CHAPITRE XXL
Le Temple. — Idole bermapnrodit*
Un temple , à Mexico, s'appelait teutcali , du mot teut , qui signifie Dieu, et de cali , qui veut dire maison , d'où il est clair que teuicaii signifiait maison du Dieu, La capitale et les villes du second
(90) màvé aTaient beaucoup de temples^ construits sur le même modèle. Décrivons le pins riche , celui que Montez Lime avait créé^ pour ainsi dire, paroisse impériale,
Sur une crdlioe assez haute, quatre bâtimens reunis, mais inégaux de forme et d'elévalion , oilrant sur chaque face un développement de quarante-huit loises^ étaient percés de quatre portes en arcades , dont trois s'ouvraient vers autant de chaussées, et Fa utre sur la rue qui conduisait au palais principal du souverain: au centre de la cour que formaient ces quatre édifices, lesquels servaient de petits temples à des idoles subalternes et de maisons aux prêtres qui abondaient a Mexico , s'éie- ■vait une pyramide quadrangolaire , construite en pierre brune, haute d'environ trois cents pieds, dont le sommet ne se terminait pas en pointe, mais en terrasse, ayant dix toises en carré.
Vers Foccident , depuis la base jusqu'au faîte de ' ce mont artificiel, était un escaher de trois cents vingt-cinq marches, par où les prêtres montaient et descendaient souvent, lorsqu'ils sacrifiaient des prisonniers de guerre à ces terribles dieux, qu'ils avaient faits à leur imcige.
Au sommet de la pyramide, était une chapelle ronde, soutenue de plusieurs colonnes, avec trois galènes intérieures, et surmontée d'une petite tour , que couronnait une boule dorée,;, au-dessus d'une balustrade.
De ce point, aussi élevé que la lanterne de notre Panthéon ou que la ilèche de Strasbourg, on découvrait toutes les villes , bourgs et villages bâtis au(o;u^du lac; on distinguait, dans le lointain, jusqu'au volcan de !a vilie des Anges j on jouissait d'un superbe horison et d'une des plus belles perspectives du monde.
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C'était dans la cLa pelîe nlôme , où étaient trois grandes idoles^ que Tempeienr allait ^ous les matiïis,aii lever de l'aurore, faire sa prière, en silence , le visage tourné vers Je soleil îevabt , et à genoux au pied d'un grand autel, où , sur un trône, était assise la gigantesque image du dieu J^^itzilopiUcluli.
Oolre Sa principale tour , il y en avait quarante autres, élevées sur les petits temples des divinités secondaires : auprès de chacun d'eux était un presbytère et un jardin, où des mains, quelquefois sanglantes , venaient cueillir des fleurs pour orner les antels.
Ce temple était si bien doté, qu'il nourrissait cinq mille indivir'us, en comprenant les prêtres : ceux-ci vivaient fort à leur aise, ne faisant autre chose que ce que font les moines, ayant pour revenu les offiandes portées chaque jour aux idoles, et percevant ^ de plus, une espèce de oime dans les présens de grains, de gibier, de poissons, depkimes, de tapis, de toiles, de joyaux, que la ville et ses environs leur ofFiaient à ï'envi.
Il y avait à Mexico près de trois mille dieux, qui pouvaient exiger, par l'organe interprétatif des gros décimateurs, tout ce qu'ils désiraient ^ depuis la rose jusqu^au cèdre, depuis le prisonnier de g'uerre jusqu'à la jeune vierge, et on les leur sacrifiait souvent, mais de différentes manières.
Les trois principaux dieux , dont le premier, Vilziloputchiii , était protecteur de l'empire^ le second, Tescatlipnca ^ gouvernait les saisons, et le troisième, Quecalcuo, ordonnaient la paix ou la guerre , avaient chacun leur statue élevée ou assise dans tous les temples, sur de riches autels. Dans le vasce oratoire de Monîézume^ ces idoles
ëtaîeiii; de taille colossale. Ordinairement recouverte d'un voile de coton îrèb-fîn , qnVn appelle 72/{7/z/% elles éblouissaient 5 lorsqu'on levait la toile, parleurs manteaux ornés de figures en or^ représentant des poissons, des oiseaux, des fleiu^s, des friiils, parsemés d'opales, d'agailies, de turquoises et d'émeraudes : elles avaient autour du cou -un esclavage de cœurs tl'or, et étaient ceintes d'une écliarpe de perles et de plumes, en forme de serpent. Mais la beauié de leur personne était loin de répondre à la magnificence de leur costume; et voici, par e:^emple ;, la figure du dieu ou de la déesse nom^) éi^ F'ùzUoputchili, qui était assis ou assise, s'appuyant d'une main, sur une r'^mdaclie d'argent, tenant de i'aolre une torclie aliumée : un visage de femme assez joli ^ orné d'un diadème en or, couronné de trois longues plumes; des ailes de chauves-souris , dans le genre de celles que l'on prèle à Satan ; une gorge pendaïUe sur le toupet (l'unetete semblable à celle d'un lion , laquelle tenait lieu de ventre , qui reposciit sar deux cuisses de boucs, avec patte et ergot; ajoutez - y une assez belle queue de porc , par où se terminait le monstre.
