‹ Mémoires de Billaud-Varennes, ex-conventionnelChapitre 17 sur 74 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Assassinats. — Conquête terminée.

CORTEZ, la miil suivante, résolul de finir ce siège par un dernier exploit : de son côté, Quahutimoc déterminé à la retraite par ses amis pour aller chercher du secours dans les autres provinces, s embarqua avec eux dans un canot où Il avait vingt rameurs; mais l'étendard impérial n y tut point arboré. '■

Dès qu'il fît jour, le généralissime ordonna à ses heut^enans, Alvaradoet Sandova!, qui étaient sur les briganlms, de prendre garde à la sortie des canaux de la ville, dont là plupart étaient caches , et de tacher de se saisir du roi , s'il s'y trouvait , sans lui faire aucun mal (-,0) ■ il commanda également de laisser sortir des' canaux les grandes barques, après les avoir visitées ; , s avança ensuite , avec une troupe nombreuse de ses meilleurs soldats et quatre pièces de canon, vers le quartier où ce qui restait d'habitans demeuraient enfermés comme des moutons dans un parc, et il monta, au milieu des dé-

( 68 ) combles, clans la tour d'un palais presque réduit en cendres, où il croyait s'eni])arer de Oiiahutimoc; mais iln^j rencontra que Xiuacao , gouverneur de la capitale;, vieil officier , qui ne se rendit pas sans résistance.

Bientôt on vit sortir^ de cette ville désolée, une multitude de femmes , de vieillards et d'enfans , qui , voulaient , malgré leur faiblesse, s'embarquer à la liâte : ils enfoncèrent les bateaux et une partie se noya.

Cortez défendit à ses gens de tuer ceux qui écliappèrent , mais il ne put , malgré tout son pouvoir , empêcher ses auxiliaires d'en égorger plus de dix mille. En ce moment, les soldats Mexicains^ exténués par la famine, se tenaient sur les toîis et les galeries des maisons, d'où ils voyaient en £;émissant ce spectacle d'horreur.

Alors le généra! fit tirer un coup de canon : à ce signal , cent mille hommes se réunirent et pénétrèrent dans la ville pour Toccuper. Les brigantins , de leur côté , passèrent à travers les autres embarcations , les visitèrent et saisirent d'abord l'étendard de l'empire. Garcie Holquin^ qui commandait une des prames, apercevant ua grand canot chargé de gens, et sachant par des prisonniers que le roi y était^ lui donna chasse , et Tatteignit en peu de temps.

Quahiitimoc , monté sur la poupe de son canot, voulait combattre encore^ vingt épées nues dirigées contre lui, tandis que cinquante arquebuses menaçaient son escorte, l'obligeaient de céder: il se rendit, et avoua qu'il était l'empereur. Joyeux d'une prise semblable , Ilolquin le désarma et Tamena au général , qui le reçut ^ dit un écrivain espagnol , avec beaucoup de politesse

Mais quand l'infortune monarque fut auprès du

vainqueur, il mit la main sur le poignard cl e ce guerrier, en lui disant : « J'ai fait en vain ce que j'ai pu pour clé(\3ndre mon peuple et moi et pour nous empêcher d'être réduits à l'état où nous sommes; mais puisqu'il est en ton pouvoir de faire de Tun et de l'autre tout ce qu'il te plaira, je te prie d'épargner ma nation etde m'ôter lavie, qui désormais ne peut m'être qu'à charge , après la perte de mon trône. >»

Gortez, daignant promettre qu'il ne le ferait point mourir, essaya de le consoler , et le mena dans une galerie où il le pria d'ordonner à ses sujets de cesser toute résistance^ ce que l'empereur ayant fait, ils posèrent les armes. Malgré le grand nombre des morts et le nombre plus grand des prisonniers , cette troupe fidèle se composait encore ae cinquante mille hommes.

Le siège, qui dura trois mois , fut terminé par la paix des tombeaux. Goitez avait, pour conquérir cette cite impériale, neufcent sept Espagnols (5o) près de deux cent millelndiens, quatre- vingt trois chevaux, dix-huit canons, autant de brikntins et SIX a sept mille canots: il perdit cinquante soldats , huit mille auxiliaires et six chevaux mais du côté des Mexicains , la perte fut au moins de cent vingt mille hommes tués, sans compter tous ceux qui périrent par la famine , la peste, l'incendie, la noyade et l'assassinat.

Certes, la résolution de ces courageux citoyens auxquels s'étaient unis leurs frères des campâmes' mente d'être rei^arquée : ils n'avaient plus de subsistances, ils vivaient de feuilles , de branches d ecorces d'arbres , ils buvaient une éàii cor--' rompue , ils couchaient parmi les cadavres, et ils retusaient de se rendre, préférant une mort Ume et cruelle a une infâme servitude.

Quelques-uns de leurs ennemis ont prétendu qu'ils avaient du pencliant pour l'antropophagie ; mais s'ils s'étaient mangés les uns les autres , eu s'ils avaient deToré leurs enfans^ leurs prisonniers , ils ne fussent pas morts de faim.

Dans les grandes calamités^ sur tous les points de ce malheureux globe ^ les femmes développent un courage supérieur à celui même des guerriers. Celles de Mexico ^ pendant 'e siége^ se partageaient entre les soins qu'elles prodiguaient chaque jour a leurs pères, à leurs maris, à leurs enfans, aux blessés 5 aux malades, et les secours qu'elles donnaient aux combattans: elles faisaient des frondes, amassaient des cailloux^ et les lançant du haut des murs , des galeries^ des toîls , elles nuisaient autant à i'enneiri que les plus valeri eux soldats (3i).

La ville fut mise au pillage^ les Espagnols s'emparèrent de Tor , de l'argent et des plumes ; leurs alliés prirent les toi es de coton et les meubles qu'ils purent sauver de l'incendie.

On connaît le sort déplorable du généreux Quahutimoc. Ses oppresseurs , voulant lui faire déclarer où il avait caché de prétendus trésors^ le font étendre nu , avec un de ses officiers, sur des charhons ardens : celui-ci ne peut retenir des plaintes lamentables: « Et moi, diti'empereur^suisje donc sur des roses? » On sait aussi que^ retire à demi-mort, d'un gril ardent , mais ayant survécu à cette torture infernal , il fut pendu pour un complot imaginaire contre ses assassins.

Ce l'ut le ti ois août 1621 que Ferdinand-Gortez^ plus heureux , mais beaucoup moins grand que l'immortel Coi; mb , acheva sa conquête. On en célèbre tous les ans l'anniversaire à Mexico; et, dans une [jrocession qui commence la fête, le fameux étendard impérial est déployé, entre la bannière et la croix.

Page 1