux, le feu n'a pas cessé : qu'après avoir fait le tour , s'être présentés «ux différentes portes, avoir engagé plusieurs troupes de citoyens à cesser le feu, pour que leurs signaux fussent mieux compris , les uns y ont accédé , les autres s'y sant refusés. Il était, en effet, assez difficile de s'entendre et d'obtenir un accord connu , consenti et suivi par une grande multitude. Le fait , c'est qu'on veut le siège de la Bastille, sa destruction, la mort du gouverneur. On répète partout que plusieurs citoyens s'étant approchés pour demander des armes , le gouverneur en avait fait entrer un certain nombre, qui' avaient été fusillés dans la première cour. €ett^
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trahison du gouverneur^ ont dit les commissaires ^ a été le signal de la guerre qu'il a déclarée à ses concitoyens^ et qu'il parait décidé à continuer^ puisqu'il a refusé d'entendre notre députation. On a demandé dé nouveau et à grands cris le siège de la Bastille ; on a demandé du canon ; le cheva-* lier Desaudrais en a fait marcher cinq pièces. M. de Ck>rny est revenu avec la troisième députation : il a rapporté que^ s'étant placés bien en vue de la plate-forme y ils avaient fait signaler le drapeau ; qu'alors on avait vu arborer^ sur la plateforme^ un pavillon blanc ^ que les soldats avaient renversé leurs fusils ^ le canon en bas. On parle même d'un billet que M. Élie avait entre les mains ^ billet par lequel la garnison de la Bastille annonçait la volonté de se rendre, (c Nous avons }i vingt milliers de poudre y nous ferons sauter la iy garnison et tout le quartier, si vous ne Tac- » ceptez; » Mais, au milieu des cris et du tumulte, ce billet ne fut ni vu ni entendu. Les commissaires n'en font pas mention ; ils disent qu'en conséquence des signes de paix, ils avaient engagé le peuple à se retirer dans les districts , et que cette retraite commençait à s'effectuer, lorsqu'on a vu pointer un canon du fort, et faire une décharge de mousqueterie , qui a jeté trois personnes aux pieds des commissaires. Alors la fureur a transporté tous ceux qui étaient présens , les commissaires mêmes ont été maltraités, ont couru des risques, et ils sont revenus ^ ayant rencontré en
58o MÉMOIRES
route une multitude de gens armés y trois cents gardes-françaises et des cancHis, qui allaient former en règle Fattaque de la Bastille.
Le comité 9 au milieu des soins de détail qu'exigeait l'état de la capitale y était environné de deux causes de tmuUe et de danger : l'une était le désir de prendre la Bastille; l'autre celui d'avoir des armes; désir plusieurs fois trompé , désir qu'on ne pouvait satisfaire. On soupçonnait le comité , surtout M. àe Flesselles ; on les menaçak ; on parlait tout haut de les égorger, de mettre le feu à l'Hôtel-cJe-Ville. Un vieillard dit: cr Mes amis, que faisons-nous avec ces traîtres ? Marchons à la Bastille. » Cela faisait présager quel serait le retour. C'est dans ces mômens que le comité a^ pris l'arrêté , et envoyé à r Assemblée nationale la députation dont j-ai par^ . Les FP. chartreux sont venus se plaindre qu'on les ait exposés en envoyant cherchei? chez eux des armes qu'ils n'avaient pas. I>'autres ont reproché a M. de Flesselles les douze millie fusils promis , les Chactreux sans armes , et l'Arsenal sans cartouches, et les promesse» y et les délais , et les espérances frtistrées. U répondait qu'il aiait été indignement trompé. ]y{. Dusaulx et plusieùi^ électeurs ont dé-< fejndu M. de Flesselles , et rendu témoignage à sùn zèle et à son assiduité. On venait à tout moment avertir le comité de la fermentation qui existait et dans la maison commune et dans la place. On disait autour d'eux qu'ils travaillaient là en secret, et hors de la présence des citoyens , pour les trahir.
