‹ Mémoires de Billaud-Varennes, ex-conventionnelChapitre 11 sur 74 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

"Ville des Anges. — Bai dans un Monastère.

Après la capitale des Tlascalaiis, laplusremarquable des villes €|uenoiis reiicontrâmes surDolre route est nommée par les Espagnols Puehla de Los-Angeles,ouïixv Ûia des A.-è^cb (^i9;. Mes camarades étaient fort contens d'y passer, parce qu'il s'y trouve un couvent de jacobins , avec JesiTuels on peut fraterniser^ et qu'ils n'en avaient vu aucun depuis notre départ de Saint-Jean-d'UÎAia.

Nous prîmes du repos durant trois jours d.ms

la yiile des Anges ^ où quelques-uns de nous ^ si je puis m'exprimer ainsi ^ firent les diables^ étant Cetes par des confrères qui leur procurèrent d'adord l'agréable société d'une douzaine de iionnettes.

En nous promenant par la ville , nous eûmes lieu de remarquer son opulence , non-seulement par le commerce qui s'y faisait encore , mais par le nombre des couvens qui y sont établis^ pour son bcnbeur^ et je dis cela en bon moine , qui , avant tout^ doit s^occuper de la prospérité du froc. La Puébla de Los-Angeles est ricbe de six monastères;, où vit gaillardement dans cliacun deux , une compagnie , au complet^ de Jacobins^ de Cordeliers^ de Capucins , de Carmes^ d'Augustins y de Mercites ; et sans compter quatre couvens pour le beau sexe.

Cette ville est assise dans une fertile vallée^ au bord d'une rivière , à douze lieues d'une haute montagne en tout temps couverte de neige , et à vingt lieues de Mexico. Don Antoine de Mendoza y vice-roi du Mexique ^ la lit bàiir en i53o^ du consentement d'un évéque , Sébastien Ramir^ qui avait été président à Saint-Domingue^ ensuite à San-Jago^ et était devenu chancelier du Mexique. Il remplaçait D. Nunio Gusman ^ lequel s'était conduit d'une manière lyraïuiique envers les indigènes et ses compatriotes^ quoiqu'il eût pour adjoints des juges-conseillers prudens et équitables^ qu'on nommait Jean de Salmeron , François CeynoS;, Gasco de Quiroga (20) et Alonze Maldonado. Ces juges, dont les noms méritent d'être conservés^ ayant fait chasser Nunio^ rappelèrent les Indiens, qu'un tyran subalterne avait forcés de fuir à Xalisco ^ à Honduros , à G uatimala , où Iciu'S compatriotes étaient en guerre avec

( 47 ) les Espagnols ^ et^ assurant leur liberté, rendirent la vie au commerce ;, qui relleurit à l'ombre de la paix.

Appelée autreïùis ^zetlaco ap an , cette ville des Anges est le siège d'un évéclié, dont le revenu annuel s'élevait , en l'an X de notre république^ à quatre-vingt mille ducats. L'air est si pur dans ce pays, que le nombre des habitans s'accroissait chaque jour de ceux des environs. Trois mille citoyens de Mexico vinrent s'y établir, en i65i , quand cette capitale se vit près d^être submergée par l'inondation du lac où elle est située.

On remarque sur-tout la ville que j'explore par la bonté des draps qui s'y fabriquent, et on les trouve égaux en qualité à ceux de Ségovie. Les chapeaux y sont les meilleiirs de toutela province , et l'on y voit une fort belle verrerie 3 mais ce€|ui l'enrichit le plus , c'est qu'il y a un liôtel des monnaies^ où , comme à Mexico , on frappe la moitié de l'argent qui provient des mines de Zacatecas.

Hors de la ville, sont de vastes jardins qui la fournissent d'iierbes, de légumes et de salades. Des fermes à froment, riz , indigo , café et sucre ^ abondent dans son territoire. Une de ces dernières, iippartenant aux Jacobins, est d'une si grande étendue, qu'ils y entretenaient plus de douze cerils nègres. Observons, une fois pour toutes, que la plupart des moines font souvent le commerce , par fois la contrebande , et sont aussi cruels que les colons envers leurs mallieureux esclaves.

Entre cette ville des Anges , où il n^ en a guère , et la cité de Montézume, la ville qui paraît la plus considérable s'appelle Guacociugo. On y trouve un couvent de Gordeliers, qui nous reçurent à merveille. Ils jouissent aussi en abon-

(48) (lance Je tous les Liens de celte vie. Une chose dont ils se vantent, c'est l'éducation qu'ils ont donnée aux jeunes indiens altachés à leur monastère, en leur appi-ei.ant à danser le fandango, ou autre danse 5 au son de la guitare. Ils nous le démontrèrent 7 après souper , par une vingtaine d'enfans ; jolis et des deux sexes, âgés au ])lus de cpiatorze ans, qui chantèrent jusqu'à minuit des chansons espagnoles et indiennes, cahriolant avec des castagnettes d'une manière si pi(juante, que nos jeunes ajiôtres, et les vieux même, y prirent beaucoup de ])laisir. Quelques-uns, il est vrai, trouvèrent ce speclacle un peu étrange, et qu'il eût mieux valu instruire ces enfans de choses pieuses et bonnes j mais plus nous allions en avant, plus nous trouvions que les devoirs de la religion étaieiit r- é|)risés ou trahis, et que la vanité ainsi que la moLesse régnaient avec audace parmi ceux qui avaient juré de renoncer au monde.

Si Guacocingo a presqu'autant reçu de privi-» léges des rois cPEspagne que Tlascala , c'est que les habitans de la première ville se joignirent à ceux de la seconde et à leurs autres alliés aussi peu patriotes^ pour soutenir les premiers conquérans.

Voici comment les historiens espagnols s'expriment sur ce fait :

« Les indiens de Guacocingo étaient déjà les alliés des habitans de Tlascala, de Cbolola , de Huacacola el de Chalco , tous ennemis d'un cruel esclavage^ lorsque ceux-ci firent demander du secours à donFernand, contre les Mexicains qui avaient fait des dégâts sur leurs terres j mais le héros, alors tr*-]) occupé de ses préparatifs pour assiéger la caj)itale , pria les Guacocingos et \e'AV)> amis de secourir ceux de Ciialco , ce (pi'ils firent soudain avec tant de vaillance, qu'ils ravirent les

(49) opprimes autjran du Mexique, malgré les Grandes forces avec lescjuelles ce barh.re é.ait sorti de Mexico, pour retarder la marche des vaincrueurs.» ^ Ainsi )e brave successeur de l'infortuné Monipume n était qu un barbare tyran, parce qu'il s opposait a la défection des -hommes égarés

lem- vatHefî.T''"^ ""^ **'"'^'"* "^"'^ ^"^ ^^^^^ '^^' De Guacocingo, nous nous mîmes en route pour franchir la montagne qu'on aperçoit de la vilk des Anges et qui n'est pas moins haute que le Lenisoule ^erao/-^. ^

Nous éprouvâmes, au sommet, ou plutôt sur lune des crêtes , dont la plus éminente est vol- ,Tf^"'' uf °"^ très- rigoureux, et d'autant plu sensible que nous étions accoutumés à ^5 degrés de chaleur ou même à 32 , en mer. On découvre de cette cîme Mexico et son iac, et lis paraissaient a nos pieds quoiqu'ils tussent encore éloignés de six lieues.

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