‹ Mémoires de Billaud-Varennes, ex-conventionnelChapitre 15 sur 74 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

DIsserlation historique. — Le Héros L^ëncreuj

A leur entrée dans Mexico, les guerriers espagnols, qui venaient conquérir des terres par le fer et le feu, prétendaient, comme nous lionnêtes jacobins, qu'ils y venaient sauver des âmesj mais l'on nous accueillait tout autrement que de pareils missionnaires, attendu que le zèie et la douceur, qui voilent souvent l'intérêt, savent mieux convertir que la torche et le sabre. Avouons néanmoins que si les conquérans avaient couru au nouveaumonde pour encbahier avec fracas des hommes i]bres,nousy venions, nous autres sermoneurs , river sans bruit leurs chaînes, ce qui est Igin d'être plus généreux, si cela est plus sûr. Ainsi le glaive et la parole servent, plus ou moins, à Venvi la plume du ministre et le sceptre du prince. Tout dépend , ausurplns, pour qve l'homme S(nt subjugué réellement, de cedou!)le moven, connu de grands .wZy*z^^<7/p//r,ç: on doit tonner, puis emlormir. Mais gare le réveil î La force , tôt ou tard , invoquant la justice, se lève et détruit s.ms retour «e qu'avait fait la violence secondée de la ruse, et

/Ci ) la postérité d'une nation asservie peut soumettre à son tour celle de ses tyrans.

Si je n'ai pas suivi Cortez dés le commence^ ment de sa conquête, c'est que les Mexicains ne m imt donné , sur ce point-là, aucun détail nouveau ou contraire aux relations de tant d'historiens : ce que j\ù dit , et ce que je vais dire, peut signaler plus ci usîe esreur ou plus d'une imposture^ car je crois avoir recueilli la vérité dans la tradition suivante (2/j), que j'interrogeais sur le sol, en parlant à des indiens dont, à cet égard^ la science égale la sincérité.

Quand les Espagnols s'emparèrent, par la valeur, moins qne par la discorde, de la cité impériale, elle était divisée en deux vastes parties, dont lune s'appelait Tlateliico (26), ce qui sic^nifie ■petite île en langage indien; l'autre se nommait Mexico , c est à-dire, source oafontalne; et comme le palais du roi y était situé , toute la ville reçut le nom de Mexico.

Selon des savans indiens , on la nommait plus anciennement Tenuclititla , fruit qui sort cTaiie pierre. Cet autre nom , se composant^de tetl ou pierre, et de neuchti ^ fruit de l'espèce de figuier qu'on appelle nopal en Amérique, tire son^étymologie du fait suivant : Lorsqumi posa les fon^ démens de cette ville, ce ftit pies d'uïie grosse pierre ou d'un rocher qui était au milieu du lac et au pied de ce i ac s'éle ^rait un nopal ; de là Forigmedes armes de Mexico, qui représentent un nopal croissant à l'abri d'un rocher.

Si d'autres étymologistes, indigènes aussi de la même contrée, n'adoptent pas cette origine et veulent que Tenuchîilia provienne de Tenuck son premier fondateur, fils de Tistamixco , don? les enfans et leur postérité furent les premi-rs

habitans de la nouvelle Espagne^ plusieurs autres encore soutiennent que le nom de Mexico vient de beajconp plus loin , savoir des Mexitos, qui ont été ses véritables fondateurs; car^ disent-ils, jnsqu'aujonrd'luii les races anciennes qui liabitent luie des mes de cette ville, onteu lenom de Mexica, qui élait celui d\ine idole en grande vénération parmi les Mexitos.

Mais Topinion générale des savans espagnols es que les Mexicains babitaicnt primitivement le pays qu'on nomme à présent la nouvelle Galice , d'où ils firent irruption^ l'an de J. C. 720 ^ en divers lieux ^ jusqu'en l'année 918, qu'arrivés sur les bordsdulaC; sous la conduite d\in caciquenommé Mexi ^ ils y bâtirent cette ville ^ et l'appelèrent Mexico 5 en l'honneur eleleur général; de ce nom dériva ensuite celui d'Empire du Mexique.

Quoiqu'il en soit de ces opinions divergentes et nébuleuses , la nation ^ vers cette époque , se trouvait ])artagée en sept familles ou tribus , qui se gouvernèrent long-temps par la formearistocralique^ jusqu'à ce que la plus puissante de ces Iribus s'éiant donné un roi ^ toutes les autres^ par la suite , furent rojalisées.

Le premier souverain ;, que l'élection couronna s'appeiiait Yjlzilovitli ^ le second Ocamopitsla , le troisième Ghimalpozel^ le quatrième Isclioalto^ le cinquième Mcntéziima , i'un des ancêtres de son malheureux lionwnrme ^ le sixième Acazis , le septième Axaiac , le huitième Antzolo , le neuvième Montézuma , qui régnait lorsque l'étranger vint en faire un esclave , le dixième G uetlavaco , et le dernier Quahutimoc ^ en qui s'éteignit ce royaume.

Ischoaito fut le plr.s heureux de ces rois , par la valeur de Tracaelec , son cousin ^ qui lui assuiétit les &ix autres tribus.

Après la mort crisclioalto , lesi clecleurs , qui étaient au nombre de six, élurent pour roi ce i^ucrrier si valeureux , comme celui , disent les Indiens , dont ils avaient déjà expérimenté la vertu ; mais le héros , ou plutôt le grand homme ^ refusa généreusement le diadème , en disant^ qu'il était plus à propos ;, pour le bien de la république , qu^on choisit un autre mo: arque ^ qu^il n'en serait pas moins toujours prêt à exécuter tout ce qui serait nécessaire pour le service de l'état, et que sans être roi , il demeurerait constamment dé^voué à sa nation.

Voilà sans doute un trait, parmi tant d'autres que je pourrais citer,digned'Atiicnesoude Home, et c^est un peuple iibre^ où vivaient de tels citoyens 5 que les esclaves de l'horrible inquisition , sœur de la t^^rannie , ont cent fois décimé par crainte, constamment torturé par a varice, toujours insulté par envie (26) î

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