CHAPITRE XIX
Le Visiteur. — Un bulletin.
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De retour dans notre paroisse , j'appris d'abord
que monseigneur rofficial, qu^on n'y avait point
vu encore (lepuis que j'occupais la cure, y était
venu en tournée, dans son carrosse; qu'on lui
avait fait croire que ma santé, très -affaiblie par
des travaux continuels , m'avait forcé d'aller
prendre des bains à Aqua-calientej qu'il avait paru
satisfait de notre gestion canonicale ; mais un peu
étonné des trois inscriptions placées par moi au
frontispice de l'église , à la porte de la maison
presbyiérale et à celle du cimetière , intitulé ,
par moi aussi , champ du repos 5 qu'après avoir
pris note des susdites inscripûons , il avait déjeuné
au presbytère, dîné chez don Gusman, goûté chez
don Minskos, le polonais, et soupe chez don Pa-
lomèque , lequel , malgré son avarice, l'avait
traité comme un légat.
Il prend des notes?... Moi aussi! mais il loge précisément chez l'un de mes... chez le seul ennemi que j'aie rai nouveau monde ? Eh bien ! j'ai en revanche d'assez nombreux amis , à la tète desqTiels je place mon vicaire, mon sonneur, mon alcade , don Alvar et mes deux prieurs.
J'apprends, de plus , des choses extraordinaires^
( 9^ ) giiine metoonentpoint, et me consoleut d^iii i?ojage mutile^ comme d'mie visite... assez contrariante.
Ainsi que je l'ai dit dans îe chopitre précédent, les gazenes ici sout nulles 5 la posie n'est pas/ranche, ie veux dire que ceux qui la dirigent, sans être gens de lettres y devraient savoir au moins cfoe violer je secret des familles, c'est abuser de la confiance publique , coomiettre un crime de lèze bonne^foi. On joini la négligence à l'infidélité, sorfout envers les citoyens qui paraissent avoir peu d'importance ; pliis'^tl'nne lettre vous parvient (raturée d'une main bureaucratique, recachetée d'une patte inoiïicieuse ), trois mois et plus après sa date^ comme si elle était partie de Paris ou de Morne : est-ce oubli , sur ce point , ou hazard fait exprès f
Biais ]es détails choisis que je reçois de Mexico par le canal du digne M***, YÏce -regulador de ^olre peiii calbido , ont pu braver la poste 5 car il les a écrits en chiffres de convention , en encre sympathique , dans les interlignes des pages d'un volume de St. -Jérôme, et me lésa expédiés dans «Q paquet cacheté de son sceau, sous le couvert de notre bon prieur.
Il y a là bien des nouvelles qui, en Europe, seraient vieilles depuis long-temps; mais où nous sommes, le nouveau ne s'apprend qu'au bout d'un an ou deux. Les premières autorités les nobles et les prêtres du haut parage, sont instruits, de ce côté-là, ce qui ne peut être autrement ; les principaux négocians le sont quelquefois ieux, ce qui est naturel; îe peuple ne sait lien , ou sait très-peu, ou sait fort tard, ce qui est juste.
Traduisons, pour l'histoire , ce premier bulletin
secret j qu lin vrai patriotisme n écrivit que soui la dictée d'une IVancliise iinparliale. M*** ne m'instruira par la suite , dit-il en post-scripium , que des faits arrivés dans la Nouvelle-Espagne^ parce que de toutes les scènes dont FAniériquc va être rininicnse théâtre, il ne verra probaîjleoicnt que celles du Mexique , de sa patrie , qui , au surplus , doit rintéretseï* avant tout. Je le suivrai avec exactitude^ car, ce pays que je connais autant que lui, que j'explorai plus que lui-mèoie , m'attache presque à un é^^al degré par des nœuds d'amitié et de reconnaissance. Ce que je n'ai pu voir par ses yeux ou les miens dans les autres contrées du vaste territoire où s'exécute ce ^rand drame, ne sera exposé dans mes récils, souvent interrompus par des incidens personnels , qu'en sommaires ou abrégés impartiaux et authentiques : plus d'un écrivain libre saura traitera part et sur les lieux, chaque partie de cette histoire , qui de-? mande un Yoltaire ou du moins un RaynaL
L'odieux esclavage , dit M**^, l'infâme servitude, nés de l'accouplement du fanatisme avec la tyrannie (26) , avaient déjà, depuis trois siècles 5 fait éclater plus d'un soulèvement au nouveaumonde.
