CHAPITRE XXL
La Vengeance. -— Interrogatoire.
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J'avais à peine répondu à la missive libérale, que je reçus un billet anonyme apporté par uu Indien qui , étant à cheval , disparut aussitôt. .. Quel ami inconnu me donne ainsi cet avis allarmant ?
(loi ) «Yousêies dénoncé au grand bureau : iencTj^
vous sur vos gardes
Ce peu de mots ouvre pour moi un vaste champ de conjectures 5 et je le parcours vainement avec don Chrysostôme. — Attendez.,, la visite de notre ofticial ... — Olî ! j'ai réponse à tout. — Mais la correspondance ? — Correspondance indéchiffrable ; on ne l'a pas saisie, d^ailleurs : qu'aurais je à craindre? ... — Rien ... cependant, brûlez certaines lettres ...
Je livre également au feu quelques notes pliilosophiques , après les avoir copiées , très-fm, en sym-= pathique, sur les marges de mon bréviaii'Cj et je place sous mon chevet, pour me tenir plus ferme en cas de route , une bonne ceinture, brodée intérieurement de mes économies, en or et diamans, parce qu'à tout hazard , coonnis voyageur pour l'église^ c'est-à-dire, missionnaire, j'avaispris l'habitude de convertir ainsi mes plus grosses espèces^. On ne peut prendre, hélas ! trop de précautions, dans un pays où règne l'arbitraire, où l'on n'est jamais sûr de conserver le peu de bien que l'on possède, ni même la propriété de son individu.
Me voilà prêt à tout événement. Trois semaines s'écoulent depuis l'alerte, rien ne confirme cet avis , et je le prends pour une fausse alarme donnée par un brave homme qui me croit imprudent, ou par un ennemi secret qui veut m^inquiéter...
Bah ! on ne pense pas à moi, et j'aurais tort... On y pensait ...
Un beau matin, au point du jour, plusieurs coups violens heurtent soudain contre la porte de ma chambre, m'éveillent en sursaut, et j'entends retentir ces mots terribles que j'avais prononcés moimême en quittant jadis Mexico m Sainte Mermanda d ! »
Dieu soît loué ! Tout ce qu'il veut doit être. Je îii habille , sans oublier une bourse ordinaire et ma ceinture économique: j'ouvre, et deux hommes noirs précèdes de quatre alguazils, me signifient d abord, après maintes courbettes, un mandat d an estatiori sîgnë du président et de deux conseillers du Si, -Office, ensuite... Us gardent le silence a chaque question , examinent tous mes papiers, les coient, les paraphent, me les font parapher, et dressent un procès-verbal (sans interrogatoire) qu lis signent avec moi.
Pendant cette expédition , j'approche des fenétrès, non pour faire un saut périlleux , mais pour voir SI mon brave ami ou mon fidèle Azor n'assemblent pas les domestiques, quelques paroissiens... Je vois une trentaine... de cavaliers, cernant le presbytère... Allons, il faut se résigner; j'en ai vu d autres ! La chaîne de la vie se compose d'anneaux alternatifs d'or et de fer.
A peine le paquet est-il scellé , que , sans me permettre un adieu, on me prend sous les bras, comme un pauvre malade, et l'on me conduit, chapeau bas, dans ia rue où est le carrosse inquisitoriaL Près d'y monter , je me retourne, et vois don Chrysostôme à sa fenêtre 5 il me témoigne par des signes la plus vive douleur, et je lui réponds par des larmes... Je pleure de reconnaissance, en voyant pleurer mon ami, en apercevant notre Azor, qui jète des cris douloureux, qui accourt , qu on arrête, qu'on repousse daus la maison. Hélas. La portière est ouverte ^ on me cède, dans la voiture, l'honneur du fond; les robes noires occupent le devant : quel vis-à-vis ! on part , et la cavalerie précède, suit, entoure, au galop qu'ont pris les coursiers de la prison roulante.
Je veux du moins causer en rouie 5 mais Ton
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me répond seulement; Emmanuel l { qne Dlett soil avec vous ) Ah ! qu'il daigne me secourir, car on me mène au diable.
Le carrosse, bien clos, entre dans Guaùniaîa , €t nous conduit aux Jacobins... Tant mieux , dans mon malheur! je n'irai pas, sans doute expirer dans la maison noire. Revenu de la sorte dans celle de mes frères, je n'aperçois que le portier^ aucun autre religieux ne paraît à ma vue; je demande à parler à don prieur , et^ pour toute réponse , un jacobin créole, choisi , apparemment ^ pour être mon geôlier , se montre seul , me fait conduire dans une cellule grillée , donne un reçu de ma personne , et m'enferme à la clef, sous deux verroux auxiliaires.
