‹ Mémoires de Billaud-Varennes, ex-conventionnelChapitre 14 sur 74 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

omnie reconnue.-— Entrée à Mexico.

Ce fut a Tezcuco que le Uhérateiir Feidinand- Coï lez termina ses préparatifs j)our le siéec de Mexico, dernier azile des défenseurs de la patrie. Les iDnpntms étant mon tés , le connuérant fit construire, en ciiupante jours, i^ar quatre cent mnle hommes , un canal d'environ une demilieue de longueur, sur quinze pieds de la,-eet deux toises de profondeur. Quand ii fut achevé, on calfeutra les brigantins avec des bourres de coton, et les calfats manquant de suif et dhuiie , se servirent de graisse humaine, non que Gortez, disent les auteur Espagnols , leur permit de tuer des hommes pour obtenir cette substance ; mais Ils la tiraient seulement de ceux qui périssaient dans les sorties fréquentes qu'ordonnait Fempereur , afin d'empêcher cet ouvrage. «Les Lidiens, ajoutent ces auteurs, étant accoutumés à immoler des hommes, les ouvraient tout vivans et en tiraient la graisse pour l'empioyer à différens visages. « Or, cette assertion, mille fjis répétée , fut toiqours d'n née de preuves et dém( ntie autant de lois: ks oppresseurs, dit Mirabeau, caiomnienl souvent leurs victimes.

Dès (|ue les brigantins furent lancés à Fenu , Cortez fitla revue de son armée, dui consistait en neuf cents Espagnols, dont quatre vin^rl-six à cheval, mui:is de pistolets etd.: manchettes Ç^:}): Je reste étaitarmé d'arbalètes eld*arqjebuses,a'epées et de poigards, de liallebardes et de lances; et

( 57 ) ^ tons portaient des corselets et des coites de maiiîe. Trois pièces de canon de fer ^ quinze de fonte, qoantiléde bonlets el nn m «lier de pondre enssent forme lenr force principale, s'ils n'avaient en en ontre cent cisupiante mille indiens, ions p;ens de ij;nerre, dévoues à Cortez par nn av eu" !t nient qni l(s précipita bientôt et p )nr jamais dans

1 esc ava^e.

Un j(;ur de Pentecôte, les Espagnols et leurs SLiixil aires se mirent en campagne dans cette plaine et an pied de ce morne dont, j'ai paré pins

hanl. Là , C(>rtcz divisa soi] arm?'e en trois corps: Fun ent pour con' mandant Pierre d'Aharado , son premier capitaine; il avail, (renie cavaliers, cent soixante-dix faniassins , tons Espagnols , deux pièces de canon , trente mille Indiens , et Fordre de marcher sur ^T.acopa : 'CLrislopLe de Holid , le second Ca|-iJa]re, ent trente-trois cbeYaux, cent dix-lmit fantassins . deux pièces de canon, trente n:. il le Indiens, avec ordre d'aller pi-endre position à Gnlbna: Gonzalès-Sandovaî , troisième capitaine , commandant vingt-trois cavab'ers , cent soixante-denx faniassins , deux pièces de canon et quarante mille Indiens, reçnt ordre de se porter où il jugerait à propos.

^ On mit dans cbaque brîganiin , dont Gortez s'était réservé le commandement spécial , une ])ièce de tonte, des arc?nebnses , nn capitaine et yingt-trois Espagnols d'ébte, ontre les rameurs indigènes. Le gtnéialissime était monté sur le brigantin amiral ; qîjelc|nes-yns de ses iieiitenans, allant par terre , commencèrent à murmurer^ parce qu'ils y couraient pins de danger que sur le lac : ils firent inviter lenr gérerai à inarcber avec eux^ mais il n'eut point égard à Tinvitation ; et il leur répondit , à l'aide de son porte-voix :

((. Amis , si le péril est moindre sur Feaii que sur ïa terre , il m'est pourtant plus convenable de rester où je suis ^ ])arce que les guerriers que je commande sont plus accoutumés à combattre sur l'élément ' ù vous marcbez, que «ur celui où nous voi2;uons; mais aycns

e même courage

et

nous obtiendrons tous la mêinc gloire. »

Il espérait , d'ailleurs, par le moyen de la flotille, se voir plus promptement maître de Mexico. Bientôt il employa aussi ses barques à brûler la plupart des canots de la ville , et tint le reste si étroitement resserré qu'ils furent inutiles aux Mexicains; de sorte qu^avec sa douzaine de brigantins armés, il lit autant et plus de mal à l'ennemi par eau ;, que ses trois lieutenans par terre.

