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CHAPITRE XXXII

Étape monastique. La nuit dans le désert.

O.ï.r If 1 ""''p''" ' 'f"^" "«™™« également Oaxaca, chef-heu d'une intendance, siège d'un eveche, vdle cons dérable , à soixante-dix liev"e^ de Mexico. Située dans une vallée aussi riante que fertile , elle fut donnée à Cortez, le conquéram par la cour de Castille,etil en prit le nom dé marquis del Vallès.

^ Comme toutes les autres villes de l'Amérique a la reserve des places maritimes, celle-ci est ouverte : point de remparts , de bastions , de citadelles; mais .1 y a... deux pièces de canon uni sont tirées à la fête du roi /de son représentar du gouverneur et de l'évêque. reniant,

La vallée peut avoir quinze milles de Ions sur dix de large , et elle est aro*ée d^une belle rivière tres-poissonneuse. On trouve sur ses bords une infinité de troupeaux , qui fournissent delal^e""

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( i48 ) drapiers de la Puebla, de cuirs les marcliands espagnols, et de viande Giiaxaca , ainsi que les cites voisines j mais ce qui rend surtout cette vallée fameuse , ce sont les excellens chevaux qu on y élève. IN'oublions pas que , comme on fait aussi du sucre dans les fermes et que les fruits y sont délicieux, Guaxaca fonde surtout sa renommée sur les meilleures confitures de tout le nouveau

monde... .

Puisque nous en sommes aux choses de premières nécessités , remarquons y de plas sept a huit couvens des deux sexes, tous extrêmement riches- le seul trésor de celui de Samt-Dommique est estimé neuf miUions. En général , si les rehgieux brillent comme musiciens, les religieuses excellent dans la fabrique des conserves , de iatola semblable à notre lait d'amende , du chocolat a la vanille , qu'elles envoient à Mexico, partout, jusqu'en Espagne, pour les déjeuners de la cour; elles pourraientmêmeenrevendre a notre Giand

MonarQU^'

Guaxaca s'est enrichie par un commerce, qu'on opère, avec sûreté , de cette ville a Vera- Cruz, ef. réciproquement, parla grande «viere d'-^lverado , que les barques remontent ,usqua Zapotecas et sl.nt- Alphonse, petites vdlcs voismes

'^^S^Fon nTconnaissait la négligence et l'incurie des oppresseurs de l'Amérique, on pourrait s étonner de ce que tout le long d'une nviere quon peut remonter de la mer jusque dans le cœur du pays , 1 n'y a pas un fort, une tour ou un corps de garde muni d'artillerie. Les Espagnols vous reponiraient que ce fleuve ne reçoit point de gros navL^s- comme s'il était impossible de construire des prames, des brigantins pareils a ceux dont

( i49 ) ils se servent^ et d'aller visiter leurs saints avec ces petits bâtimens.

Guaxaca est si commodément placé entre deux mers ^ ayant au nord , la Vera-Cruz et Tecoantepec au sud ^ elle jouit d'un air si tempéré^ ii s'y rencontre une telle abondance de tout ce qui est nécessaire au bien être de l'homme ^ que j'y aurais très-volontiers établi ma demeure y si l'on iie m^eut appris que les religieux créoles y étaient en grand nombre ^ et y montraient la même aversion pour les moines d'Espagne , qu^ leur frères de Mexico. Tous ces Irocards^ les jeunes, seront avant peu , des guerriers : selon les temps ^ comme les licux^ on fait des moines des soldats ^ ou des soldats des moines.

