CHAPITRE VIL
Va Con.juérant. — Des Rois monopoleurs.
Parvenus le soir même dans ime ville médiocre appelée Ségiira y nous y fûmes encore somptueusement régalés par des moines de Saint François , aussi galans et aussi vains que ceux de Xalapa.
Ségura fut bâtie par Ferdinand-Gortez (i) , qui la nomma , dès l'origine , Segura de la Frontera j ou SLU été de la frontière , parcequ il en fît une espèce de place forte , afin de garantir les Espagnols, qui venaient de la Vera-Gruz à Mexico^ contre les habitans de Gulua et de Tepeacac , qui étaient alliés des Mexicains et incommodaient fort les conquérans.
Mais , selon les historiens, ce qui fâcha le plus Cortez , ce fut qu'après avoir été chassé , pour la première fois , de Mexico , les Indiens le poursuivant y ainsi que le reste des siens , qui , presque tous , avaient été blessés , et s'étaient retirés à Tlascala, les habitans des deux bourgades de Gulua et de Tepeacac , volèrent au secours des Mexicains contre Gortez et la ville de Tiascala , surprirent dans une embuscade les Espagnols , en prirenl douze, les immolèrent le jour même à leurs idoles et les dévorèrent ensuite. Un trait aussi barbare, imputé à des hommes d'un caractère si humain , se trouve seulement noté dans certains auteurs Espagnols, intéressés sans doute, à justifier par des contes les crimes d'une invasion
( 58 ) OÙ leurs compatriotes , moins guerriers qu'assassins , exterminèrent en un siècle , seize millions dlionimes.
Pour venger ces douze soldats, qui périrent^ par ré])rèsailies 5 selon la juste loi d'une défense lègilime , Cortez invita Maxisca et autres c4iefs des Tiascalans , de l'aider à combattre les dignes allies des l)raves Mexicains, qui , d'ailleurs, atlaquoieiit sans cesse les liabitans de Tlascala , vivant en répuhlic[ne , mais commandes par de perfides cliefs que la sèduciion avait rendus esclaves. Ceuxci , ayant tenu conseil^ fournirent à leurs maîtres vingt-cinq mille guerriers , outre les tamenez , ou croclieteurs , que l'on chargea du bagage et des vivres. Cortez, avec un tel secours^ ses fantassuis et ses cbevaux , se rendit à Tepeacac , pour demander à ses généreux citoyens qu'en réparatif)n de la mort des douze soldats , ils eussent à se rindre au roi d'Espagne^ et ne plus recevoir dorénavant chez eux ni Mexicains y ni habitans de Culna.
Les Tepeacas répondirent qu'ils avaient mis à mort ces hommes pour un juste sujets puisqu'ils avaient voulu passer de vive force, en temps de guerre, à travers leurs pays j qu'ayant pour alliés les Mexicains et ceux de Gulua , ils ne cesseraient pas de les recevoir dans leur ville j que ne connaissant pas un prince absent , ils ne pouvaient lui obéir; qu'ils priaient toutefois les Espagnols et leurs auxiliaires de retourner à Tlascala. Cortez n'ayant pu parvenir à les décider à la paix, leur déclara la guerre.
Aidés d'une partie de leurs vaillans amis ^ les «*0!{ragci:x Te|)eacacs , livrèrent trois cond)al5 ; mais, vaincus par le nombre, ils furent obligés dese rendre à Cortez comme vassaux de l'empereur
( 39 ) son maître ; et ce général ordonna que tous les habitans des deux bourgades qui avaient consenti au meurtre^ seraient esclaves pour jamais.
Des historiens Espagnols prétendent qu'il les châtia et les réduisit toîis en esclavage^ comme rebelles ^ idolâtres , sodomites , antropophages ;, et pour servir d'exemple aux autres.
Ce fut alors qu'il fit bâtir Segura de la Frontera^ où il mit une garnison qui pût protéger le passage de la nouvelle Vera-Gruz à la capitale indienne.
Segura , aussi bien que les autres cités que Ton trouve entre ces deux villes , est abondante en vivres et en riches productions du sol américain ; mais le commerce a peu d'activité , comme dans tout ce vaste empire, par une force d'inertie trop naturelle aux Espagnols , par l'égoisme de leurs rois, qui toujours ont fait du négoce un monopole aussi nuisible à leurs sujets qu'aux étrangers , et qui entravent l'industrie et les arts pour mieux étouffer les lumières , enfin par cette sourde inquiétude et ce malaise général, précurseur des orages qui enfantent les républiques (i4).
On jouit dans cette contrée d'une douce température. Les fruits j sont délicieux , et la vigne y prospérerait , si le gouvernement permettait qu^on y en plantât; mais il craindrait de nuire au commerce des vins entre l'Espagne et ce pays. Quand on m^y présenta des grappes de raisin, aussi beau que celui de france , des Farmes me vinrent aux yeux, moins parce que depuis long-temps j'étais privé d'en voir , que par le souvenir doux et amer de ma chère patrie.
^/x/%,%.'v^ ■v»/-^/%/%^ »*'\-\ j»/'*/^ ivxr» «
k .^^V/A /V\/\ /V/V> /W^ <X.-VA /WV> «WV^