‹ Mémoires de Billaud-Varennes, ex-conventionnelChapitre 3 sur 74 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Jacobinisme politique. — Ma déporîati(

Si vous faites naufrage pour ïa seconde fois TOUS ne pouvez en accuser Neptune , a dit un sage qm , sans doute, nWait jamais subi ni vu subir la déportation , pire que Fostracisme. Hélas ï ma fi eîe barque a échoué plus d'une fois , bien que ce fut toujours contre ma volonté que je m exposasse au péril • et , après tant d'orales ia rc^pubhque dU-ati , fondée par un heureux mu^' latre qui vivra dans Ihistoire, est devenue l'asile d un blanc infortuné, qui mourra loin de sa patrie parce quil voulut être un des courageux fondateurs de la république française. Hé bien , consolons nous de cette étrange destinée, en voyant T, I. , ^

celle (lu soldat qui ciel , maintenant ,

ébranla le monde Grâce an

ciel , maintenant , je re].ose du nioins en pai^ dans une case hospitalière , sur le sol de la liberté , ou je dis avec le poète :

Enfin je puis.da port, contempler le» naufrages!

Il est pénible cependant , lorsqu'on n'a point une àme personnelle, de ne pouvou- montrer de k compassion pour les malheureux naufrages

me Ses voeuxstériles Mais quand l obstacle

'S^^^y^ A^A^.\. nn doit éloienerlereeretpour

"iSTlorci: d; la Charente en .yCS , fils du Gerhier de la Rochelle , ville si fameuse autrefois mTune longue et glorieuse résistance aux ordres S'ùn despot! à chapeau rouge, jarr.va. a Paris pour être reçu avocat au parlement de ce chef-

^"Bie^tôa-llu^re désirée de 1,89 -"^ éclairer la France et étonner l'Europe par tme révolution auss fuste qu'indispensable. J en embrassai la ::use Lvec tLsport', je la soutms avec courage îela vis succomber avec doideur. On tlOu^cla ,e la VIS ^"^ ,. mémoires, rédiges de ma

™''"sulcet"ré"qv^ mémorable. A la veille Se sli Tour êtUléporté, je les déposa, dans in mui de^la maison ^lue j'occupais, r^e Sam - Indré des arcs , et qui porte aujourd hui , d.t-

""DiriaVremiere éruption du volcan politique, je me fis Remarquer .ar des écrits a^ez nei^etn^ If anrès la iournée du 10 août , dont le iucccs dùen paru àmon audace, lempo'-ta sur celui

(3) cle la commune: cliargé par elle, comme missionnaire ^ d'aller clans les dépailemens, prêcher Tardent patriotisme dont j'étais dévoré , j'enilâmmai tous les coeurs de ce sublime sein! meut, excepté pourtant à Gbâlons , où Fincivisiue de ses municipaux égarait un peuple crédide ,• et l'assemblée législative, par uxi décret insidieux, empeclia Feifet immanquable que j'attendais de mes salutaires mesures.

Nommé , le 20 septembre , représentant à la convenlion nationale, j'y commençai mon rôle de législateur par proposer de substituer des arbitres, qui auraient jugé sans salaire , aux juges de nos tribunaux: ce projet là ne passa point , grâce aux efForts de tels et tels collègues, qui, anciens juges eux-mênies , protégaient les suppôts de la vénalité. Trois jours après , je demandai que l'assemblée décrétât la peine de mort contre le traître qui amènerait l'ennemi sur le territoire français. Le 29 octobre suivant, je fis de bonne foi l'apologie de Robespierre, accusé par Fauteur du roman de Fauhlas{\) , dans une motion qu'il fît en faveur de Roland j et, le i5 décem« Ere, je fis adopter le décret contre Fex-ministre Lacoste, que Roland protégea en vain. Je provoquai un des premiers le jugement de Louis XVI, et si j'ai pu m'en repentir, c'est ce qu'on verra dans la suite de ces mémoires.

Le 12 mars suivant , après avoir exprimé mes inquiétudes à Fégard de la tyrannie que pouvait exercer le tribunal révolutionnaire, je proposai de lui substituer un jury , dont les membres seraient cboisis par les départemens.

Lemême jour, je dénonçai le ministre Glavière et Fournier, dit l'Américain; celui-ci, comme fomentant des émeutes très-dangereuses, et i@

ministre; pour les fnvorispr : toutefois je plaignis GJavièro, qui, au moment (rêtre arrêté, se tua en répr>blicain , après avoir écrit cette sentence

de Mérope :

Les criminels livuiblans sont traînes au supplice , L<'= mortels généreux disposent de leur sort.

Envoyé , peu de temps après, dans le département d'ïsle et Vilaine, je fis connaître mes alarmes au sujet de l'esprit contre-révolutionnaire qui déjà se manifestait parmi ses habitans j je demandai une augmentation de forces ^ et sur ce qu'on retardait l'envoi de ce secours, je reparus au sein de la convention , pour lui rendre , je puis le dire , son énergie répnblicaine. Je déclarai , le 17 mai, ne vouloir prendre aucune part au choix deHouchard et de Custine , en qualité de commandant de l'armée du Nord et du Rhin. Lanjuinais (2) , honnête homme , mais janséniste et modéré , fut accusé par moi d'avoir setd opéré, à Rennes, la contre-révolution, en épargnant les royalistes. Je réclamai , le lendemain , un appel nominal des députés de la Gironde, et obtins le renvoi, au fameux comité, d'une pétition dans laquelle on disait: « Citoyens le peuple est las d'ajourner sans cesse son bonheur : il le laisse encore un moment dans vos mains j sauvez-le^ ou nous vous déclarons qu'il se sauvera liu-

même. » . .

