CHAPITRE VIII
République Indienne. — Les ïlascalans.
XicOTECA. , lors de rirniption , élait le chef suprême de l'armée ïlascalane ; Maxisca commandait sous lui , avec trois autres capitaines des troupes de la république : Ferdinand Gortez les soumit ^ autant par la force de:^ armes , qu'en leur promettant ^ sur sa foi , de rendre leur pouvoir inamovible, de temporaire qu'il élait j mais le gouvernement républicain périt bientôt^ et ces cinq chefs , qui avaient secondé les Espagnols dans ia suite de leur succès , furent tués dans le dernier combat ;, si funeste à la cause de la liberté mexicaine.
Le grand chemin qui, de la Vera-Cruz, conduit à Mexico , se dirige vers le nord-ouest; nous nous détournâmes un peu à gauche de la route, pourvoir la capitale des Tiascalans (i8), qui se joignirent à Gortez et lui furent toujours fidèles; ensorte qu'on peut dire qu^ils ont été , à Tinstigation des traîtres qui les commandaient, les premiers instrumens de la conquête, si facile, de leur pays ^ et de son esclavage.
Aussi les rois d'Espagne, par gratitude moins ({lie par politique, les affranchirent de tributs pendant un grand nombre d'années , chaque iiabitant de Tlascala ne lui payant alors qii\in bouquet de mais , tandis que par vengeance comme ])ar avarice^ les autres Indiens de cet empire furent
toujours chargés de taxes non moins pesantes (ju'arbii^raires.
Tlascala signifie , dans îa langue indienne , bon pain^ parce que Ton recueille aux environs de cette ville beaucoup plus de ce grain qu'on appelle ceiidl y que dans les provinces voisines. On la nommait autrefois Texcaîa ^ nom générique des vallées. Située , entre deux montagnes , au bord d\nie rivière dont la source jaillit du morne Atlancapec et qui arrose une partie de la province^ d'où elle va se jeter dans la mer par Zacatulano, Tlascala était îa plus grande des villes indiennes ^ après la capitale. On y remarque maintenant , au revers d'un coteau en pente douce , des places et des rues régubères et assez belles: la place principale^ construite dans la p'aine au bord de la rivière , offre un bôtel de ville, une église, un ])a]ais et d'autres édifices d'une architecture passable. La rue d'Ocotlulco , où se tient le marché, est aussi peuplée qu^étendue^ et était jadis si fameuse , qu'on j voyait par jour vingt à trente mille personnes y faire un commerce d^échange ; car on ne connaissait point encore l'usage de l'argent monnayé.
Cette république indienne de Tlascala était autrefois gouvernée par ses plus riches habitans j et ces aristocrates, qci vendirent aux Espagnols îa liberlé de leur pays , estimant tyrannique , avec raison , la puissance d'un seul, haïssaient Montézume comme un tyran, quoiqu'il le fût l)eaucoup moins que les étrangers qui venaient envahir son territoire.
En temps de guerre^ outre les magistrats^qui combattaient aussi, les Tlascalans avaienî^cinq chefs , dont chacun gouvernait une des grandes rues de la cité , organisée en section ; ces capi-»
taines élisaient parmi eux leur généralissime, et nommaient plvsieins lieutenans. Ils faisaient poiter j en cam|)ai^ne , l'étendard de la ré]mbli({ueà la qneue de l'aimée^ mais , la veille d'une bataille^ ils rélevaient au centre ; et le soldat qui ne se rendait pas incontinent près de son capitaine , était condamné à l'amende. On suspendait deux lléclies a ce drapeau , confié à Tun des plus braves : Ces guerriers, comme les Romains , prétendaient deviner, la perte ou le gain d'un combat j ils tiraient une de ces flèches contre le premier ennemi qu'ils rencontraient^ et, s'il était tué, c'était un signe de victoire j mais, dans le cas contraire, ils croyaient perdre la bataille*
L'état de Tlascala se composait , au temps de Montézume, de cette capitale et de vingt-buit bourgades , où l'on comptait en tout deux cent mille chefs de famille. Il y avait, comme à présent, une sage police; mais la justice était plus équitable qu'elle ne Test au moment où j'écris. Une prison publique renfermait et renferm» encore les prévenus; et l'on y châtiait tous ceux qui avaient commis quelques crimes : mais aujourd'hui un Espagnol coupable sait toujours i)ien , comme naguère dans notre ancien monde, rencontrer un asile dans un couvent ou une église et y braver le châtiment.
