CHAPITRE XVIÏ
Les Fêtes. — Produits d'une Cure.
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Pourquoi faut-il que la simplicité , que la can» deur soient toujours les victimes de l'imposture et de rhypocrisie ? C'est que la colombe ou l'agneau ne devaient pas être armés du bec ou des griffes de l'épervierou du renard 5 mais l'aigle et le tigre sont là , qui dévorent les dévorans , pour tomber h leur
tour sous la flèche de Thomme , ce roi des destructeurs, qu un insecte pourtant met par fois au rang; des atomes. ^
Yotre agneau, blanc ou noir, votre colombe olive ou iauve , ont reçu bec et on^le : s'ils ne s'en servent pomt , leur inteîlioence bornée , d'une nature miéneure ou presque nulle, ne les rendelle pas, de droit comme de fait, esclaves des vautour., cl des vvu^vdscenticolows?.,. Ce n'est pas le ipcteur qui dit cela ! Il esî trop juste et trop liumam pour raisonner si durement, et comme il sait que nos américains sont hommes , il dira plnloi avec uioi que, si l'homme était destiné pour i esclavage, le créateur en eut fait une brute et Bon pas un être pensant. Sur ce, je reprends mou esquisse.
Au jour de Fan , il n'est si pauvre diable qui noitre au saint- pasteur à^s vœux sonores ou ¥ivaus pour ses élrenues 5 mais le jour de la Chandeleur e^st un de ceux où se font les grandes re». celtes : on^ promène en procession limage de la Vieige ; elle arrive devant le maître-autel , tenant Cioq Cierges dVine mam , de l'autre autant de touFîereiles, qu'elle paraît offrir au prêtre , et qu'd accepte tout de bon; chaque personne un peu aisée doit imiter uu si auguste exemple; mais Aqs cioq cierges présentés pour étnî bénis avec les tourterelk^s , ou n'en remporte qu'un ; les autres resteni au curé , de qui les Indiens les rachètent eufeuiie, eu les payant {Ans cher , parcequ'ils .^ont Ih^nis. Que d'oiseaux ! que de cierges ! c'est une bénédicliou !
• Si 1; s tidr'ks sont aussi fort exacts à suivre les cérémonies de la semaine sainte, les préires ne le sont pas moins à faire édifier dits reposoirs funèbres, qu'ils gardent jour et nuit. Liaiérieur^
figure
surtout le taLcriiacle, est brillant d'or et de lumières 5 la cire brûle ^ mais un crucifix , à rentrée, s^élève sous un crêpe, entre denx plats d'argent et deux enfans de cliœur, qui reçoivent les simples ou les doubles réaies , qu'on apporte à genoux : outre cela, le sacristain fait une quête dans toutes les maisons, pour faire face au coût du luminaire. Je ne puis oublier les disciplines ; ceux qui en ont le goût, honmies et feuinies , en trouvent à louer chez le bedeau.
Nul des sept sacremens n'est sle'rile pour les curés : la communion est toujours accomj)agDée de la réale ou du dollar 5 et comme on ne refuse le pain consacré à personne , cet article avantageusement au budjet des recettes.
On célèbre la Pentecôte , comme toutes les grandes fêtes , d'une manière dramatique : pendant le J^eiii Creator^ le pasteur se tient à l'autel, le visage tourné vers son troupeau | soudain une blanclie colombe, dressée exprès, s'élance de la voûte et vient se poser sur sa tête, tandis que plusieurs anges, apparaissant au laîle des colonnes, jettent des fleurs sur ledit chef pour mieux symboliser les grâces du Saint-Esprit sur sa personne : alors les Indiens , toujours imitateurs , font aussi leurs présens.
La Fête-Dieu est si brillante, si pompeuse, si magnifique , même dans nos simples bourgades , que je n'oserai la décrire, de peur d'humilier les caiboiiques de la capitale du monde.
Toutes les autres fêtes ne sont pas moins fastueuses et productives.
Danscbaque église, un tronc particulier, placé près
d'une armoire ad hoc, reçoit le numéraire destiné
au rachat des âmes détenues dans le purgatoire (23):
le pasteur eu a seul la clef (du tronc); a-t-il
T. lu 6
besoin d'argent , il y trouve souvent jusqu'à de» piastres, pour lesquelles, du moins, il devrait dire des prières.
Parce qu'une chose perdue doit appartenir à quelqu'un, l'Indien qui la trouve, s'il n'en connaît le vrai propriétaire, l'apporte exacleraent au prêtre , qui place l'objet dans le tronc ou l'armoire des trépassés , à fonds perdu. On a trop souvent remarqué qu'un Espagnol , faisant une trouvai le , fût-elle riche, n'est presque jamais lapporltur. Une des meilleures pratiques de mon vicaire, confesseur indulgent, ayant trouvé sur le chemin un patagon ( trois francs ), vint, quelques jours après se confesser, et lui donna la pièce , en disant qu'il n'osait la retenir, de peur que lésâmes en peine ne vinssent la lui demander. A Petapa , les offrandes du jour des morts s'élèvent ordinairement de trois à quatre cents dollars, environ autant de volailles, mille œufs, douze boisseaux de bled , etc. , et une centaine de cierges.