Le 25 mai, j'accusai Jacques Roux, de principes agraires etanarchiques, à l'occasion d'une adresse contre les riches : je dressai , le 1 5 juillet , un acte d'accusation contre les Giroi.dins et contre Polverel et Sonthonax , attachés à Brissot.

Envoyé, le i^i août, dans les départemens du JNord, je fus tellement effrayé des rapides progrès

que faisait l'ennemi sur notre territoire, que je revins en hâte à ia convention, pour ]ui proposer d'envoyer clans ces départemens tontes les troupes disponibles^ et de faire à l'instant une levée de défenseurs, depuis 9.0 ans jusqu'à 4o.

Le 5 décembre , j'appuyai la demande faite par quelques sections d'organiser une armée révolutionnaire. Le même jour, après avoir fait disposer quelques mesures contre les ennemis du peuple^ je fus nommé par la 3îontagne pTcskleiït de notre assemblée, et je fis d'abord décréter que le iribunai criminel prendrait le nom de I ribunal révolutionnaire. Le ïo, Tex-capucin Chabot ayant vainement demandé que les représentés et les représenîans ne puissent être incarcérés sans avoir été entendus ^ s^écria propliétiquement : a Billaud ytuseras à ton tour victime de la révolution ! »

Le I58 après un rapport que je dressai en moins d'une heure , on décréta un gouvernement vigoureux, qui fut nommé révolutionnaire. Je m'étais opposé à la formation d'un comité de gouvernement y composé d'hommes étrangers à la législature , en démontrant que les mandataires du peuple ont seuls le droit de gouverner. Le 20 janvier 179/b ia convention décréta sur ma demande qu'on exécuterait , à la tête de nos armées , les généraux ou fournisseurs qui seraient condamna à mort. On me chargea ensuite de rédiger un acte d'accusation contre tous les rois de l'Europe. Je développai , le i4, la conspiration d'Hébert. Le 20 juillet , je gourmandai Tallien , qui se plaignait de la secrète surveillance exercée par le comité contre certains représentans , çiont il faisait partie.

Jusques-là , on le sait , j'avais paru marcher sur la hgne de Robespierre; cependant, le 8 thermidor, ce fut moi-même qui l'attaquai avec le plus

(6) d'audace, et lui portai les premiers coups : son masque était tombé. Le lendemain ^ je renouvellai mes attaques, avec cette énergie qu'on m'a toujours connue, et contribuai à la perte de cet Oppimiiis aux ailes de pigeon.

Six jours après sa cbute^ j'élais sorti du comité suprême, bien volontairement. Accusé par Lecointre et par Legendre d'avoir été le complice de Robespierre , je fis tomber cette accusation, en invoquant Tordre du jour.

Comme j'avais gardé , depuis, un assez long silence , dont les jacobins se plaignaient , je signalai à leur tribune les manœuvres des royalistes , et ap- ])e]lai le réveil du lion. « Il n'est qu'endormi^ m'écriai-je j mais on renchaînera , si vous permettez le triompbe des révolutionnaires. F'ox clamari' tis in deserto ! »

Après une lutte pénible, je me vis, sans surprise et sans terreur^ décrété d'accusation avec CoUot d'Herbois^ Vadier , Barrère , sur un rapport de Saladin , au nom de la commission des 2 r , et condamné , sans jugement, le 12 germinal an 3 ^ à être déporté avec mes prétenduscompiices.lSous fûmes arrêtés le lendemain, et mis en route pour Cayenne (3) : cependant le décret fut bientôt rappoité , par un effet de la seconde émeute de prairial, et nos ennemis décidèrent que nous serions

jugés par le tribunal criminel de la Cbarente

Mais cet ordre arriva trop tard : la destinée voulait sans doute que j'allasse remplir dans les Indes-Ocoidentales une nouvelle et différente mission. Barrère avait fui en cbemin , et moi , GoUot , Yadier, nous voguions , en jurant un peu contre les rouges et les blancs , vers les côtes de la Guyane (4).

En débarquant , je fus séparé de GoUot, le poète histrion , et de Vadier, l'homme aux soixante ans

/ de vertus , qui ne tardèrent point a mourir de la fièvre révolutionnaire ou naturelle. Transféré à Sinnamari (5) , où j'échappai aux périls les pins imminens, je m'y trouvais à Farrivée des déportes du 1 8 fructidor.

Ce fut ici, surtout , que redoubla pour moi cette série d'a^' entières et de souffrances, que j'ai racontées en détail dans mon Journal imprimé à JNew- Yorck , en Fan 8 de la république (6).

Tant de lecteurs doivent connaître ainsi ma vie privée et politique, américaine et solitaire^ jusqu'à répoque de cette publication ^ (]ue je ne répéterai point dans ces nouveaux mémoires , mes entretiens divers avec Barthélémy, Pichegru et leurs camarades \ mes liaisons politiques et amicales avec l'abbé Brothier , qui eut i'honnenr d'en-tamer ma conversion (7) , mes diatribes bistoriques contre M. Barrèrede Yieuzac . deux éditions suc- ' cessives de mon Journal en ont sans doute instruit l'Amérique et l'Europe.

Gela posé, je me borne aujourd'hui à raconter tout simplement et sans réllexions oiseuses , ce qui ne concerne que moi dans la nouvelle et bizarre carrière où m'a lancé la volage fortune ;, seule reine de l'univers.

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