Un nouveau trait de cette liaîne inexorable fut dirigé , la veille de notre départ , contre les mânes d'un dominicain espagnol, d'un docteur en théologie , qui était estimé de son vivant comme l'oracle du Mexique. Ce bon vieillard, qui venait de mourir en véritable odeur de sainteté , n'avait jamais donné aucun sujet à ses confrères régnicoles d'attaquer justement sa réputation : à peine eut-il fermé les yeux , qu'ils cherchèrent dans sa cellule s'il n^y aurait pas quelque chose qui pût leur servir de préte:jfte pour noircir sa mémoire. Ils trouvèrent un petit coffre , où était quel qu'argent qu'il n'avait pas déclaré au prieur , violation criminelle de vœu de pauvreté , affreux délit que l'on devait punir par l'excommunication. Ils publièrent donc partout qu'étant mort excommmiié^ il ne pouvait être inhumé en terre sainîe^ de manière que le docteur fut enterré dans un jardin , avec sa réputation. Si l'on eut visité les cassettes de ces messieurs^ on y aurait tro^syé sansdoute plus d'argent prohibé que dans le Coifre du vieillard^ dont le cœur était charitable.

Ce lugubre incident hâta notre départ d'un si agréable séjour. Nous apprîmes bientôt que les Indiens avaient l'ordre , émané du gouvernement delà province^ de donner logement, table ^ et cheval, de viile en ville, de Village en village , au moine voyageur qui n'aurait pas d'argent, pourvu qu'il écrivit sur le registre du greffier la dépense qu'il aurait faite, et ne passât'pas plus que vingt-quatre heures dans chaque station.

Est-ce le roi ou ses nobles commis qui paient ces étapes? A la fin de l'année, les Indiens sont obhgés de porter les mandats au régidor dont ils dépendent ; celui-ci approuve et acquitte la dénense annuelle sur les deniers pubhcs de la ville et des bourgs^ et cet argent provient d'une dîme particulière : ainsi jusqu'aux bienfaits accordés par le prince , tout est supporté par le peuple. Quel Atlas, que ce peuple, dans mille et un royaumes 1 II est vrai que , de temps en temps , ne pouvant plus soutenir un fardeau immense^ il le jette à terre et le brise. Mais ces bienfaits encore^ dont le monarque a seul l'honneur ^ ils seraient refusés à des hommes utiles qui manqueraient de tout ^ et ils sont prodigués à de fainéans gyrovagues qui ne manquent jamais de rien. Pour nous , moines errans aussi , nous eiimes la pudeur dene point accepter Fétape monacale^ paVceque

nous a vionsi'audace, comme de pauvres déserteurs que nous étions, de nous camper à des tables choisies , avantage au surplus que n'a poin t toute lajrocaille.

Je me dispense de nommer les bourgs et les villages qui^ depuis îa cité donnée au conquérant jusqu'au terme de notre course , offrent peu d'intérêt. Antequera, parmi les villes , n'a rien non pins de reiiiarquabîe , si ce n'est qu'elle est habitée par un grand nombre d'î ridions*

Nixapa y située dans un territoire où abondent le cacao , le sucre ^ l'indigo et la cochenille , a une image de la Vierge qu^on dit avoir fait des miracles: ce qui n'en est pas un , c'est qu'on vient l'honorer de vingt lieues à la ronde , et que cette dévotion augmente les richesses d'un couvent de Dominicains y OÙ nous reçûmes le couvert ^ assez mesquinement, pendant trois jours ^ comme à la Trappe.

Agatolco, Capilata sont remarqués par l'excellence des melons d^eau qui croissent dans leurs environs et qu^on appelle sandias}, ils fondent dans la bouche comme la neige , et appaisent bientôt la soif que cause une grande chaleur dans ce pays bas et marécageux.

Tecoantepec est un port situé sur la mer du Sud et mal fortifié : il reçoit les petits navires qui font le cabotage de ce lieu à Acapuîco , à Guatimala, à Realjo et jusqu'à Panama j les bâtimens qui vont du Pérou au Mexique , relâchent dans ce port , s'ils ont le venr contraire. Près de la ville, est un couvent de Franciscains, où se sont glissés certains moines renouvelles, non pas des Grecs , mais des Jésuites. Ce port est fameux pour la pêche : nous rencontrions quelques fois sur la route qui y conduit , de quatre-vingts à cent mulets tous chargés de poisson salé pour Guaxaca , Mexico et la ville des Anges. Nous fûmes hospitalisés (54) chez un opulent espagnol où il n^y avait pas moyen de prêcher la philosophie ; le jeu sans doute n'en eût pas valu la lumière ; mais une pistole brilla dans la main de chacun de nous , et cette fiche de consolation nous prouva qu'un aristocrate est parfois bon à quelque chose.