Les fêtes de Noël, sont célébrées aussi avec grande dévotion. Les Indiens commencent par tendre la place de toiles ou sont peints un paysage^ des brebis , un berger^ puis ils construisent une étable assez vaste, couverte en chaume, qu'ils nomment Bethléem : une resplendissante étoile en transparent illuminé, avec une queue dirigée vers l'Orient , s'élève , comète des Juifs, sur le toîtde cette chaumière, dans laquelle, une crèche , portant l'enfant Jésus en bois doré, a, d'un côté, la Vierge, et de l'autre , Joseph , représentée de même 5 près d'eux, un bœuf €t un âne réels sont amenés avant minuit pour réchauffer le saint berceau de leur baleine ; et autour d'eux sont des figures d'anges, qui tiennent une harpe |. un violon , une guitare,
Mais minuit sonne ; aussitôt la procession sort de l'éi^lisCj au bruit des cloches , des trompettes, des tambours et de la musique; M. Talcade ouvre la marche en grand costume ; viennent ensuite les confi éries des hommes , bannières déployées , puis l'étendard de Saint-Michel, puis les confréries du beau sexe , puis le clergé , puis les trois mages que représentent un créole, un indien et un noir libre j mon secrétaire, est le roi Meîchior ; enfin , suit le peuple fidèle, et chaque individu est muni d'un cierge allumé , mais il fait quelquefois du vent. Arrivés à l'étable, qui de tous côtés est
ouverte , les rois se
mettent à genoux devant
la
crèche, offrent l'encens, la myrrhe et l'or; le curé entonne un jNoël, que chante tout le peuple au bruit de la musique et des fanfares, et, pendant le tapage , les confrères et les consœurs , en bergers et bergères , tous les paroissiens défilent deux à deux pour offrir leurs présens , tels que fruits et fromages, chevreaux, coqs d'Inde, agneaux, dont les deux tiers sont vendus au marché par mademoiselle Janille, et l'autre est 'partagée entre les prêtres et les pauvres. Le cortège retourne au temple : dès que l'office est achevée, réveillon général, ballet ensuite sur la place, au lever de l'aurore, à Tentour de l'étable, et parmi les danseurs^ on voit sauter des jioges, avec de grandes ailes fixées à leurs épaules ; puis un Saint- Jean , suivi de son petit mouton , donne la main à une Madeleine ; ces deux représentans de saints, sont ordinaire meuL choisis pour leur beauté comme pour leur sagesse; mais on admire en eux , la fidélité du costume : enfin , le bal ne sert pas peu pour attirer à la cérémonie et les chrétiens et les offrandes.
Ah ! j'allais oublier la Saint-Michel , fête de la paroisse, où tant de cierges... Je m'arrête. Vous
■'«il
pourriez bien me dire ce que i'auleur à'Émik disait à îa sonate : Cierge^ que me veux-tu ? ^ Les ecclésiastiques ne sont pas les seuls qui s'engraissent aux dépens des laborieux et maigres Indiens ^ mais , généralement , tous les fiers Espagnols, qui, la plupart, étant oisifs et paresseux, s'enrichissent à volonté du travail de ces pauvres gens, les chargent de tous leurs ouvrages, inventeut chaque jour quelque nouveau prétexte pour rapiner sur eux , leur enlèvent en un instant la Biedieure partie de ce qu'ds ont acquis avec beaucoup de peine, et les tondent enfin comme des mérinos. Depuis le vice roi , jusqu'au dernier commis , combien de loups , pour un mouton ! Et ce mouton encore, pour n'être pas montré au doigt par ses compatriotes , doit affecter , aux yeux des [ndiens, le ton de l'ours et la morgue du paon .
On amis des impôts sur tout, excepté sur les sauterelles , qui ravagent souvent cette contrée, excepté aussi sur la lièvre nommé tabardillo , qui désole par fois mainte bourgade, excepté même sur les uracanaSj qui renversent toujours des arbres, des maisons , excepté enfin sur les suites des éruptions volcaniques, des tremblemens de terre: mais, frappé d'un de ces fléaux, si l'on échappe à de nouvelles taxes , on n'esquive jamais de nouvelles offrandes Au milieu d'un de ces désastres , le curé, s'il n'est pas sensible, pleure d'un œil et rit de l'autre: messes, processions , prières , tout est employé , tout rapporte.
Une tabardillo des phis malignes devint, surtout à Petapa, très-lucrative, par les vœux et les dons, et, dans l'espace d'environ trois semaines, Hous enterrâmes une centaine de chrétiens à 3 dollars , l'u^i dans l'autre, par tête. Huit jours après,
arriva notre înaricnr, coiiinie un aiiire désaslre , pour éviter ou réparer iiii dt llcil da^is les tributs fiscaux; et sa pré^sMici^ ne pouv^at altérer les deniers que lève réi^lise. Si les prèires d'Europe subsistent surtout de naissances, d hymens , de morts, on pourrait dire qne ceux de Gualunaîa vivent souvent de sauterelles, et fondent aussi leur cui» sine sur les tempêtes ^ les volcans ^ les Iremblemens de terre.
La nature éternelie , au gré de son envie j Sait toujours de !a mort iaire naître la vie.