‹ Mémoires de BaillyChapitre 8 sur 20 · SUR LÀ VIE DE BAILLY. IX · texte numérisé non relu

SUR LÀ VIE DE BAILLY. IX

que par prudence , s'était imposé , dans sa conduite et dans ses écrits , voie circonspection que des esprits plus ardens traitaient de faiblesse. Lié avec les auteurs de l'Encyclopédie, partisan de leurs doctrines , il avait pourtant refusé de concourir à ce grand ouvrage , que l'autorité ne voyait point avec faveur. On prétend même qu'assez long-temps il reçut du gouvernement une pension connue sous le nom de prix de sagesse , dont le ministère avait coutume de récompenser la docilité des écrivains , que Batteux sut conserver après l'avoir obtenue, et dont Thomas ^ plus indépendant, mérita d'être privé. Ce qui paraît plus certain, c'est que la bienveillance du gouvernement ouvrit à l'historien de l'astronomie les portes de l'Académie des inscriptions , et plus tard celles de l'Académie française (i), où Bailly fut appelé à succéder au«comte de Tressan. Il se trouva ainsi membre des trois académies. On a cru qu'en brig^ant cette triple distinction , Bailly s'était proposé de balancer Ifc titres de Condorcét , son concurrent pour la place de secrétaire de l'Académie des sciences : le caractère de Bailly , trop simple pour se prêter à ces manoeuvres, rend la supposition peu vraisemblable. Quoi cju'il éb. soit , Condorcét , appuyé par le crédit de D'Alembert , obtint la préférence. L'Académie ne pouvait que s'honorer par l'un ou l'autre choix : aussi , D'Alembert répétait-il souvent dans les réunions académiques : « Si Condorcét n'était pas mon ami , c'est Bailly » qui mériterait d'être notre secrétaire. » . Lamême année qui vit l'entrée de Bailly a l'Académie française fut également pour lui l'époque d'une com-

(i) En 1784.

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mÎMicm fbrt^élkate. Il «'a^ssait de vérifier la découverte de Mesmer , devenue dé nos jours un objet d'examen et de réflexions sérieuses pour lesliommes les plus édairég ,. mais alors mal présentée et mal connue , entourée d'un i^ppareil de cliatiatanisme qui la rendait suspecte aux yeux dosages , et d'ailleurs en butte aux présentions d'un ministre qui n'aimait point Mesmeré Bailly fut chargé d'examiner , avec d'autres cdâaimissaîres , les phénomènes du magnétisme animal : malgré l'influence défavorable au professeur allemand $ son rapport fut'un chef-d'œuvre d'indépendance et d'impartialité» Ce rapport Im fît le plus grand honneur dans l'opinion publique.

' Parmi les commissaires se trouvait Franklin , célèbre dans l'histoiro des sciences et dans l'histoire de la liberté. Franklin était Ué avec Bailly u leur connaissance avait commencé d'une manière fort singulière. Bailly avait une maison, de campagne à Chaillot *, c'était là qu'il se vêtirait souvent pour travailler en liberté. Le nasard conduisit également à Chaillot le philosophe américain. Bailly 7 apprenant son arrivée, n'a rien de plus pressé que d'aller lui rendre visite. Il entre che2 Franklin , qui le connaissait de réputation , et qui le reçmt de l'air le plus cordial. « Bonjour , Monsieur Franklin ; comment » vous portez**vous ? ^^ Fort bien, Monsieur. » Après ces prenûer mots , Bailly s'assied à côté de Franklin , et , craignant d'Atre indiscret en lui adi^ssant une seconde question , attend que son kôte prenne la parole. Franklin , naiur^lement silencieux , phis silencieux encore en sa qualité d'ambassadeur , n'ouvre pas la bouche « Après nu agence assez long, Bailly , pour entamer la conversation , ofire à Franklin tine prise de tabac; Franklii^ fait signe

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4fe la XOWi qu'il n'en prend point. CeUe mu&Ue entrerrue duia enyirpn deux heures : enfin , BaîUy «e }è¥e , Fran- ]dui le refconduit , lui serre la main en réféuaal ces aenls mots : fort bien. Telle fut Torigine des relations de ces deux hommes célèbres. Pailly aimait k raconter cette jipecdote , et disait souvent qu/efort bien étaient les aecds mots qu'il eût jamais obtenu^ de Franklin^ lorsqu'il se trouvait tête à tête avec li|î.

^1786, l'Académie des sciences désigna des eomr n4s$air^s pour l'examen d'un prc^et relatif à la construc^r ^on d'un nouvel Hôtel -Dieu. Bailly, nommé l'un des commissaires^, fut encore chargé du rapport. Il déploja» dans cette nouvelle tache , autant de lumî/ères et de oon* naiss^iM^es que de philanthrc^ie (i). Ses vues, dictées par rhvuu^uité la plus fus^ et la plus éclairée, avaient obtenu Vapprot^tion du gouvernement, lorsque la révolution vint en arrêter l'accomplissement,

Dé)Â «'avançait cette révolution qui lui préparait ^ae si vaste carrière de gl<»re et d'infortune. Depuis le règne de Louis XIV , la société avait fait un progrès immensQ ; étranger à la marche du siècle , le gouveme-i'' mem 46ul étiât resté iinmobile, et ce désaccord des qioeura et dçs institutions , de l'esprit public et de l'ad- Hdfflôstff^tion , présageait uûe secousse violente ^ à moins ifoifi l'autorité dle-4nème ne se hàtàt de prévenir les exi«» gences dç l'c^inion» Ti^got et Malesherbes ^ mîniftares ttop peu de temps , avaient ouvert la route de^s réformes sans pouvoir la parcourir toute entière v leurs faibles successeurs ,. un seul excepté 9 avaient abandouné leura traces. Enfin les besoins de l'État , k rivalité des pou-

(i ) ii« Rapport sur FHMel-»Ditu paint imprimé en 1 787%

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