De cette place maritime à Giiatimala , tout le long de la côle, le chemin est^ dit- on, asse;^

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nm; mais comme notre dernier hôte nous avait conseillécraller à Cliiapa^, ou nous avions des frères de notre ordre, dont les chefs étaient bienveiilans ^ et où nous pourrions exploiter les suites d'une épidémie, en attrapant chacun une petite cure, ou du moins un vicariat^ nous dirigeâmes notre marche vers les hautes montagnes qVon nomme Quelenas, lesquelles font partie de la chaîne des Cordih'ères.

Pour gagner Tapanatepec, situé auprès de ces monts, il faut d'ahord traverser une plaine trèsétendue et découverte du côté de la mer ; mais lin vent du sud qui en vient, souffle avec tant de force, qu'il obHge par fois le voyageur à quitter sa monture, et que personne ne demeurée dans ce désert , où la violence du vent renverse les maisons, ce qui n'empêche pas que cette plaine inhabitée ne soit remphe de bestiaux tant sauvages que domestiques.

Nous soupâmes le premier jour en pèlerins, à rase terre, près d'un ruisseau^ nous dormunes sur îe gazon, édredon de la providence , comme dit l'auteur à'Jtala^ nous n'y craignîmes pas les raaringouins (55), car l'haleine du vent les chasse , et, le lendemain , vers le soir, nous pressâmes le pas de nos chevaux pour atteindre Estepec. Hélas ! mon palefroi étant moins vigoureux que ses cinq camarades, je restai derrière leurs maîtres, qui^ <îr<)yant que je les suivais, se hâtaient d'arriver au bourg avant la nuit, tandis que mon coursier^ rétif par excès de fatigue ^ voulait à tout moment s abattre et se couchej\ Je ne croyais pas être loin de la bourgade; je mis donc pied à terre pour le conduire par la bride , maij l'animai se coucha aussitôt, et ne voulut jamais se relever. x^le voilà fou embarassè ; car si je me hasarde h

( i53) gagner seulle gîte en laissant là mon cheval tout sellé ^ je cours le risque de le perdre, et moi de m'égarer^ le crépuscule étant déjà éteint; que si je suis assez heureux pour trouver ce soir Eslepec, comment, demain, retrouverai-je la monture deans ces savanes éternelles, où il n'y a pas même un arbrisseau pour l'attacher? Allons^ il faut bien se résoudre à coucher, sans souper, sur l'herbe, à moins cpie nos amis ne viennent me chercher pendant la nuit dans cette solitude^ qui ne vaut pas celle de Mexico. Bientôt je m'étends sur la terre , la selle du cheval, me servant d'oreiller 3 je le laisse paître à son aise ; il soupe, lui, mais je suis consolé de lui voir reprendre ses forces et ([ue nous pourrons faire, le jour suivant, nos dix à douze lieues.

11 y avait à peine une heure que je m'étais couché, sous un ciel demi-sombre, ayant toujours l'oeil sur ma bête, de peur qu'elle ne s'égai^ât, lorsqu^m bruit étrange, alarmant , vint frapper mon oreille: c'était d'abord comme des hurlemens d'une troupe de chiens qui accouraienl dans cette plaine pour s'y repaître de quelque proie morte ou vivante; plus je donnais d^attention à ce sinistre bruit , plus il semblait , de difFérens côtés, se rapprocher de moi ; je remarquai alors que cène pouvait être un aboiement de chiens, parce que j'entendis certaines voix confuses , comme celles d^hommes mêlés avec des animaux sauvages. Une aussi fâcheuse aventure , arrivant à un pauvre diable qui se voyait tout seul au milieu d\m vaste désert, me fit hérisser les cheveux et me remplit le cœurd'une si forte crainte, que j'eus tout le corps inondé de cette sueur froide qu'éprouve un voyageur sous le fusil de plusieurs assassins. Que fait-il alors? il prie Dieu : je le priai.

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