En 1780 , sans remonter pkis haut ^ une injustice qu'éprouva don Tupac -Amara , riche péruvien , l'insulte atroce qu'il reçut d'un corrégidor ^ firent sentir plus vivement aux Indiens l'état d'abjection où ils étaient tenus, le système oppressif du maximuin ou repartimento ^ et le poids des nouvelles taxes. Une insurrection s'alluma aa Pérou 5 des hommes généreux s'étant dévoués pour la cause de Tupac-Amara et de la liberté , propagèrent en peu de temps l'esprit d'indépendance j la résistance s'étendit sur trois cents lieues de ter-
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nioire,et amena les plus terribles scènes, qui, cependant , restèrent inconnues pour le reste de l'Amérique et pour toute l'Europe , hors le cabinet de Madrid.
La querelle dura trois ans, avec des succès variés 5 on avait proclamé Tupac ( descendant des Incas ) souverain du Pérou : mais bientôt la difficulté d'avoir des armes et des munitions , découragea les insurgés, qui n'attaquèrent plus qu'avec molesse, tandis que l'armée espagnole, supérieure en force et secondée par les créoles^ malgré leur vif désir d'un régime nouveau , mais où ils primeraient, obtint les plus grands avantages. Tupac et plusieurs autres chefs de l'insurrection furent pris tour à tour et mis à mort d'une manière révoltante.
En 1781 , le régente don Pinéres voulut soumettre, de son chef, la Nouvelle-Grenade à des taxes nouvelles. La province de Socorro , une des plus actives et des plus populeuses de cette viceroyauté , se déclara ouvertement contre cette mesure. Dix-huit cents hommes se rassemblent et marchent contre Santa-Fé de Bogota , criant : J^we le Roi l mort à nos mauvais gouverneurs l La capitale se trouvait sans défense ; les insurgens s'avancent en triomphe jusqu'à la plaine, appellée Mortuco y à douze lieues de Santa-Fé, où ils rencontrent l'archevêque de Gongora, à cheval, revêtu de SQS habits poatifîcaux, tenant une hostie dans ses mains... A cet aspect inattendu , les insurgés s'arrêtent , saisis d'étonnement et pénétrés de crainte : le prélat, profitant d'un moment aussi précieux , propose un accommodement à leur chef Salvador 5 la conférence a lieu ^ et l'insurrection s^cfvanouit,
Avi commencement de l'année y 797, des créoles,
las de leurs chaînes, et des espagnols éclairés par les ouvrages des philosophes de la France , formèrent un projet de révolution à Caracas. Ils traitèrent avec mépris le gouvernement espagnol , parce qu'ils se fiaient à la protection de l'Angleterre, en raison du plan , bien connu , du fameux Pitt , de rendre indépendante la Terre-Ferme , pour l'intérêt de la grande-Bretagne. La conspiration fut découverte, au moment d'éclater, et les chefs principaux , don Gual et don Espana , se retirèrent dans une île voisine 5 mais le dernier fut découvert, deux ans après , arrêté et pendu.
En 1806 , pour aider le parti révolutionnaire en Amérique , le cabinet anglais paya les frais de l'expédition de Miranda , péruvien-français , à Yénézuéla, et envoya, un an après, celle queYVhilelocke , officier peu connu , dirigea à Buenos- Ayres 5 mais aucane des deux ne réussit : il n'y a guère de succès à obtenir quand la fortune ne seconde pas le talent , et Miranda , général dis-
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n*eut jamais de bonheur c
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