M. de Fle^selles ^ a^vec les membres du comité y ont passé danâ là grande salle. Cependant on parlait de trsihiàon^ de complots > de manœuvres ; on accusait hautement M. de Flèsselles : alors il dit : a Puisque je suis suspeqt à mes concitoyens , il est indispensable que je me retire; » et il a touIu descendre de son estrade ; on Ten a empéch^. On lui a redemandé les clefs du magasin de 1^ Ville ; on a parlé de se saisir de lui , et de le garder comme otage ; d'autres opinaient pour le conduire au Châtelet ; d'autres ont proposé de le mener au Palais^ ' Royal pour qu'il y fût jugé : cet avis est devenu général* M. de Flèsselles a répondu simplement : « Eh bien , Messieurs ^ allons au Palais-Royal. » Il est descendu de l'estrade , a traversé la salle , est sorti , la multitude se pressant autour de lui et sur ses pas y mais sans lui faire aucune violence. 11 a traversé la place de mêmej et, au coin du quai Pelletier, un inconnu (i) lui a tiré un coup de pistolet dans la tête. M. de Flèsselles n'a donc pas été la victime de la fureur populaire ; il a été réellement assassiné. Il est bien vrai que^ vu la disposition des esprits, il courait de grands risqua en allant au
(i) C'est un des frères Morin, de Çharleville , et qui était petit marchand de bijoux , cloître Saint-Germain-rAuxerroîs *. ^ [:N'oêedeM.Naigem.)
* Nous transcrivons cette note de M. Naigeon, mais sans en garantir Texactitude, ignorant à quelle source l'écrivain a puisé ec renseignement.
( IVote des wow» édit. )
382 MÉMpIRES
Palai(5-Royal ; mais enfin^ dans l'Hôtel-de- Ville et dans la place y le peuple qui l'entourait Tavait respecté. Il semble que quelqu'un ait eu intérêt à le faire disparaître. Mais enfin avait-on raison de le soupçonner? avait-il trahi la confiance du peuple? C'est une question que je n'ai pu résoudre y et que l'avenir seul éclairera; car, d'une part^ qu'est-ce que ce marché d'armes ^ que personne à la Ville n'a connu y ces promesses et ces remises perpétuelles y ces caisses marquées artillerie^ et remplies de vieux linge ; ces ordres donnés aux Chartreux où il n'y avait point d'armes ^ et à l'Arsenal où il n'y avait point de cartouches ? Pourquoi ces ordres n'étaient- ils pas conditionnels' et exprimant le 4oute où il devait être sur des approvisionnemens qu'il ne connaissait pas? Pourquoi avait-il dans sa poche la lettre du conunis de l'intendance^ qui marquait on va vous secourir? D'un autre côté , pourquoi est-il venu à l'Hôtel-de- Ville , et s'est-il fait requérir^ au lieu de donner sa démission ^ comme a fait M, de Crosne? Pourquoi a-t-il voulu que la présidence lui fût déférée par les citoyens? N'est-ce pas en avoir reconnu l'autorité ? Les électeurs lui rendent témoignage de zèle et de constance, travaillant de concert avec eux depuis deux jour^ et deux nuits à la défense commune. On a prétendu qu'il avait voulu feindre de servir pour retarder les préparatifs , atténuer les moyens de défense , et donner le temps au secours d'arriver : ce crime de trahison ne doit pas être ajouté légère*
DE BÂILIY. 583
ment au malheur de sa mort. Je me suis borné ici à rapporter les faits ; le temps peut-être donnera des ëclaircissemens qui accuseront ou justifieront sa mémoire.
