CHAPITRE XIX
Monarque bienfaisant. — La Garde Impériale.
L'arsenal de cet empereur, qui commandait à des millions d'bommes , toucbait presqu'au tepac où il tenait son harem et sa cour : Dans ce magazin mi iitaire était un formidable amas d'arcs , de flèclies , de frondes , d'épées , de lances , de massues ^ de boucliers et de rondaches^ ces dernières de bois doré, garni de cuir. Les guerriers fabriquaient leurs armes d'un bois très-dur, nommé stapa-^ ils eachâssaienl au bout des flèches et des dards un éclat de caillou pointu ou un os du poisson appelé tibisa . Leurs épses, ou plutôt leurs sabres, étaient faits de ce bois de fer commun ea Amérique ; ils garnissaient, des deux côtés, cette espèce de latte
( 83 ) cVune rangée égale de leurs minces cailloux j et d'un seul coup, ils abattaient la télé d'nn cheval : les Espagnols en pouvaient attester Tépreuve. Ces cailloux étaient joints au bois par une colle coin™ posée de la racine de zotU et d'un sablon qu'ils pétrissaient avec du sang d'orfraie ou de cbauvesouris , et cette colle était d'une grande ténacité.
D'autres maisons encore faisaient partie des domaines impériaux (34) : elles étaient entourées de jardins remplis dlierbes médicinales , de fleurs et ^ d'arbres rares. Montézume avait défendu qu'aucune plante ou herbe potagère que l'on y cultivait fut vendue an marché , parceqiie^ disaitil , les rois ne devaient pas faire tort aux cultivateurs ; mais les simples et les légumes qui croissaient dans tous ses jardins ^ étaient laissés gratuitement à Fusage du peuple.
Il avait de nombreu\ vergers hors de la ViWe et plusieurs maisons de plaisance , environnées de canaux, d'étangs et de bois^ il y allait pêcher ou chasser avec ses amis; car il en avait, ce roi là: le produit de sa pêche ou de sa chasse était distribué aux moins heureux àes paysans.
La garde impériale formait un corps de six centâ nobles, puisque nobles il j avait; chacun de ces messieurs se faisait suivre de trois ou quatre serviteurs: ainsi lorsque le maître allait en pro« menade ou en tournée ^ il était toujours escorté d'environ trois mille hommes.
Herréra dit, dans son histoire, que trois mille cinq cents seigneurs de villes et bourgades, outre cinq ou six roitelets, composaient la noblesse de cet empire, que ces chefs avaient des vassaux qui '-" reconnaissaient pour maîtres absolus^ et que
es
e ces caciques pouvaient chacun mettre gur pied, de quatre-vingt à cent mille soldats,,.
(84) Ne soyons pas surpris quayant autant de genlilslimnmesou a oligarques pourpremierscléFeiiseius, un bon prince ait perdu et le trône el la vie.
To as cessei^neursYcnaient passer à Mexico deux on trois mois^daiis la saison de riiivernage, et n'osaient ensorlirsansla permissionderem])ereur; il allait même qu'ils y laissassent en otage ^un de leurs fils ou de leurs fs'ères pour garantie de leur fidélité : chacun d'eux était obligé, en conseou^n^e d'avoir une maison dans celte capitale, c- q-^i rendait la cour de Montez urne phis nouibr-4e que celle de certains granils monarques de la petite Eur>pe,iaais si conquérante, et qu un
soldat sut conquérir. ^
Il y avait alors dans Mexico trois sortes de rues prhiai)aies, toutes- larges et belles: les moins Undes n'étaient que des ^ canaux coupes de P^".si-urs ponts , comme a Venise et en Hoiiande ^ ies\iioyennes , bâties sur terre terme, étaient .oblées • les plus grandes donnaient sur ia terre et svT "eau la moitié , en longueur , servant aux 4ns de pied, l'autre étant destinée pour es bateaux 'pi apportaient des vivres fourmes par les
campagncs^^^^ des maisons avaient deux portes ou pi al ôt Aeox issues ( car on ^y passait de serrures et^e verroux), Fone vers la chaussée, 1 autre v^^'s le canal, où Fons^embarquait en canot pour ^iVer\lans la ville, comme l'on s'embarqoe en ^;ndoles dans la cité femeuse dont le smguber |?e épousait tous les ans la vénérable Adriatique. Oooique reau, à présent, soit procne des maisons , comme elle est moins potable quelle Tp 'Lit autrefois, depuis, surtout, la saignée fa t; w ac et au peuple qui Toperait sous le fouet T^œmmandorslon amené feau douce a Mexico
par Faqucdac dont j'ai déjà parle. Il a trois milles d'étendue et ya jusqu'à Cliapultopec , au pied d'une montagne où Ton voyait jadis deux images de pierre, espèces de statues avec lances et boucliers, l'une représentant Montézuma, l'autre son père Oxiaco : deux tuyaux, soutenus par des arches de briques et de cailloux ^ reçoivent Feau d'une source abondante , saine , limpide , comme celle d'Arcueil, etla portent rapidement à Mexico dans une fort belle fontaine. Des marchands d'eau , comme à Lutèce , y vont puiser avec des cruclies , pour Fallcr vendre dans les rues sur des mulets ou surxies ânes : nos jacobins pour ne pas Faclieter^ Fenvoient quérir par leurs esclaves, et ils ne manquent pas de craches.
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