Cet air sournois, ce rire sardonique d'un cerbèretondu , altéraient vivement la consolation que j'éprouvais d'être chez nous ; et ce qu'il vint me dire, une heure après, n'était pas propre à Taugmenter. — Frère, voici à déjeûner, avec des. livres , mais vous n'aurez aucun moyen d'écrire ; et quant aux vivres, vous en recevrez désormais par ce tour-là, qui recevra aussi le re^^e de votre ^i/;:7er- Jlu, — (Pardon lecteur honnête^ il n'y avait dans mon secret qu'un de ces nécessaires que vous nommez sans périphrase). Je désire bien, frère, voir un instant don Saturnin. — C'est impossible; vous êtes ici à rin-pace. — Et... pour combien de tems ? — don Rabolos , notre nouvel inquisiteur , vous le dira lui-même. — Quand ?-— Jel'ignore; paiicniez, et faites pénitence.— -( Le sot !) Pénitence ! et pourquoi ?... ^ — Oh, oh l vous le savez... Vous aurez cependant l'ordinaire du réfectoire , tout votre nécessaire et pas de discipline. — Je vous suis obligé, et vous offre en reconnaissance ^ le su-^ perflu en question. —
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ïi sort en faisant la grimace, et je reste livre à des reflexions qui ne sont pas couleur de rose
5erais-je reconnu? voilà tootcequej^aiàcraindre!.* i^OD, Chrysosiôme seul sait qui je suis , et il est hoonete homme, ami constant. Mais ce terrible 5t..Uiice voit tout en noir. ..Courage! si j'échappai naguère au bec du ciocodile pour tomber dans la gueule toujours béante de l'alligator à rabat, le CieJ qui me sauva de l'un, saura me garantir de l'autre! Le lendemain^ on apporte mes malles, examinées, mais il 13 ymanque rien. Huit jours après, don Ra~ bolos et son greffier paraissent dans ma chambre • 1 inquisiteur est un abbé joufflu, à face rubiconde • i'amie mieux ces figures-lè , quand elles ne sont pas portées parPégoisme, que ces visages de carême qtu signalent souvent la trahison.
( Avec une douceur qui ne parait point affeciée : ) — Mon frère doit à son pneur Favaniage de ne pLs être ailleurs que dans cette cellule, et de m V voir venir l'interroger... -«» Je vous en remercie tous deux. — Assejez-voiis , mon frère. -»-
Et Ton s'assied , et le noir plumatif se dispose à écrire , et voici l'interrogatoire, dont j'ai pris noie immédiate, comme de tout ce qui m'arrive d'intéressant.
—Frère, votre nom?— -Polycarpe de Fnrennas . Né ? ^^ A Porto -Rico... — L'âge r »»- 48 ans. -L ]?rofession ?— Jacobin et curé.— Que sionihent
ces lignes inscrites par vous-même à la porte de votre
église: (( Jésus-Christ n'a pas fait acception des blancs, ni exception àes noirs ? 5. -~ Je présume tr*:^p bien de la science d'un vénérable inquisiteur, pour croire qu'il ignore que ces paroles sont de Fimmortel Las-Casas, le plus vertueux, le plus saint de nos compatriotes. -—Le tribunal croit peu à son onhcdosie... Et celte autre sentence : aLcs siècles
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de la gloire de l'égUse chrélienne furent ceux où ses prêtres n'ctaiem que bordure du monde f — 11 y a balajLire et non ordure dans cette sévère remarque de notre orateur Massiilon ( 29 ) , que j'avais copié avec scru[)ule : c'est ce que n'a pas fait à mon égard M. Fofficial , à qui je dois sans doute le plaisir àe causer avec votre Grandeur,, —Je ne connais poiut Massiilon..* —-( Heureusement pour moi, avec mon notre,..) —C'est peut-être lui moine créole de \otre petite ile ? —Le continent s'honore d'avoir vu naître ce sublime prédicateur,.. — Quoiqu'il eu soit , balaynre ou ordure est toujonrs un outrage fait aux ministres de la religion... — J'ai été admis dans leurs rangs , n'importe à quel degré : aurais- je été assez inconséquent pour vouloir m'aviiir moi même ? -—Il y a de faux frères... D ailleurs , les véritables osent-ils protéger les noirs pour opprimer les blancs f — J'ignore... — Et ce bon Palomèque , l'un de vos paroissiens ? quelle a été votre conduite envers cet lioamie cbaritable, fidèle à sa religion et à son roi ?-—
( Gomme ce vieux coquin séduisit le sot visiteur ! ) Récriminer c'est s'avouer coupable 5 mais je ne crains que Dieu etses vrais mandataires. Palomèque, avare et cruel envers les faibles, ne saurait être un bon chrétien ^ ni mi franc royaliste , si cette qualité n'exclut pas la douceur, la bienfaisance: or^ tous les habitans de Petapa , des environs attesteraient qu'il est privé de ces vertus. C'est donc à lui...— Le visiteur proteste du contraire. -— - ( L'avare l'a si bien trailé] ) Le visiteur... — Quel motif important vous avait fait quitter votre paroisse^ lorsque ce respectable officiai l'a visitée ? — Notre docteur m'ayant prescrit les bains.,.— Yous n'avez point paru à Aqua-Caliente, où le visiteur a passé en revenant de Petapa... — ; Eh bien ^ Monsieur^