Je reprends le récit des faits relatifs au plus important des événemens de la journée. On arrêta un courrier portant un paquet adressé à M. du Puget y major de la Bastille^ Il contenait deux billets : le premier : « Je vous envoie , mon cher » du Puget , l'ordre que vous croyez nécessaire ; w vous le remettrez. Paris , ce i4 juillet. Besen-^ » if al. » Le second : « M. de Launay tiendra jus« » qu'à la dernière extrémité ; je lui ai envoyé des » forces suffisantes* Ce i4 juillet 1789. .Besen* n val. » Ces billets lus publiquement ajoutaient aux alarmes publiques et redoublaient la fureur. On résolut d'envoyer une quatrième députation j mais déjà un bruit annonçait la prise de la Bastille* Bientôt ^suivant les expressions énergiques du procès-verbal , ua bruit nouveau , d'abord lointain , mais s'avançant avec le fracas et la rapidité de la tempête^ est venu confirmer la prise de la Bastille. Le marquis de La Salle a apporté les clefs qu'on venait de lui remettre ; une foule est entrée , traînant une trentaine d'invalides et de Suisses ^ et criant : Pendus ! pendus ! M. Elie et un gardefrançaise étaient portés sur les bras y et proclamés vainqueurs de la Bastille. M. Elie a été élevé sur une petite table en face du bureau y au milieu de$ prisonniers dévoués à la mort , et il a été couronné y
environné de faisceaux. On lui a offert Fargenterie de la Bastille; apportée devant lui , il l'a refusée. On apportait successivement le drapeau , le grand registre de la Bastille , tout cela devant le peuple , affamé de vengeance et ivre de sa victoire. Le brave Hulin et plusieurs autres qui s'étaient signalés à la Bastille , étaient restés pour protéger lâ^ conduite et la vie du gouverneur; c'était un gardefrançaise nommé Arné qui l'avait arrêté : leurs efforts furent impuissans. Une foule furieuse l'emporta ; Hulin fut renversé et presque étouffé. On apprit bientôt que M. de Launay, pris et traîné à l'Hôtel-de-Ville , venait d'être massacré au bas du perron. MM. de Salbray, major. Mirai , aide-major , Person , lieutenant d'invalides , furent tués dans d'antres endroits. Il était question de sauver les trente prisonniers , et les électeurs étaient bien embarrassés : trois entr'autres étaient plus erposés , on les disait canonniers, on disait qu'ils avaient tiré sur le peuple; l'un était blessé. M. de La Salle, avec le ton de la sévérité, demanda à s'emparer des coupables, pour qu'ils fussent punis. 11 fît passer le blessé dans la salle de la reine; mais pendant qu'il lui sauvait ainsi la vie, les deux autres furent entraînés , et pendus sur-le-champ au réverbère , en face de l'Hôtel -de -Ville. 11 en restait encore un grand nombre ; les gardes-françaises demandèrent cette récompense de leurs services ; M. Élie dit que cette grâce lui serait plus précieuse que tons les honneurs. Une voix cria : Gr4ce ! ce cri fut ac-
DE BAÏLLY, ' 385
cueilli 9 répète dans )« peuple. Les gardes-françaises «emparèrent des prisonniers , les ertimenèrentsans résistance, et les malheureux furent sauvés. Ainsi finit celte grande scène de fureur, de vengeance , de victoire , de joie j d'atrocités , et où ont brillé quelques traits d'humanité.
Une granàe question se présente : jiisqn a quel point M. de Launay a-t-il été coupable ? On laccuse d'une trahison détestable , c'est d'avoir fait entrer un nombre de personnes dans la coût* , et dé les avoir fait fusiller. Il n'y a point de preuves au procès-verbal , mais le cri public en dépose ; et cette prévention vraie ou fausse justifie la fureur du peuple (i). Il est certain, par Iç témoignage de la députation , qu'c^i a arboré le dra^au blanc, qu'on a renversé les . fusils , et que cependant ces signes de paix ont été bientôt suivis d'une décharge. Les hostilités qu'il pourrait alléguer ne Texcuseraient pas : dans un pareil tumulte il est bien des erreurs; il fallait^ réitérer les signés de paix. Oti ne peut douter qu'il n'eut des ordres de se défendre jusqu'à l'extrémrté; et je n'en conçois pas la raison, car la Bastille n'était ni une citadelle , ni. un posté important. Jusqu'à quel point devait-il exécuter ces ordres? c'est ce qui était très^élicat. La post-^ tion de ce moment était extraordinaire. Entre deux
(i]Cette imputation paraît dëifnentie par les témoignages les plus dignes de foi. Voir, entre autres , les Mémoires de Dusaulx.
