CHAPITRE XXIÎ
Commerce du Mexique. — Les nobles cordonniers.
PouPi repeupler la ville et réparer, autant qu'il le pouvait, les épouvantables désastres dont seul il était cause, Cortez donna au reste de ses malheu* î»eux citoyens , comme à tous ceux des environs qui voudraient l'habiter , du terrain, des matériaux propres à y bâtir de nouvelles demeures ^ dont leurs enfans hériteraient un jour^ et plusieurs privilèges.
( Q'> ) Il mit en liberté Xiûvaoo, brave ge'ncraî mcligèiie, lui doDûM nue rue eiuièie, el le (îl cîvcf des Indiens de Mexieo, en les séj^-îrant toiUeibis du ([iiariier où l<^^reaieiit les Espa^mols. \l accorc'a egalenieiil une an\se rue à don Pie, re MonLé:.uma^ hls^du defnnLmon.ircine , k\Ï\\ phisieurs présens de même espèce à cjneiqnesMexicains prepondénais^ qu'd erea genlii^bomms s , afin que ces lar:^esse& comnjeneassent à ramener en sa faveur l'omnioR publique. ^
D.S que la renommée eût répandu le bruis que Mexico renaissait de ses cendres, i^ y vint un grand nombre d'babitans de ïépéacac , de ilasrala, ae lezcuco, pour jouir de la paix et 51e .ahberteqne promeUaille conquérant- mais lis n y trouvèrent ensuite, euï et leurs descendans, que la imsere et Fesclavage, tandis que les vainqueurs s y enivraient de sang et d'or.
Si Mexico, pendant trois siècles , était devenue,
elle que
- 1 -^v/ix^ ^ , o u c notre
levo.ution en achevé le tour, ci que l'Amérkme espagnole veut reprendre parlout S( s droits. "
Un sait que ie commerce avait rendu la capitale du Mexique une des plus riches du fflobe. Cent nav,res,au moins menaient cFJispagne tous les ans d Samt-Jean-d Lma , chargés non-seulement des produits de la péninsule, mais de tous ceux du continent européen que ia politique espa-ncl'- . lorsqu elle etaù d'accord avec son intérêt rer^ mettait que l'on importât dans ses nombreuses jcolonies.
De Mexico où on le transportait par terre, «ne pai^e ue ces diverses marchandises s'ecoulaù, par la mer du sud oa par cdles des Garaihes, ciaas
toutes les provinces soumises à cette couronne^ que pourrait seul sauver un nouveau Gbarles- Qiiiiit- L'autre partie cle ce négoce^ qui enrichissait une ville déjà si opulente sous ses mcnarques légitimes 5 se faisait à la fois , par la mer pacifique , dans les Indes orientales^ à la Chine et même au Japon, par reiitrepôt des Philippines : les productions de FAsie, écheangées ou acquises en numéraire , arrivaient chaque année sur deux énormes galions et deux moindres navires^ au port d'Acapuico , d'où on ies amenait par terre à Mexico, et de là à la Véra-Gruz , où d'autres galions les portaient en Espagne, aveci'or et Fargeni des mines d'Amérique (38).
Saint Louis de Zacaiecas, situé à quatre-vingt lieues au nord de la cité que je décris, produit encore des lingots et des barres, avec lesquels on bat monnaie d'^^nis ^ette capitale. Il y a des mines ouvertes dans toute la nouvelleEspagne, au PéroU;, au Chili, pour d'autres hôîels des monnaies ; mais ces carrières précieuses , qui ne sont pas inépuisables, n'ont été. depuis trois cents ans, que des abîmes pour cent raillions d'Indiens ^ et leurs enfans^ que le ciel seul éclaire, sont bien las aujourd'hui d'aller s'engloutir tout vivans, pour enrichir leurs oppresseurs, dans ces nouvelles catacombes.
Le despotisme ibérien courbe à peu près également, en Amérique, sous son joug niveleur, les créoles (89) , les Indiens et les iiégres esclaves , qui le seraient |->artout^ sans cesse, si le gouvernement inquisitionnaire était partout le maître. Un créole a-t -il eu quelques succès à l'université, montre t-il de Fesprit^, du caractère, il est jiersécaté, on obtient à peine un emploi très-subalteroe , quoique assez bien salarié; dans le pays de For , et il se dit tout bas :
Des fers, quoique dores ;, en sont-ils moins des fers?
J.es Espagnols sont seuls heureux^ si on nent l'être avec deTâine sous le règne de Farbitràire* ils sont riches, du moins ^ mais indoleos durs envers leurs ilotes^ d'une vanité ridicule et d'un insupportable orgueil.
Qiiand on rebâtit Mexico, il y avait beaucoup de diiTérence entre un Américain et ce qu'on appellaitun conquérant^ ce nom devint alors un titre féodal , qui , comme de raison , n'appartenait qu'aux soldats de Gortez, lesquels avaient reçu du roî d'Espagne des terres et des pensions pour eux et leur postérité : au contraire^ ceux qui n'éiaîent que sunples babitans, payaient une renie âmmeïle pour le droit d'habitation.
Cette loi rémunératrice et m/co^^^^/c- a rem oli toutes les provinces de l'Amérique liespénenne d une foule de gens qui s^arrogent la qualité de gentdshommes ^ car chacun d'eux , aujourd'hui même, veut descendre d'un conquérant, auoique la plupart soient sans biens ^ parcequ'ils sont ennemis du travail; et si on leur demande, où est leur héritage, ils répondent que la fortune le leur a enlevé, mais qu'elle ne saurait leur ravir leur noblesse. On voit des savetiers qui se disent iss^is en droite ligne des premiers irrupteurs; et s'ils s'appellent Gusman ou Mendoza, ils jureront qu'ils descendent de la famille des ducs, des marquis et des comtes qui portent ces noms en Espagne, d^où leur aïeul était parti pour aller conquérir le nouveau monde; et qu'il a brisé plus d'un sceptre, en soumettant des royaumes à la couronne , quoique^^. dans ce monde nouveau, ses légitimes héritiers soient réduits maintenant à ne manier qu'un tran^ en et.
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( 98 )^ Mexico fut conquis en i52i j cent ans après , lors d'un nouveau dénombrement ;, il n^y existait pas deux mille indiens naturels ^ tant les travaux forcés, les mauvais traitemenS;, lescruautésatroces autant qu impolitiques , avaient diminué la po-
Gliaque jour ces derniers usurpaient un peu du terrain sur lequel les maisons des autres avaient été bâties ; de trois ou quatre ;, ils en construisaient une élégante et commode , avec de grands vergers ; d'où il résulta qu'aujourd'hui la ville se compose d'assezbelles demeures, dont les plus remarquables sont accompagnées de jardins.
Une bonne partie de ces maisons furent construites en bri([ue et même en pierre 3 mais elles n'ont pas plus de deux ou trois étages , par rapport aux uracanas (aux ouragans) , et à cause surtout des tremblemens de terre.
La plupart des rues sont coupées à angles droits j trois ou quatre carrosses peuvent aller de front dans les moins larges, six dans les autres : cette larf^eur des rues,lenombreet l'étenduedes places^ des marcbésj des jardins, font paraître la ville beaucoup plus grande qu'elle ne l'est réellement.
Jadis, assure-t-on , elle eut deux cent mille babitans^ Indiens, Espagnols, métis, gens de toute couleur. Ce nombre est fort diminué, mais il augmentera au lever du soleil lihertador, dont le crépuscule commence à éclairer i'horisou mexicain.
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