Tous ces préparatifs d'un siège par lequel Mexico cessa d-'étre une ville impériale et vierge , firent notre entretien en voyageant sur la superbe route <le cette capitale ; mais combien Tezcuco , jadis son orgueilleuse sœur, et qui avait fourni tant de forces contre sa reine ^ était , selon les Indiens , dégénérée de sa magnificence ! Après avoir considéré la grandeur qu'avait eue autrefois cette ville, nous remarquâmes, avecétonnement , qu'elle n'est aujourd'hui que la petite résidence d'un petit gouverneur , qui commande, il est vrai, jusqu'aux frontières de Tlascala etGuacocingo : or , ce défunt royaume ne rend pas à Son Excellence le susdit gouverneur, plus de mille ducats par an.

Nous dinàmes cliez Ini, en maigre, et un jour gras ; mais si ce bigot, jeune encore , n^a pas l'embonpoint d'un chanoine, ni la gaîté d'un militaire, il réunit du moins à la sotte fierté d'un hidalgo, une haine plus sotte encore ctuitre la nation française : il la frondait avec tant de fureur, que je me lins à quatre pour ne pas oublier qu'un sort capri-

cieux avait rendu un représentant de la France jacobin espagnol.

On ne compte pas aiijonrd'bnidansTezciico pins de cent Espagnols européens, environ autant de créoles^ et, à-peu-prés, quatre cents Inliens, dont tout le commerce consisle en herbes et salades qu'ilsvontvendreaumarcfié de Mexico; d'nnt'qnes cèdres, naturels à ce vaste canton , leur produiseat aussi un peu d'argent. Mais ce qui a le plos contribué à leur ruine, c'est que les preiiiiers Espagnols descendus au Mcxic|ue, employèrent de ces beaux arbres avec tant de profusion poni- éLwer leurs superbes palais 5 que Gcrtez seul fut accrsé, par Pampbile de Narvaez , d'en avoir prodigué sept raiilepontres dans la con '«troc lion du sien, li y avait jadis à Tezcuco des vergers magnifiques Ci.l Mirés de douze cents cèdres , dont queiques-nns a aient cent vingt pieds de banteur et quinze de circonférence j mais , à présent, on ne voit pas cin piante de ces arbres dans le plus élendo de ces vergers.

Parvenus au bout de la plaine , nous traversâmes Alezicaicingo^ grande ville autrefois et aujourd'bui petit village ; nous passâmes ensuite k Gnetlavac, bourgade située au pied de la cbaussée cjui s^avance au travers du lac juscju'àdeux lieues de Mexico. Ce bourg a beaucoup d^agrémens , à cause de Fombragede ses arbres fruitiers , de ses nombreux jardins et de ses maisons de campagne , où les bourgeois de cette capitale se retii^enl souvent, soit avec leurs blancbes moitiés ^ soil avec leurs brunes maîtresses.

Le lendemain, 7 fructidor an XII , nous ûmes notre entrée , à cbeval, mais modeslement, dans cette belle et fameuse eité^ passant tout au travers^ parmi les vù-'ai et les claques, jusqu'à la maison de plaisance des Jacobuis, Située entre des jardins ^

(Go) extra muros , sur ]e cliemiii (pii condnit à Chapultopec.on JanommeSainf-ÎIyacJFitlie. Noiisyfumcs trait'.'sen frères, en amis, en disciples lidéles du glorieux Saint-Dominic|ue^ et, dès lemêmesrir, tous ces jacobins réunis, qui doivent eue gueux comme des peintres, étaient gris, j'en sais quelque chose, comme des Cordeliers.

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