‹ Mémoires de Billaud-Varennes, ex-conventionnelChapitre 59 sur 74 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Doléances. — Sage conseil,

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Les diverses incursions faites par les Français et leurs rivaux sur les côtes de l'Amérique soumise aux Espagnols, obligèrent ceux - ci à augmenter leurs foi ces militaires pour secourir les garnisons des ports^ en cas de nouvelles attaques. Mais les commotions civiles nécessitaient surtout Taccroissement des moyens belliqueux ; il fallut meUre les chefs-

lieux à-mérae de doiioer et de recevoir des secours en cas d'énieote ou de sëdiiioii j et , cependant, quoique les troupes fussent particulièrement concentrées dans les capitales , on eo gardait quelques-unes dans les provinces , pour assurer leur iidélilé incertaine et imposer aux moteurs d'insurrections.

En observant d'un œil philosophique rattachement des Espagnols pour leur pays^ le timide respect que les créoles conservaient pour l'Espagne. le faible caractère des Indiens et l'état d'insiiïniiiance moral et politique où se trouvaient les autres races, on ne s'étonne pas qu'ils se soient laissés gouverner , pendant des siècles, par des lois établies dans un pays si éloigné du leur , sans tenter un effort réel et soutenu pour conquérir leur li- Lerté : lors même que des caractères entreprenans s'efforçaient d'opérer ce qn'on nomme , avant le succès ^ une rébellion , la facilité singulière avec laquellele gouvernementespagnoi étouffait la révolte s'explique aisément, d'un côté,par la vigilance deschefsjlezèleardentdel'inquisidon^etde l'autre, par l'apathie ou l'indolence des créoles , suite trop naturelle de leur molle éducation (27).

Je ne prétends pas , toutefois , dire que les Américains , respectant la cour de Madrid , en fussent satisfaits , et j'affirme, au contraire , qu'elle leur inspirait le plus vif mécontentement ; mais Cjuoique dix volumes ne pussent contenir le précis de leurs justes plaintes , puisqu'ils se trouvaient opprimés par l'avarice et l'insolence , l'égoïsme et l'ambition <, j'exposerai, en peu de mots, leurs principales doléances.

ils se plaignaient , 1^. , du pouvoir tyrannique exercé par les vices-rois ^ les capitaines-généraux,

les gouverneurs , qui éludaiem souvent les lois et niéine les ordres du {)rince ;

2°. Que Vaudiencia n-'ciait jamais composi^'e que d'Européens , seuls juges dans tous les procès , et qui iuierprétaieuL toujours le Code en leur faveur ^

3o. Que cette audience arbitraire prenait souvent des décisions clandestines, prononçait îe baiiissement et rendait une foule d'arrêts cruels sans jugement légal 5

4<^. Que le gouvernement les traitait avec méfiance 5 malgré la loyauté dont ils avaient donné des preuves dans la guerre nommée de la succession pour le troue d'Espagne, en résistant aux propositions de la France et de l'Angleterre 5 et surtout, malgré le courage , le dévouement qu'ifs avaient déployés lorsque Euenos-Ayres et Carthagène furent lour-à-tour attaquées par une escadre anglaise 5

5\^ Qu'ils étaient obligés de supporter les insultes d'un Espagnol , même de la dernière classe , par cela seulement qu'il était né dans la mère pairie ., et qu'il se regardait en cette qualité comme un être d'une nature supérieure , et comme maître de l'Amérique esclave. (Parmi plusieurs exemples que je pourrais citera cet égard, je me borne à ceux-ci: les citoyens de Mérida , dans la province de Yénézuéia , demandaient à la cour Li permission de fonder nu collège universitaire; l'ad» uiinistration fiscale rejeta la pétition , parce qu'il n'était pas nécessaire ni coiwcnahh de propa<yer r instruction dans F Amérique y dont les^habitans indigènes paraissaient destinés par la nature à travailler aux mines. Dans un arrêté solennel

rela

lif

au commerce , le conseil des cous

11] s de

Mexico déclara c^nv. les Indiens étaient uud race

T. JX. n

4ii

abrutie , pleine d'ignorance et â^e "vices , des au tomates indignes de représenter et d'avoir des représentans, )

