‹ Mémoires de Billaud-Varennes, ex-conventionnelChapitre 28 sur 74 · CHAPITRE XXVÏL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVÏL

Combat. • — Sentence inqiiisitoriale.

VoYANTqn/aucun de sesamis , ni de ses courtisans, ni de ses oiïiciers civils ou militaires, n'arrive pour le délivrer^ le vice-roi monte sur le plus liaut balcon de son palais , fait arborer Fétendard espagnol et sonner la trompette^ pour appeler les nobles et les riclies au secours de leur roi , qu'il représente. Nul ne parait j tous les principaux de la ville restent cbez eux, pour ne pas s'exposer en sa faveur.

A l'aspect du drapeau royal, et au nom du monarque qu'ils ont entendu prononcer sur les balcons, tous les mutins s'écrient « Vive le roi! mais péi'issent les traîtres et le mauvais gouvernement !»

Ces cris furent accompagnés de nouveaux coups de pierre et de fusil ^ auxquels les assiégés répondirent alors par une vivemousquetade ; mais, dans toute récliauflburée, il n'y eut pas à craindre un seul coup de canon, le vice-roi, d'aillem^s abandonné^ n'en ayant aucun dans la ville , où il n'avait jamais prévu aucune émeute, ni craint une attaque ëtran frère.

Saîazar, dans cette escarmouclie , qui dura environ six heures, Saîazar, qu^on avait nommé , a la Santerre , général de l'armée , déploya la même bravoure, et perdit sept à buit soldats^ mass le vice-roi , dont la troupe combattait du liaut des balcons, eut un page et un i^arde tués auprès de lui.

Vers les approches de la nuit , des femmes apporterentde la poixetdufeu; on brûlalaprison et une partie du palais, avec la principale porte. Ce hit alors que quelques-uns des notables de Mexicosortirentdeleursdomiciles,pourem.pêcber cjue rmcciidie ne les gagnât, et engager le peuple a ia-re sa retraite, après avoir éteint le feu.

Tandis qu'on Fétejgnait, les plus avides d'entre les prolelaires s'élant précipités dans le palais, le mirent au pillage , et n'y auraient sans doute rien laisse de rirlie ni de bon, si les mêmes notables ne leur eussent représenté que, plus ils pilleraient , plus ils donneraient les moyens d'être , tôt ou tard , découverts.

Cependant les plus furieux cherchaient en vain

d e tous celés Tir oi , Mexie , don G elves ; ils s'étaient échappés à l'aide d un déguisement. On ne put savoir de long-temps où avaient fui les deux premiers , apiès s'être sauvés par les jardins j mais en sut que le vice-roi , travesti par sa femme, en Gordelier (49), sans respect pour son exceUence, était sorti de la place assiégée avec un de ces moines , avait passé heureusement au milieu de la foule qui demandait sa tête , et s'était reiu'é dans le couvent de Saint- François , où il resta pendant six ou sept mois, en attendant les oii re;> de sa cour, qu'il avait fait instruire de cet éveil émeut.

Le roi d'Espagne et son conseil jugèrent bien

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( ,,.7 ) qiAme émeiïte semblaliie était de haute conséquence el clMn exemple dangereux ponr les autres parties de rAmérique^ où, comme à Mexico, dit un des c nseillers, il y aurait toujours des factieux prels à imiter Safazar et ses brigands, si l'on ne punissait au moins les plus coupables.

En conséquence, arrivèrent bieulôt dans cette capitale don Alvarez , marquis de Serraivo, nommé successeur de don Gelves, et si digne de l'être , et don Martin de Gariilo, prêîre et inquisiteur. On examina sans délai cette mutinerie; mais on eut la prudence de ne point la juger avec trop de rigueur ; car tous les nobles, se trouvant compromis pour ne s'être pas réunis à l'étendard royal au son de la trompette, auraient dû être châtiés. Troisjugesperdirent leurs charges, quoique, pour leurs excuses, ils eussent allégué qu'ils n'avaient pas osé sortir, sachant trop que toute la ville se serait soulevée contre eux.

Le tribunal trouva que les créoles avaient eu la plus grande part à la rébellion, et cela était naturel. Un d'eux , loin de vouloir s'excuser ou demander grâce , parla ainsi aux juges : « Nés au Mexique, nous avons tous la même aversion pour le gouvernement d'Espagne et pour tous ceu^ qui arrivent de ce pays, parce qu'ils nous regardent comme de vils esclaves : qu'ils perdent donc, à noire égard, leur insolent orgueil^ ou nous trouverons , tôt ou tard , une occasion favorable pour secouer le joug. »

Il fut également prouvé que tous les ecclésiastiques, plus ou moins partisans de Farchevêque, avaient lomenté la révolte; de sorte que si Salazar et plusieurs autres prêtres ne se fussent sauvés, ils auraient été envoyés aux gaièresdeBarcelonne^, suivant l'arrêt rendu par contumace.

Entre tant de coupables ^ il ii V eut cuie quatre créoles condamnés à être pendes^ enccre ne le furent-ils que pour fait de pillage: quant à cet liommeiibi-e qui s'était exprimé au tribunal avec tact d''eneFgie, on lui donna une place d'alcade à Wemego, pour cahiitr son patriotisme. Au reste il était démontré que tous les citoyens de Mexico avaient trrnipé dans cette affaire, soit de conseil^ soit d'action ^ d'où il résulta que le roi fut assez raisonnable pour préférer de les ramener à. son joug par une prudente amnistie , que de les révolter entièrement par une implacable rigueur^- mais il ■ advint aussi que cette apparente bonté rivant leurs fers, don Serrai vo , comme on Ta vu dans un autre chapitre^ iiit im|}unément exacteur, et que tous ses pareils, dont la série est longue^ furent autant d'anneaux de la cbaîne qui pèse encore sur les enfans de ces Américains.

Quoiqu'on eût terminé paria douceur ce procès politique , il n'en coûta pas moins, aux seuls bourgeois , des frais énormes, pour leur apprendre à ne jamais casser les vitres^ et don Martin de Garilio , i'inqoisileur, eût, pour sa partdansles épiées, vingt cinq mille ducats.

La conduite de Farcbevêque fut trouvée, en Espagne, bien plus condamnable que celle du vice^roi , dont les présens ^ d'ailleurs , lui avaient fait beaucoup -d'amis: le prélat resta sans emploi pendant queiques années; mais, pour ne pas désobliger tout à faitson parti, on l'installa enfin, dans son pays îîatai,su.rlesiegedeZamora, très-petiî évêclié lie ui Gastirie,oii il fallut que le pauvre bomme se cooteittàl d'un revenu d'environ i5,ooo francs, au lieu qu'il jonisscut a JMexico d'un bénéfice de soixanie mille ducais.

Pour ie comte de Gelves, il fut accueilli à la

( î ^9 ) cour avec la plus grande faveur • et son maître Jm accorda la charge de grand écuyer ^ dii^nité des plus honorables de cette grande monarchie. Ce seigneur avait bien un peu persécuté et affamé les les Indiens et les créoles ^mais il n'aimait pas îcj; voleurs, il avait beaucoup cFor^ et il descendait de Gortez.

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