‹ Mémoires de Billaud-Varennes, ex-conventionnelChapitre 12 sur 74 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Guerre de la conquête. — Cité de Tes

cuco.

La seconde fois que Cortez partit de Tiascak pour aller assiéger la capitale par eau comme par terre, avec des brigandns qu'il avait fait cons! tru.re ses bataillons, la plupart indigènes , étaient loges dans les anfractuos'ités'^Je la m"ontaJne,Ty auraient peri de froid , s'ils n'y eussent remédiée par la grande abondance du boisai s'y trouvait m£ le matin de son départ, il monta au sommet du

( 5o ) morne , et , par précaution , en voya ala découverte trois fantassins , qui trouvèrent la route ernbarassce par de grar.cis arbres , que l'ennemi avait abattus depuis peu et ni^is au travers du che.uin ; comme ils s'imaginaient cpie le passage pouvait être libre pins loui ^ ils s'avancèrent davantage, iusqu à ce qu'ayant rencontré un amas de cèdres énormes renversés les uns sur les autres , il leur fut impossible dépasser plus avant, ce qui les obligea de rejoindre leur général pour 1 nistruire de cet obstacle. , , , .

Cortez , sacbant aussi qu'ils n avaient rencontre personne , se mit en marche avec douze cents fantassins et toute sa cavalerie, en ordonnant que le reste de son armée eut à le suivre sans retard. Bientôt cette avant-garde, ayant désencombre ia route l'armée passa sans [)eine et sans péril j mais si les Mexicains eussent défendu le passage jamais l^s Espagnols n'auraientpu pénétrer par cechemin. L'année de Tempereur les attendait pourtant au milieu de la plaine ; car trois routes conduisent de Tlascala à Mexico: Cortez choisit la plus mauvaise , qui est aujourdliui la plus belle, présumant ou étant instruit que de ce coté là, nul ennemine se présenterait. Parvenu, le soir même, au^pied de ce mont gigantesque, franchi en quciques heures, il y lit reposer ses troupes, en observant, à la faveur des fôux allumes par les Mexicains leurs mouvemens auprès des trois passages ou ils attendaient ^ennemi, pour l'attaquer entre les ponts jetés sur les ruisseaux qui sortent du grand lac. Cortez, au point du jour , se porta en avant, avec toutes ses forces, et repoussa les Indiens, qui, s'ils eussent détruits les ponts , auraient pu sauver leur pays. , , , . ,.,

L'aspect de ce superbe luonl et de la plaine qu il

domine me rappelait ces souvenirs de la tradition , quand la vue de Quabntipec, où nous arrivâmes ensuite et qui dépend de Tezcuco , me rappella également que^ non loin des murs sans défense de la première ville ^ s'étaient jadis campés les cent mille Indiens de Gullma, unis à ceux de Tezcuco pour comhaliie Fernand : ils l'attaquèrent^ mais en vain; car, outre qu^ii fut secondé par ses nombreux auxiliaires^ ses cavaliers chargèrent plusieurs fois ces guerriers citoyens, etson artillerie fit parmi eux un tel ravage qu'ils furent bientôt mis en faite. ^

A trois beues de ià , vers la droite, nous découvrîmes Tezcuco 5 sur les rives du iac , hors de la route ; et je me rappellai encore des événemens remarquables dont le récit est plus sincère et plus intéressant par la tradition que d'esti- Tnables Indiens m'avaient déjà transaiise , que dans les romans historiques composés par des Espagnols.

Cortez^en voyant Tezcuco, trouva cette ville aussi grande que la cité impériale d'où il avait été chassé; mais la première, gouvernée par un roi trop ami de la paix^ ou peut-être trop faible , ne fit à ce guerrier aucune résistance. Comme il s'en approchait , trois des principaux habitans j venant à sa rencontre avec un petit drapeau bleu et une verge d'or, signes de paix , lui dirent qu'ils étaient députés par leur maître, Goacuacoyocino , pour le prier de ne point dévaster leur ville, ni celles qui étaient aux environs , et lui offrir son amitié , en l'invitant aussi à venir avec son armée loger dans Tezcuco^ où il serait très-bien reçu.

Le conquérant fut charmé de cette ambassade; mais redoutant néanmoins quelque piège ^ parce qu'd avait rencontré des citoyens de Tezcuco

parmi les Mexicains et les Ciiîiiiacans, il ne A'onlut (l'a]:)cr(i | énetrer qu'à Iliiaxata et à Qnahuiichan , cites voisines .e ccKe rapilale , mais qui sont aujouro^lini (l'ass= z i a;;vrcs Yillap;es : la, on fournil à son armce des vivres et de Toi" en ahondanee.

li y fit aussitôt renverser les ic'oles; ensuite il entra dans la viue où on lui avait préparé des maisoi'S assez vastes pour le loger avec tout son ëtat-major cl une partie de ses troupes. Mais comme, arrive dans ces m.urs^ il n'aperçut ni femmes ni enfans , soupçonnant une trahison , il défendit- à tous -es p;ens , sous peine de i'arcpiebusade , de cpiitter leurs retraites. Yers le soir, quelques Espagnols étant montés sur le faîte de ces maisons pour observer la ville et ceux qui riiabitaient , en découvrirent un grand nombre qui s'enfuyaient avec leurs meubles , les uns vers les montagnes , les autres vers les bores de la ri-

vière pour s'embarquer dans les cancls , et en si grande bâte , qu'on aurait présumé de leur conduite qirelque péril prcchain , s'ils avaient eu le secret de la poudre. On df^tingiiail ]>lusieurs milliers de ces petits bateaux , remplis de meubles et de gens qui emigi aient. Coi tcz eut bien voulu, dit sai historien , empêcher celle fuite; mais la nuit éiait si ]>rocl»aine^ qui> ne put le tenter, ni même rt tenir le roi de Tezcuco , qui ])artait le cieriiier a\ec sa femme et ses deux fiis , pour aller joindre Montézume.

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