Lors de l'invasion, un Tiascalan ayant pris un peu d'or à un soldat du conquérant , celui-ci s'en ])laignit à Maxisca , qui fit faire aussitôt une telle recherche, que le délinquant fut trouvé dès le jour même à Cholola , autre ville considérable <listanle de cinq lieues. Mis entre les mains de Cortez , avec l'or dérobé , il lui demanda grâce, et Cortez le rendit à Maxisca pour en faire ce qu'il Tou. Irait ; mais ce dernier le (it conduire
clans les rues de la ville , précédé d'un crieur qui publiait à haute voix son crime j et, lorsqu'il arriva au milieu du marché y on l'entraîna sur un espèce d'échafaud , où on lui rompit les jointures avec un levier d'acajou.
Les Espagnols furent surpris d^une justice si sévère ;, et en conclurent que , comme sur ce point les Tlascalans avaient désiré leur complaire, ils seraient disposés de même à les aider dans la conquête et à renverser Montézume. Voilà , sans doute , comme un petit voleur, contribuant à hâter la ruine d'un prince malheureux , sut enrichir de grands coquins.
On voit y à deux lieues de la ville , une montagne ronde , qu'on appelle à présent le Saint Earlhéiemi : elle a, dit-on, deux mille toises de hauteur , trente-six lieues de tour, et son sommet est sans cesse couvert de neige. Les Indiens la nommaient Matealcuci , nom qu'ils donnaient au dieu de l'eau. Celui du vin s'appellait Ometolcheli , et ils l'aimaient beaucoup , le vin. Ils donnaient à leur dieu en chef le nom de Kamatlo , et des historiens prétendent qu'on lui sacrifiait des hommes.
Trois langues étaient en usage parmi ce peuple: la première le nahua^ était à Fusage des grands de Tlascala et de tout le Mexique ; la seconde , Votonziro , était celle des villageois 3 la troisième , le pinomer y n'était qu'un langage grossier qu'on parlait seulement dans les marchés de Tlascala. Elles sont encore usitées pai^mi les Indiens et les créoles.
Quoique le sol de ce pays soii gras , fertile en grains, en fruits, en pâturages, les Tlascalans sont pauvres ; les Espagnols , au contraire , sont riches ;, et leurs prêtres trés-opulens. Ces malheu-
reiix , les indigènes, ont cependant une taille fort belle, de iagiLté, du courage, et ils le prouveront peut-être mcessament , car ils doivent se soineiw rrne ^ ars pèns étaient les meilleurs guerriers du T^Iexiqne , sous quelques chefs vraiment républicains ( 1 5).
On trouve dans cette cité, ainsi que dans la capitale, des orfèvres, des bijoutiers, des plumassiers et des potiers : ceux-ci fabriquent la laience aussi bien qu^en Europe: ({uant aux imprimeurs et libraires , ils ne subsistent -uérc que d ouvrages mystiques.
Dans les rues d'Ocotelulco , de Tixatlan , de Quihuit a et de Tepetipac , qui à présent, sont les plus habitées de Tiascaia , il y a quatre monasteres,dont l'un de saint François. Les religieux de cetordre ont une belle église, de laquelle dépendent environ cinquante Indiens, qui servent, toura-tour, comme domestiques des moines, bedeaux, trompettes, organistes, cariilonneurs , chantres , tambours, vioions , hautbois, clarinettes. A'ous logeâmes deux jours dans ce couvent , où l'on nous traita en chanoines; et au festin qui précéda notre dé^^art , nous fumes régalés d'unesymphonie SI bruyante, que je me crus tout-à-coup transporté rue de la Loi , vis-à-vis ]a Bibuothèqne.
On accorde à nos frères les cordeliers^ une douzaine d'Indiens^ qui vont pécher du poisson pour leur table, et sont par ce moyen exempts d impôts; mais ils n'y vont que tour-à-tour et quatre par chaque semaine, à moins qu'il ne survienne une occasion importanie, comme notre séjour; car, dans ce cas, on les oblige de quitter toute autre iicsogne, ils sont mis par le procureur en réquisition, et vont pécher en masse pour les rehaienx.
Celte ville ^ habitée par trois races distinctes^ les Espagnols , les Indiens et les Gré u les ^ est le siège d'un président ou principal ofiicier de justice^ qu'on appelle alcade-major. Ghdr despotique ^ envoyé de la métropole, sa jaridiciion s'étend sur j)lusieurs villes, bourgs cl viba<H^s , à vingt lieues à la j^onde. Quoique cLaiige toub ies trois ans ^ il fait rapidement fortune, palpant se ni des épiées etayaj.t le droit de choisir, p,armi les Indiens tes agens subalternes , qu^on nomme aicades^ régidor^^ alguazils , qu'il mené à la baguette sans leur donner aucun salaire.
Les mauvais traitemens qu'ont toujours exercé ces aicades-majors et leurs compatriotes, emersies indigènes, ont bien fait déclieoir cette ville ^ qui jadis était tres-peupiée j et cependant ils devaient la traiter avec plus de douceur^ puisqu'elle iut la plus principale cause de la conquête du Mexique.
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