Indépendamment de ces dieux du premier ordre , il y en avait un qui marchait presque leur égal : il était febriqué de vingt espèces de semence réduites en farines , qu'on pétrissait avec du laif et du sang de cochon, que l'on jetait au moule en forme de géant , et qu'on mettait ensuite au four. Les prêtres choisissaient, pour consacrer cette figure, qu'ils reoouvellaient tous les mois., un jour de pleine lune : dès le m a lin ^ les habitans couraient en foule à cette fête ; et , pendant la cérémonie , faite en présence du pruice et de sa €0ur e% qui durait long-temps, ce bon peuple
( 93 ) attachait à la noiivello idole des piérides précieuses^ de jx'iits lingots dVîF. Alors les préires la rom iraient en j)etiîes parcelles, dont la première é (ait offerte au s .{îveniiii et les aiiîres disîrihnées aux babilans, qni s'estimaient fort besireiix d'en avoir, et aux srildals , qui se croyaient , avec ■ e pJiis pelit fragment , invincibles dans les batailles. Les distributeurs ne gardaient que les bijoiix et les lingots (07).
A cette c;>iisécralion , il y avait aussi un vase remjyii d'eau qu'on bénissait et conservait ensuite religieusement au pied du grand autel, pour en sacrer les rois à leur couronnement , et en bénir les généraux, à-qui Ton permettait d'en boire au comoien cément de la guerre.
Près du temple pyramidal^ était mie colonne formée entièrement de têtes d'ennemis vaincus , comme riiorrible monument élevé pai^ les Suisses après i^affaire de Morat , et qu'on nommait^ îe crois , r Ossuaire des Bourguigncns. Nos braves Font détruit, en faisant la conquête du pays des soldais qui ne inarclient pas sans argent. Correz aussi fit abattre ceUe colonne : deux de ses capitaines , André de Tapia et Gonzalve de Hombre^ eurent la patience de compter ces têtes de morts,, et ils en trouvèrent, dit-on , cent trente mille.
Ce général , avec ses lieutenants, îors de leur première visite , furent conduits au sommet de la pyramide par Moniézume , qui 1 eur lit cet honneur , disent quelques historiens , par ostentation: là ^^ illeur dit, cjii'après avoir sacrifié un prisonnier^ les prêtres le .précipitaient du haut en bas de leur grand escalier. Que serait devenue alors la petite troupe espagnole, si le tjran y déjà peu satisfait de pareils hôtes, eut fait descendre ainsi Gortez et ses aides-de-camp?
Tous les temples furent pillés et démolis , lorsque
les Espagnols devinrent maîtres de la ville : eiî
même temps , tons les palais impériaux^ déjà
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iiiceacnes, les
lard
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tes mardi es et un grand
nombre le maisons, furent bouieversés de fond en c mbie; c^e sorte qu'il ne resta rien de tout
ce €|oi p-oovait attester l'existence du génie édiO ^ cateitr des Mexicains. Toutefois, le vainqueur, considérant la réputation de leur ville centrale ^ raotoi-ité qu'elle avait eue sur les peuples voisins et Tavantage de sa position ^ ordonna aussitôt quelle fut rétablie, et la partagea entre loi et les sous-conquérans ^ après avoir marqué la place des églises , de son palais , de Fliôpital et de l'hôtel de ville. Ravis d'une telle besogne , ses architectes admirèrent , avant la démolition, comment les ïii€iiens avaient pu, sans outils de fer, construire de pareils ouvrages: les entrepreneurs ne trouv^iienî dans cette capitale , aucun instrument à leur gré , si ce n^est cepentlant que, chaque jour, ils rencontraient des grues.
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