CHAPITRE XL
Roi de la façon d'un Soldat. — Piiuce proscrit.
Tezcuco , de nos jours ^ est encore fameuse parmi les Espagnols^ parce quelle fui la première que gouverna un roi chréiien. Goi tez , dil-on , assuré de îa fuite du mallieureux Coacuacoyocino^ prince de Tezcuco et des vingt bourgades voisines^ fit appeler les liabitans qui' étaient demeurés ou revenus dans cette ville, et leur tint ce discours : « Ghers Indiens , un jeune gentilhomme , né parmi vous, fils de iNizaval|)icinîi, que j'ai perdu dans le dernier combat , un bon guerrier , qui sert Dieu et mon roi en combattant sous mes drapeaux pour votre bonheur méme^ un prince légitime ^ qu'on vient de baptiser et nommer Ferdinand , comme moi, qui suis son parrain, a mérité la couronne de Tezcuco : qu'il soit donc votre roi , au lieu du traître et lâche Goacuacoyocino, qui est ailé mendier des secours chez le tyran des Mexicains! »
Quelques chefs vendus applaudirent à cette motion véritablement tyrannique, et le nouveau chrétien fut élu roi par la gent mciitoBRiére aui saute là , comme en France et partout. Le bruit s'en répandit bientôt: un grand nombre des émigrés, abandonnant la cause de leur monarque légitime , comme en France et partout , retournèrent dans leur patrie pour y servir l'usurpateur , et la pohtique espagnole, qui , cette fois , les traita assez bien , s'acquit , en les trouvant
dociles , un serviteur fidèle clans Ferdinand , esclave couronné.
A iVxemple (!es hal>itans de Tezciico , ceux de QuaLuticban , Otenco et Haaxata , vinrent aussi , par députation choisie dans la noblesse^ demander ])ardon àCortez^ qu'ils n'avaient cfîcnsë en ri en ,
Deux jours après que Ferdinand V'^ fut monté sur le trône de cette \i!;e principale et de ses d ;pendarsccs 5 qui s'étendent jusqu'aux ironlières deïbscala , les mêmes députés viiirenl lui annoncei" que toute l'armée mexicaine marchait contre eux, et lui demander humblement s'il voulait bien qu'il cachassent dans les montagnes , leurs femmes^ leurs enfans^ leurs vieillards et leurs meubles , ou qu'ils les emmenassent à Tfzcuco y où ils seraient encore mieiix cachés. Gortez leur répondit, au nom du roi son {illeul et son protégé^ à^ se tenir paisiblement dans leurs maisons , ainsi qwe leurs familles, et qu'il était bien aise de 1 approche des ennemis, paixe qu'il ferait voir encore , quand il les aurait joinls , comment il savait les traiter.
Les Mexicains ne s'avancèrent pns sur ]es cités qui redoutaient leur marche, njais sur Tezcuco même , d'où Cortez et le roi sortirent pour les combattre avec trois pièces de canon , trente chevaux , deux cent vingt Espagnols et un grand nombre d'indiens (22)- Après un combat inégal, les patriotes , forcés à la retraite , s'embarquèrent dans leur canots ; mais ils revinrent plusieurs fois avec courage atta{juer Tezcuco^ que Coricz et ses alliés défendirent avec brivoure.
Jugeant que celte place , à la proximité du lac de Mexico 5 lui convenait pour mettre à l'eau ses bi'igantins, et ayant su qu'on venait de les achever
(55) à TIascala , il y envoya Gonzalès de SandoTal, pour les f lire apporter. Ce lieutenantles rencontra sur la fronlière , où huit mille hommes les portaient démontés sur leurs épaules avec tous les objets nécessaires à leur service. Le convoi était escorté par vine^t mille soldats, et mille tamenez ou ])ortefaix l'accompagnaient avec les vivres. Teutecalo commandait ravant-garde , Tupiliti le centre et Quirimecatel l'arrière- garde : ces trois chefs Indiens avaient été reconnus gentils hommes. Gonzalès s'étant mis à la tête de cette armée , avec cent Espagnols , elle entra dans la ville au son des cors et des trompettes : ces vingt mille nouveaux guerriers^ dont les têtes offraient une forêt de plumes onduleuses , mêlaient leurs cris aux acclamations du peuple et des soldats^ autres esclaves de Gortez , et l'on entendait retentir ces mots de raîiement , répétés à l'envi par des perroquets belliqueux : Tlascala ^ Ptome ^ Espagne! mais nulle voix ne s^élevait pour faire entendre un cri de liberté.
An bruit de l'arrivée des briganlins et de ces troupes , plusieurs autres provinces s'empressèrent de se soumettre et d'offrir leurs services au trop heureux Cortez , les uns par amour pour la paix ;, autant que par la crainte d'une ruine entière , les auties par la haine ou la rivalité qui les armait contre les Mexicains ; de sorte que Cortez était certain <iun triomphe complet, non-seulement par ses propres soldats^ mais aussi par les Indiens qui l'avaient joint en foule ^ et sa cour n'était pas moins grande à Tezcuco ^ dont il avait prosxrit le roi 5 que ne l'était naguère à Mexico celle de l'empereur dont il avait causé la mort.
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