6». Que la convenlioii originaire faite entre le monarque elles premiers colons de T Amérique , par lequel acte, il était stipulé : que les emplois publics géraient donnés de préférence aux premiers conquérans de ce pays , (28) , aux descendans de ces héros , ^w.^ pacificadors y aux colons, même aux indigènes , n'a pas reçu encore son exécution. ( Sur cent soixante vice-rois et plus de six cents officiers supérieurs , nommés par la cour espagnole pour administrer l'Amérique , on ne Comptait pas \ingt créoles, encore n'avaient-ils obtenu de l'emploi que parce qu'ils avaient été élevés en Espagne, avantage dont jouissaient bien peu d'Américains , puisqu'il leur était défendu de visiter la péninsule^ «ans la permission expresse de Sa Majesté Catholique ^ laquelle en était fort avare. )

70. Que l'Espagne étouffait toute industrie en Amérique , en ne permettant pas d'y établir aucune espèce d'usine ou de manufacture 5 et que malgré l'impossibilité où elle était de fournir les denrées que consomme le peuple américain , elle restreignait la culture, ou la défendait même entièrement sur son territoire natal.

Arrêtons -nous un peu et seulement sur les restrictions que la mère-patrie mit toujours à la liberlé de la culture, chez ses trop dociles enfans. Dans ses possessions au sud de Panama , on avait limité, [X)ur le tabac, le nombre des plantations j si le maître de l'une d'elles avait eu le malheur de faire cultiver un seul pied de tabac de plus qu'on ne l'avait permis , il payait une forte amende, et toute sa planialion était détruite ; et cependant l'Espagne était obligée^ tous les ans , d'acheter aux

planteurs du Portugal , tant pour sa consommation que celle de ses colonies , une fort grande quantité de cette marchandise.

Nulle province américaine, excepté le Pérou et le Chili , ne pouvait extraire des huiles , ftire du vin , de l'eau-de-vie , planter des vignes, recueillir des amandes ; et deux parties si importantes de l'empire espagnol n ^avaient été soustraites à ces tyranniques défenses, que parce que TEspagne trouvait le voyage trop long, qu^il y avait, par conséquent, peu de profit pour elle à faire transporter ces denrées dans ces deux provinces. Aussi l^llaitilque les vins, les eaux-de-vie, les huiles, etc. récoltés au Chili et au Pérou, y fussent consommés ^ et l'exportation en était défendue sous des pemes très -graves; mais ces provinces n'avaient pas le privilège de récolter des huiles et du vin , sans le payer par une autre privation ; car on n'y cultiva jamais ni la canne, ni le tabac, qui y prospéreraient. ^

Une des vaines doléances que les créoles adressaient au gouvernement espagnol, c'est que , pour arrêter la population , autant que pour la maintenir en différentes classes , il avait fait plusieurs^ lois qui mettaient obstacle aux mariages.

On peut néanmoins assurer que , nonobstant tous ces sujets de plaintes , l'Aûiérique espagnole serait restée encore assez longtems sous la funeste dépendance de la mère contrée. Mais l'invasion de l'Espagne par Bonaparte, la mésintelligence qui s établit entre les juntes de Séville , des Asturies et des autres provinces, et plus encore , la conduite impolitique de la régence de Cadix l ont décidé cette grande insurrecdon qcii, par l'é^ tendue des pays qu'elle embrasse déjà , est une révolution immense, unique dans les annales de rliistoire.

( ioo )

— Maisj me dit mon vicaire, je ne vois point encore figurer Mexico dans ce premier chapitre?.. — Qui a trois mois de date 5 car la poste au Mexique.. — il est vrai 5 et depuis, comme vous dites, il aura Lien passé de l'eau sous le Pont-neuf. — -N'êtes-vous pas tenté d'aller faire avec moi une visite à nos amis , à nos libérateurs , qui vont le devenir ou le sont devenus de la riante capitale , du Paris mexicain , où vous attend peut- être maintenant cette belle limonadière que vous deviez conduire à St.-

Bo

mmgue

Plaisantez -vous ? — Jamais , en

révolution. — ^ Qu'irons-nous faire là ? — Yous , un Lon mariage , et moi , un code , ou du moins quelques lois. . — Non , non ! je reste à Petapa , où nous sommes heureux , et vous conseille , en véritable ami^ d'y rester c&mme moi , malgré Texpectative que f aurais de la cure, si vous partiez. — Je crois... que vous avez raison , malgré l'expectative aussi que je pourrais avoir d'un petit évéché constitutionnel. Quitter un point solide pour^'éîever sans certitude , c'est risquer de descendre ou même de tomber. — A la bonne heure ! Nous sonHnes bien ici, comme disait St. -Pierre au divin maître, conservons y nos tentes..^ et nos nièces.

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