CHAPITRE XIY
Empereur îapidé. — Famine.
Ltis plus malheureux empereurs de la nation Mexicaine, furent assurément les deux derniers, Montézume et Qaahutiinoc , que les écrivains Es])agnois ont nommé Guatimosin : le grand Goriez y avec ses gardes ^ arrêta le premier dans son palais , et l'entraîna dans sa maison , où il lui mit les fers aux pieds et le retint captif^ en le forçant d'ordonner l'exécution de Qoalpopoc , cacique en chef de Nahutlan, qu'on appelle au-
jonrd'liui Alméria, lequel guerrier fut brûlé vif, niiisi que plîîsieuis autres , qui, comme lui, avaient montré leur zùle pour leur prince et pour leur patrie (.^7).
Mais la trahison inouïe dont Montc'znme était victime souleva t )us les :^:exica:ns cont e Cortez et son armée: les patriotes , commandés j)ar Qul— luitimoc, combattirent avec
courage
pendant
en les menaçant
leur ren-
trois jours , leurs cruels ennemis d'une guerre d'ex'^ermination^ s'ils n daient ieiir monarque.
Cortez alors, qui ne disposait point encore de centmiiie Indiens, conjura Montézume de monter seul sur la tcî rasse du quartier-général , qu'on assiégeait j)ar d'énormes caiiloux ^ et d'ordonner à ses fidèles serviieiirs de cesser leur atlaque : rem])ereur, déchaîné, j consentit,* mais s^étant penché sur le mur pour leur parier , ils lançaient tant de pierres de la rue et du haut des bâtimens voisins, qii/une d'elles \iiU le frappera la tempe, si rudement, qu'il tomba roide mort au pieds de ses sujets , finissant de leur proj)re main , ([unique innccente, (ies jours qui les rendaient heureux^ mourant inondé de leuis larmes ;, et sous les yeux de ses vrais meurtriers.
Les Espagnols \eulent bien avouer que Montézume descendait de la famille ia plus noble de cette nation, et les Indiens disent qu^il était le plus libéral^ le plus heureux, le plus puissant de tous les rois qui l'avaient précédé. Ainsi on pourrait remarquer que les princes et les empires paraissent quelqueftjis au comble delà jirospérité , lorsqu'ils sont le plus près de leur ruine. C'est ce ([u'on ne peut dire de notre vieille monarchie , qui était bien près de sa chute ^ quand le volcan réoliitionnaira la dévora.
(65 ) Après la mort de Montéziime ^ le peuple élat Giietlavaco, son frère , empereur du Mexique; mais ce dernier ayant péri soudainemeut par une niaiadie^ les Mexicains lui donnèrent unsuccesseur déjà illustre dans le jeune Qualiutimoc; et le fier conquérant se vit teilement menacé , qu'il fut ohLgé de s'enfuir avec tous ses soldats.
Retirés de nouveau chez leurs amis les Tlascalans dss'y fortifièrent; puis, ayant fait construire des bnganlins, comme on Fa vu dans un chapitre précédent, ils revinrent^ plus sûrs de la victoire, ^avec leurs nombreux alliés , assiéger par eau et par terre la capitale, dont les habilans , réunis ;V ceux des campagnes voisines, furent bientôt rédiiits d de telles extrémités nar la c^oerre, la faim et la contagion, que la cour de chac|ue maison était rempli de morts, qu'ils se hâtaient, vers le milieu du siège, d'entasser les uns sur les autres, pour M • ^ ^"? assiégeans leur misérable état. Mais quoi qu'ils vissent le palais du souverain et les trois quarts de leur cité consumés par le ieu, ils ne se défendaient pas moins de rue en rue, par-tout où ils pouvaient, dans une ville ouverte, lutter contre leurs ennemis, qui, après cent combats, y ayant pénétrés, trouvèrent les rues, les maisons, les places, les canaux encombrés de cadavres, et ceux qui avaient survécu, après avoir rongé jusqu'à des branches d'arbres' SI pâles , si défaits , qu'ils avaient l'air de soectres ambulans. ^
Ces malheureux à qui, pour ainsi dire, il ne restait plus que le cœur, s'étant retirés sur nn point où ils croyaient pouvoir se maintenir avec Quahutimoc, refusèrent encore les offres que le général leur fît transmettre, en exigeant qu'ils se rendissent. Ils répondirent fièrement qu'on ne T. I, ^
(66) devait point espérer de profiter de leurs dépouilles; que si le sort continuait à leur être contraire, ils étaient résolus de brûler toutes leurs richesses ou de les jeter dans le lac, et de combattre tant qu^m seul homme existerait.
Voulant savoir ce qui bii restait à soumettre, Cortez monta sur une tour d'où l'on voyait la ville entière, et jugea qu'à peine un huitième lui résistait encore : alors il le fit attaquer; et ces infortunés, déplorant la fatabté de leur destin , qui les privait de tout espoir^ conjurèrent les Espacrnols de les exterminer tous à la fois pour mettre Hn à leurs souffrances (28).
Plusieurs d'entr'eux se tenaient près d un pont-levis , au bord de l'eau , et criaient à Cortez : « Si tu es le fils du soleil qui nous regarde , Espapacnol, prie ton père de nous faire mourir! » Puis s'adressant au soleil même : « Termine nos misères , s'écriaient-ils , et laisse-nous aller dormir auprès de notre dieu. »
Vovant l'extrémité où ils étaient, et croyant qu'à la fin ils mettraient bas les armes , Cortez envoya trois des siens à l'empereur Quahutimoc, pour lui représenter la détresse de ses sujets, qui serait encore plus grande , s'il n'inclinait a un traité. Mais quand ce malheureux monarque eut entendu ces propositions, il fut teiiement indigne, qu'il cbassa les ambassadeurs, en leur disant: « Je demande la mort et non la paix. »
Sur la réponse de ce prince, Cortez, des le jour même, fit livrer un nouvel assaut. On avait cru, après tant de combats et par le grand nombre de morts entassés dans la ville , qu'il n y restait pas cinq mille hommes, et néanmoins plus de quarante mille furent tués ou pris dans celte attaque.
Ce devait être , dit un historien de 1 Ibene ,
( ^7 ) une chose bien lamentable , que d'entendre les cris et les gëmissemens des femmes , des eidans et des vieillards, qui avaient pu survivre à un si i^rand désastre. J'ajouterai avec le citoyen Mercier, qui ne fut pas un de mes proscripteui s : La peste, la famine, les incendies, aucun désastre ne saurait accabler un peuple d'autant de maux que Tesclavage.
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