(JVofe des nouç, édii,) I. 25
autorités dont lune ancienne y jusqu'ici seule recon^ nue , et une nouvelle qui se montre , quelles sont les limites ^ les cas où l'une doive céder à Vautre ? C'était une question pressante y et difficile pour un homme qui aurait eu plus d'esprit et de tête que M. de Launay. Quels que fussent ces ordres, l'insurrection générale n'avait sûrement pas été prévue; elle devait nécessairement les modifier. La Bastille était une prison et non une citadelle , elle ne méritait pas d'être défendue au prix du sang du peuple ; un commandant de poste même doit se défendre différemment quand il est attaqué par le peuple ou par les ennemis de la nation. Il fallait des ordres bien plus précis , bien plus appropriés aux circonstances du moment , que l'on ne connaissait pas à Versailles , pour se décider au parti extrême de tirer et de massacrer des Français. 11 n'a point eu connaissance des députations qui lui ont été envoyées ; mais il fallait qu'il demandât luimême à traiter avec la Ville : il auftit prévu en partie l'événement , puisqu'il avait déménagé , et qu'on n'a trouvé que les gros. meubles. Il fallait du moins y s'il croyait de son devoir de ne pas laisser pénétrer dans la prison qui lui était confiée , qu'il s'y enfermât et qu'il ne fît point tirer.
On dit que dans l'après-midi , un ordre dua>- . mité permanent fit occuper les hauteurs de Paris du côté du nord , par des piquets de milice parisienne et par sept pièces de canon. On aurait découvert les troupes qui seraient venues de Saint—
m BÀiLtif* 387
t)etii$^ îa Chapelle^ Gonesse, qui d ailleurs auraient passé sous le feu du canon.
La défiance et l'inquiétude du peuple se portant s^ur tous les objets^ une infinité de personnes ont été arrêtées et conduites à la Ville, souvent avec beaucoup de danger. M« et madame de Montbarrey en ont couru de pressans, par la qualité d'ancien ministre que portait M« de Montbarrey ; mais il parla lui-même au peuple , il l'assura de ses sentiniens patriotiques 5 et il fut sauvé et applaudi quand il eut observé qqe c'était son fils, le prince de Saint-. Moris , qui avait fait la révolution en Franche- Comté. M. le baron de Bachman, major des Suisses, M. Bouchotte, député., ont été conduits à la Ville , puis ^escortés pour se rendre a leur destination. Le présidfent des électeurs, M. Moreau de Saint-Merry , a prié le député de rendre compte à l'Assemblée des soins que prenaient les électeurs pour maintenir l'ordre au milieu ^s troubles pu-blics , de lui demander son secours et son autorité pour y parvenir d'une maaière plus efficace , de se joindre à la ville de Paris , pour supplier le roi d'y faire revivre son autorité , en n'employant d'autre arme que l'amour de ses peuples. Cette arme suffît^ toutes les autres seraient inutiles.
Les grenadiers des gardes-françaises sont venus déclarer qu'ils n'entendaient plus retourner à leurs casernes , dans lesquelles ils craignaient d'être les victimes de mille embûches. On les a convoyés dans différentes maisons religieuses, en charge^^nt les
religieux de les recevoir et de les nourrir jusqua nouvel ordre.
