LIV PRÉFACE DU TOME PREMIER
de la Commune, il y a vingt-quatre ans. Si exécrable qu'il nous paraisse justement, le crime de la Commune en 1871 n'est pas égal à celui de Toulon en i793. Il fut moindre; et presque aussi terrible fut pourtant l'expiation Je trouverais inique de reprocher à Barras des rigueurs que j excuse chez feu\ à qui le milheur des temps imposa naguère a Pans la douloureuse obbgation d'y recourir également
Et c'est la guerre cnile toujours semblable à elle même, toujours hideuse depuis le plus lointain des âges c est la criminelle folie des hommes bis d une même patrie qui à de certains momenli se luent les uns contre les auties et sentie-décbirent; c'est l'héiilage exécrable de Gain égorgeanl \bel dont nous portons tous une parcelle dans nos veines et qui nous pousse à verser avec plus d'allégresse le sang de nos frères que celui de nos ennemis mêmes; c'est tous les semeurs de germes de haine, tous les apôtres de discorde sociale que je maudis : ce n'est pas ceux qui, chargés par la patrie aux abois du soin de la sauver à tout prix, accomplissent rudement leur rude besogne, et. vainqueurs, chauds encore de la lutte scélérate, mesurent l'ampleur du châtiment il l'énormité du forfait.
Ainsi iît Barras à Toulon '. Je ne veux pas savoir s'il continua de frapper alors que la bataille était terminée, — comme l'exigeait d'ailleurs la justice sans entrailles de la Convention. Paix soit à sa mémoire, paix et silence à leur mémoire à toug sur cette page sanglante de leur histoire. Oii prendrions-nous donc le droit de condamner ces actes terribles, nous qui bier eucore en avons commis de semblables?
lentant Bai-ras, qui présidait à cheval à celle horrible boucherie.... C'est ainsi que trop souvent d'infâmes gouvernants ont souilla notre sublime Révolution..-. " Papiers de M. de Saint-Albin.
1. Si ce point ne paraissait pas surrisaniinent établi par la note de l'anonyme que j'ai citée plus baut, je pourrais invoquer le témoignage de Barras lui-même, sinon dans ses Mémoire), du moins dans les DépSches omcielles qu'il a signées avec ses collègues ; • Ils (les alliés) étaient entrés icy en traîtres, ils s'y sont maintenus en lâches, ils en sont sortis en scélérats.... La vengeance nationale se déployé. L'on fusille à force. Déjà tous les officiers de la marine sont exterminés. La République sera vengée d'une manière digne d!eUe; les mânes des patriotes seront apaisés.... - « La justice nationale s'exerce journellement et exemplairement.... Tout ce qui se trouvait dans Toulon avoir été employé dans la marine, dans l'armée des rebelles et dans les administrations civiles cl militaires a été fusillé.... n Atvkîves de h Guerre, dépSches du 30 frimaim et du 3 nivAse adressées au Comité de Salut public par les représentants Fréron, Saliceti, Robespierre jeune, Ricord et Barras.
Quelle qu'ait été la part prise par Barras à la répression, le récit qu'il nous donne du siège lui-ni6me semble devoir emprunter à sa qualité de témoin et d'acteur une particulière importance. Bonaparte a-t-il conçu le plan dont l'exécution entraîna la chute de la cité rebelle? A-t-il seulement concouru par de bonnes mesures d'ordre technique au succès de ce plan qu'un autre a conçu? Ou bien encore n'a-t-il rien fait de plus que le commun des officiers qui servaient à ses côtés? De ces trois opinions, adoptées la première par Thiers ', la seconde par MM. Krebs et Moris ', la troisième par M. le colonel lung ', laquelle va pouvoir invoquer comme argument nouveau le témoignage des Mémoires? Voilà qui paraîtra sans doute de plus de conséquence que de savoir si vraiment Barras a fait délivrer au jeune capitaine un habit neuf pour remplacer l'habit percé aux coudes que le futur Empereur portait alors '. Oh! cet habit percé aux coudes, cet habit héroïque, dédaigné par Barras! Comment cet homme n'a-t-il pas compris que ce misérable habit du capitaine Bonaparte au siège de Toulon parlerait à nos cœurs plus éloquemment même que le splendide manteau du sacre? 11 a cru diminuer Napoléon en nous le montrant pauvre au début de sa carrière. Combien plus pauvre encore ce calcul d'une haine maladroite et mesquine ! Car dans cet habit troué de 93 comme dans la redingote grise de 1814, le Héros ne nous paraît que plus grand. Et voilà, si je ne me tr»mpe, un simple détail qui nous annonce déjà dans quel esprit les Mémoires vont nous exposer le rôle de Bonaparte à Toulon.
Ce rôle se résume, selon Barras, en trois fautes militaires commises. Étranger à la conception du plan, dont tout l'honneur est attribué au général en chef, Bonaparte est resté étranger môme à l'exécution de ce plan ou n'y a participé que pour compromettre maladroitement une combinaison dont fa réussite, assurée sans cette » bêtise = », eût rendu plus décisif le triomphe de l'armée
1. Thiers, Révolution française {Paris, !835), lome VI, pages KO et suivantes.
•1. Campagne dans les Alpes pendant la BéooluHon, 1193-1793, 1 vol. in-S de 399, cLvn pages avec cinq croquis. Voir p. 373, note 3.