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LVI PRÉFACE DU TOME PREMIER

conventionnelle. Tout ce qu'accorde Barras à Bonaparte, c'est d'avoir donné « quelques preuves de son talent militaire qui commençait à se développer », d'avoir montré des « dispositions précoces dans l'art de la gueire ». Un officier assez bien doué, en somme, actif et de quelque intelligence, mais qui n'a agi que « secondairement » dans cette circonstance. Le véritable « preneur • de Toulon, c'est Dugommier.

Et comment en serait-il autrement? Qu'est-ce que ce petit Corse rdpél Une âme de feu, d'une énergie surhumaine, impatiente des rôles subalternes, affamée de gloire, préludant à Toulon par une première manifestation de son génie aux grandes destinées dès lors obscurément pressenties par elle? Oh! que non pas! Mais un plat intrigant qui, trois ans avant d'épouser par un vil calcul d'ambition Mme de Beauharnals, cherche déjà à faire son chemin par les femmes. Soldats de la batterie des Hommes- S ans- Peur, qui le vîtes à vos côtés sous l'ouragan de fer tombant du haut de la redoute Mulgrave, comme vous l'aviez vu quelques jours auparavant pointant * de ses mains héroïques ' » les pièces restées debout dans la batterie de Brégaillon labourée, rasée par les milliers de boulets que les vaisseaux anglais avaient vomis sur elle, — qu'en dites-vous, compagnons d'armes de Bonaparte à Toulon?

A Toulon, comme plus tard au 13 Vendémiaire, le rôle de Bonaparte aurait donc été à peu près nul. C'est précisément ce qu'affirment, avec quelques nuances seulement dans l'âpreté de la critique, les écrivains militaires dont j'ai cité plus haut les noms. M. le colonel lung n'hésite pas à déclarer qu'à Toulon, Bonaparte * n'a dû son importance qu'à son activité et surtout à son infime liaison awec soft compalriofc Salieeti.... Il a rempli les fonctions de commandant d'artillerie d'une aile de l'armée. Il avait des collègues et des supérieurs. Il n'a été cité qu'une seule fois en même temps qu'Arena et Cervoni * ... j Aux yeux de M. le commandant Krebs et de M. Moris, auteurs, comme M. le colonel lung, d'un très savant et très remarquable ouvrage, les services de Bonaparte au siège de Toulon ont été ■ considérables », mais « ils sont d'ordre technique ».

ne fut coulé h Toulon par la béUse de Bonaparte, " iPapiers as M. de Saint- Albin.) I. Victor Hugo.

Son principal mérite a été de » constituer avec très peu de ressources un petit parc de siège dont il a tiré le meilleur parti ». Honteux

de cette concession — à laquelle, si modeste qu'elle soit, s'est obstinément refusée l'impartialité de M. le colonel lung, — ils s'empressent d'ajouter que, € en ce qui concerne la détermination du plan d'attaque, Bonaparte aurait eu peu de mérite à découvrir ce que tout le monde reconnaissait». Par là se trouvent confirmées les premières lignes du passage auquel j'emprunte ces citations : « 11 s'est formé peu à peu sur le siège de Toulon une véritable légende dont Bonaparte est le liéros. Rien dans les pièces ofïicielles ne la justifie, ainsi que l'a déjà fait remarquer le colonel lung dans Bonaparte et son temps '. »

Ainsi, l'histoire d'un côté, l'histoire qui s'en va puiser la vérité h ses sources mêmes, qui consulte les documents authentiques et qui n'en néglige, à plus forte raison n'en escamote aucun; — l'histoire érudite, sereine, impartiale, représentée par les ouvrages de MM. lung, Krebs et Moris, ainsi que par les Mémoires de Barras — dont les conclusions sont à peu près identiques à celles de M. lung. De l'autre, une légende suspecte, née du culte imbécile de quelques « grognards » pour leur idole, et de l'adroite courtisanerie des flatteurs de Napoléon.

Sans autre souci que celui de la vérité, honnêtement, loyalement, examinons cette histoire, cette légende : et montrons laquelle des deux a menti. Si d'aventure il arrive qu'en réfutant la thèse de Barras je parvienne, comme je l'espère, à démontrer aussi la fragilité de celle des honorables écrivains que j'ai le regret de trouver en si mauvaise compagnie, ma joie, je l'avoue, en serait grande. On n'a pas tous les jours la bonne fortune de faire justice de trois s d'un seul coup.

Le premier point à mettre en lumière est celui-ci : quand a pris naissance l'opmion que les senices rendus par Bonaparte à Toulon ont eu quelque chose de paiticulier, de propre à l'homme et non au grade de 1 ofhcier, une importance spéciale, dépassant de beaucoup la mesure des senices exigibles d'un simple capitaine d'artillerie, fût-il le meilleur de son arme?

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