Tels sont l^s détails de cette terrible et mémorable journée y où la révolution a été opérée par te courage et la résolution des babitans de Paris , et où la ville a été sauvée par la sagesse des électeurs. A côté des bons citoyens qui ont tout fait pour. la défense commune^ agissaient un nombre de factieux qui voulaient précipiter la révolution et la porter au-delà de la mesure. On ne peut douter que déjà le parti républicain n eût agité et dirigé bien des esprits; inais les électeurs ont tout contenu j et les ennemis publics et ceux qui ^ sous le nom de nos amis, déguisaient un intérêt particulier par l'intérêt général. En rendant. justice aux électeurs/on la doit à leurs présîdens : M. de La Vigne, qui, malade, s'est transporté. sur-le-champ à Versailles, le lundi, pour. prendre les ordres de FAssemblée m^îjpnale, qui, le mardi, a été luimême ehdéputation , aux portes et au milieu du feu de b Bastille; M. Morearfde Saint-Merry , second président , qui a ténu le plus souvent le fauteuil à ITHôtel-de- Ville , et qui , tranquille au milieu d'un tumulte dont on a peine à se faire une idée, a donné tous les ordres, avec la présence d'esprit et le sarig-froid qui paraissaient inconciliables avec la célérité qu'exigeaient les circonstances et le danger qui les accompagnait toujours, et a montré, dans ces-momens périlleux et critiques, une constance et un courage qui lui assurent à jamais la re-
connaissance et l'estime deâ habitans de la capitale. La nuit qui suivit eut peu d'evénemens^ mais ne fut pas plus tranquille que le jour. M'. Moreau de Saint-Merry la passa tout entière à l'Hotel-de- Vîlle* L'inquiétude était extrême; on s attendait à être attaqué cette nuit : les alarmes se renouvelaient à chaque instant. On avait trouvé ^ dit«-on^ ua billet de M. de FlesseUes à M. de Lauhay, qui lui mandait qu'il serait secouru dans la nuit. Ce billet^ je ne l'ai point vu. On dit qu'il est déposé au district de Saint-Louis-de-la-Cùlture. Je tâcherai de vérifier le fait. Mais^ vrai ou faux^ lebi'tdt qui en courait suffisait pour effrayer. On forma des barricades^ des retranchemens dans tous les faubourgs et dans tous les quartiers; je les ai vus moi-même le lendemain sur le quai des Tuileries. On dépava les rues; lès grès furent portés dans les apparlejtnens pour pouvoir être jetés par leâ fenêtres.» 11 y avait cent pièces de canon disposées : tous les serruriers avaient forgé des piques; tous lés plonçi* biers étaient employés à fondre des balles ; toutes lès rues étaient illuminées; bons et mauvais ci-r toyens^ tous ne pouvaient agir, la nuit même*^ qu'à découvert. Paris était un camp, il recelait une at* mée innombrable; une grande puissance s'y était développée, et tout-à-coup des citoyens accoûtur* mes au repos et aux délices avaient été transformés en soldats et en Romains.
Deux choses marqueront éternellement cette célèbre journée. L'établissement de la garde na-
SgO MÉMOIRES
tionale , qui devait être imité dans tout le royaume , , a établi une force nationale qui , dirigée par les magistrats populaires et toujours suivant la loi constitutionnelle y opposait une barrière au despo-* tisme^ tenté de relever ses débris. L'autre, la prise et la démolition de la Bastille , commencée le jour même de sa prise, et qui était pour le peuple une image physique et matérielle de la chute die l'ancien gbuvernement , et de la destruction du pouvoir arbitraire. Ces grands changemens avaient été opérés, et complètement, par les arrêtés des 17, 20 et 25 juin, mais c'était aux yeux et à la con*naissance des législateurs et des esprits éclairés, La Bastille , prise et rasée , parlait à tout le monde.
Je reviens à la nuit de Versailles. Jusqu'à ce moment , je n'avais pas été inquiet. Je le fus cependant dans l'après-midi du 14 ^ par tous les indices et les faits que j'ai rapportés page 36o de ce volume. On a soupçonné un grand dessein , et que l'exécution de ce grand dessein avait été fixée à la nuit du 14 au i5. Il est certain que le gouverneur de la Bastille, prévenu, avait tout déménagé plusieurs jours avant j il ne restait que les gros meubles , lorsqu'on y mit le scellé.
On m'a assuré que les casernes des Suisses à Paris étaient remplies de munitions ; que plusieurs d'eux ont vu un plan pour envelopper et occuper le Palais-Royal. On m'a dit qu'à Magdebourg , avant de pouvoir avoir des nouvelles des événemens de§ i5 et 14 Juillet, les fils d'un oOîcier gé*.
DE BÂILLY. 391
nëral français , employé sous M. de Broglie autour de Paris , avaient la nouvelle que Paris devait être investi , et qu'on y devait former sept attaques. On a dit qu'on avait demandé y pour l'exécution du projet ^ cent mille hommes et cent millions. Il est certain qu'un nombre considérable de troupes étaient autour de Paris , et que des billets d'Etat ont été fabriqués. M. Necler était un témoin incommode ; il a fallu s'en débarrasser. On Ta exilé y et il y a lieu de croire que le moment- en a été avancé , puisque M. de Broglie s'est plaint de n'avoir pas été prévenu , et que les ordres ont été expédiés précipitamment dans la nuit du 10 au 11. On voit, par les lettres saisies des' officiers, qu'ils ataient des ordres, le 1 3 ou le 14 , de s'approcher de Paris. Si l'on rapproche les termes des réponses qu'on avait suggérées au roi ( « Il est nécessaire ^) que je fasse usage des moyens qui sont en ma » puissance , pour remettre et maintenir l'ordre M dans la ^capitale et les environs ; » voilà ce qui est dit le 10 : le i3 , il dit : (/ Je vous ai déjà fait » connaître mes intentions sur les mesures que les » désordre» de Paris m'ont forcé de prendre. C'est » à moi seul dé juger de leur nécessité , et je ne w puisa cet égard apporter aucun changement ») , on voit que le dessein est suivi. Le bruit avait couru qu'il devait y avoir une séance royale le i5. Je pense que ce devait être plutôt le i5. On avait sans doute le projet de s'emparer de Paris dans la huit du i/f au i5; de tenirle lendemain une «séance
§9^ «EMOiftES
royale pour faire accepter la délibération dû aS juia , ou de la porter au parlement, après avoir; dissous l'Assemblée , si elle se refusait k y accéder. Lesceut mille hpmme^ étaient, prêts pour appuyer cette démarche violente , et les ceot millions de billets d'État , pour suppléer au fjéficitdes fînanqe» qui avait fait convoquer l'Assemblée. 11 est bîea possible qu'avant cette séance royale , on eût le^ dessein de saisir et /éloigner les menibres de l'As-t semblée nationale qui paraissaient les plus redoutables* Voici sur quoi je le présume. Je tiens de deux personnes ,, et dopt une, était membre du conseil d'État , qu'il y a eu une occasiopi où M . dc; Breteuîl fît mon éloge et y prit ma défense, M. de Breteuil arrivé à Versailles le 1 2 , en est reparti le, 17 j c'es^donç dans cet intervalle , il y a lieu de le croire^ que M. de ^reteuilqui m aimait ^ en rendant témoignage à ma probité et à la modération de mon caractère , a voulu me faire séparer de ce qui concernait .mes collègues , à qui j'ai cependant toujours été uni de cœur, d'intentions et de démarches , toutes les fois qu'il a été , question de nos devoirs y des droits de la nalioo et de .l'int^ térêt du peuple. J'aurais dans ce cas tenu a injure l'exception ; mais enfin le procédé du ministre prouve que l'exception pouvait lui paraître néces*^ saire.
Eu égard au danger des circonstances, je pensai que, quoique j'eusse passé la dernière nuit et projeté de ne point passer la suivante , il était prudent
DE BAILLY. SqS
de rester à l'Assemblée , pour ne courir que le dangeir commua. J'allai cependant faire un tour chez moi. J'étais k table , lorsqu'on frappa un grand coup à la porte, et 6e coup me parut frappé par un porteur d'ordre; mais un second qui succéda, m'apprit que c était pour le second étage , et je ris de ce moment d'eflroi. J'aurais pu en rire , d'autant plus qu'à ce moniènt le danger était passé. 11 y avait une grande agitation dans le château de Versailles. On ne s'était pas attendu aux mouvemens qui avaient eu lieu dans cette journée à Pa-* ris, et 'à leur succès, La milice armée lé lundi y et la Bastille prise le mardi , avaient tout changé. Je revins à la salle à oniise heures. Vers minuit , je fus abordé par un de mes collègues , député de la noblesse , qui m'était inconnu et dont le nom. ne me revient pas. Il me dit qu'il avait à me consulter , etqu'il me priait de l'entendre un moment. Nous passâmes dans un corridor , et voici ce qu'il me dit : (c J'ai été en quelque sorte élevé ivec M. le comte d'Artois , et j'ai l'honneur d'être dans sa familiarité. J'étais ce soir à son coucher. Je lui ai dit : Monseigneur, voi^s êtes inculpé , et fortement, dans le public. Innocent , comme je le crois, vous devez vous justifier ; coupable , il est digne de vous de tout réparer. Un moyen remplit les deux objets^ et rétablit la paix dans le royaume; c'est d'engager le roi à aller demain à l'Assemblée nationale et à se réunir à elle. M. le comte d'Artois , ajoùta-t-il , a paru goûter celte proposition , et il
m'a dit de revenir demain à soû lever , à sept heures et demie. Je voudrais eti y retournant pouvoir lui indiquer quelles sont les choses qu'il conviendrait que le roi dit à l'Assemblée ; et comme vous connaissez l'état des choses et l'esprit de FAssemblée que vous avez présidée , j'ai voulu concerter avec vous ce qu'on pouvait proposer. » Je lui dis : « Ce que vous demandez , c'est un projet de discours du roi à l'Assemblée. » Nous passâmes dans un cabinet pour y travailler. Le projet de discours fait, il me prévint qu'il dirait à M. le comte d'Artois que j'en étais l'auteur. Je le priai instamment de n'en rien faire , en l'assurant que je n'y mettais que l'intérêt de la chose publique , et celui d'avoir fait ce qu'il désirait. 11 me donna des raisons pour persister dans sa résolution ; et comme je n'avais point non plus de raisons pour me cacher , je le quittai en le laissant maître de faire ce qui lui conviendrait. Sur les deux heures et demie ^on vint instruire l'Assemblée que y conformément à la parole du roi^ les troupes campées au Champ-de-Mars s'en étaient retirées et étaient à Sèvres. Cet avis fut donné par M. Le Cointre (i), qui rapporta aussi que des voitures de farine y destinées pour Paris, avaient été arrêtées à Sèvres. Ce fait isolé, dans la défiance extrême où l'on était
(i) Depuis commaBdant de la garde ositionale de Versailles.
( Note des nojip, êdit, )
DE BAILLY. SgS
alors 9 inspira les plus grandes alarmes. On remit au matin à s^en occuper.
Les passages à Sèvres furent interceptés toute la nuit et même une partie de la matinée. M. Bancal des Issarts et M. Ganilh, députés des électeurs, y furent arrêtés à leur retour. Arrêtés sur la route, on leur permit d'aller jusqu'à lièvres. Arrêtés de nouveau , ils montrèrent et leur mission de l'Hôtelde-ViUe et la délibération de l'Assemblé nationale qui les concernait; on leur répondit toujours qu'ils ne pouvaient passer sans un ordre exprès du roi. On écrivit pour le deniander ; en attendant ils causèrent avec les officiers, assez f^lig^és du métier qu'ils y faisaient ; avec les soldats déterminés à se défendre, mais à ne pas attaquer les citoyens. L'entrée du pont de Sèvres était hérissée de sol'dats et de canons , et les tentes des r^gimens couvraient la grande allée du parc de Saint-Cloud. Les deux électeurs ne purent passer sur le pont ni sur les routes trop bien gardés; mais ils s ecbap<*pèrent sur un bateau qui allait à l'École militaire , dans lequel ils ont été reçus clandestinement, et parce qu'ils étaient du tiers*état et électeurs de Paris. Voilà quel fut l'état des choses autour de nous pendant cette nuit redoutable.
Je me retirai à cinq heures du matin , pour me coucher quelques momens.