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quoique je^ puisse dire que j'ai été les prendre ailleurs , j'avouerai franchement qu'après avoir ainsi donné le change aux Petapas , afin qu'ils pussent croire que j'allais dans le voismage, j'ai été à la Yera-Paz , pour y voir un ami... — Je le savais ; mais l'on affirme encore que cet ami , négociant de Mexico , est un des Jacobins de cette capitale , qui vont , de ville en ville , semer le trouble et prêcher la rébellion. — Vous m'étonnez à un tel point... Quoi ! cet homme religieux, ami des lois, serait lout-à-coup, devenu ?... Ah je ne saurais croire... Est-il possible !... — Je vois avec plaisir cette surprise , et saurai la faire valoir. —
( Plaisante-t-il ? ) Daignez , sur tout le reste , j>ar commission rogatoire , prendre des informations auprès de don Gusman , le digne alcade... — Un Indien ! — ( La bonne caution ! ) Mais les gens de toutes couleurs de cette pieuse paroisse rendront justice, comme lui, à la droiture de mes intentions... — En leur faveur, et c'est là votre plus grand tort...
Ici, Je pus voir clairement dans les yeux de don Rabolos, que de ce tort, frondé de bouche, son cœur me faisait un mérite. Mais il se lève : — On passe sur votre Indienne , sur une noce où vous dansâtes. . . — Cent témoins prouveront. . . — Même sur vos miracles... Il ne s'agit que de trois imputations plus ou moins graves , dont vous aurez à vous défendre en présence du tribunal : je le préside 5 mais j'ai quatre assesseurs qui sont prévenus contre vous. Mon frère, je désire sincèrement voir éclater votre innocence, et je l'espère... Adieu.
Un bon diable, malgré la robe ! mais, je prouve de mon côté, que l'habit ne fait pas le moine.
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CHAPIXrxE XXII.
Evasion. — Retour à Mexico.^
Grâce à don Saturnin , la captivité que j'éprouve est supportable : chambre claire, aérée 5 mais seulement la vue du ciel , et je tiens encore à la terre ; table soignée , lit moelleux , et pour société , trois pères de l'église , avec lesquels je fais une agréable connaissance 5 pas de plume ni d'encre , mais j'avais inséré plusieurs crayons dans le sac de mon bréviaire , dont cent marges sont libres 5 promenade le soir , quand tous les moines sont couchés , excepté deux qui me servent d'escorle, et sont aussi cauaeurs que des trapistes.
Huit mois viennent de s'écouler (3o) , et l'interrogatoire n'a eu aucune suite : je sais que l'inquisition procède avec lenteur , mais des renseignemens qu'elle doit prendre à six lieues de son siège sont bientôt recueillis. Suis- je oublié ? Tant pis , peut-être... Déjà l'année est révolue 5 mais dans la promenajde quotidienne qu'on me permet nocturnement , pour prendre l'air j avec les frères taciturnes j j'entends l'un dire à l'autre, comme si je n'éiais pas là : ce Le frère Polycarpe ne sera pas déporté en t^spagne , ni mis en jugement. »
Cet avis indirect n'en était pas moins consolant, mais la durée de ma détention me désolait, par l'incertitude du terme , sans pourtant me désespérer : l'homme supporte le malheur avec plus de courage que la perte de l'espérance.
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Trois mois après celte nouvelle, xin soîr, à rheure do souper, j'ai enfin la visite de Texcellent prieur, qui n'avait pu assurëuient me l'accorder plutôt —Ah î mon père, votre présence me rend la vie ! permettez qpe ma gratitude... — Ecoutezmoi ^ et ne perdons pas un instant : vous ayea de grands ennemis 5 un seul de vos paroissiens a gagné foui le tribunal, hormis le président ; l'évêque est incertain 5 mais Alvar, Théodme , Finquisiteur et moi, nous vous croyons plus malheureux qu'imprudent ou coupable Oh! je ne suis plus
malheureux ! Baignez , je vous supplie, me donner des nouvelles de mon digne vicaire, de mon îiclele noir, du bon alcade, de mon troupeau en^ tter, qui doit m'étre si cher. —Il vous regreite, Chrysostôme, aidé d'Azor, a jeté Paîomèque dans la rivière de Misko , où il a failli se noyer ^ SCS nègres l'en ont retiré, malgré sa barbarie, au îiioment où un ocroubo lui saisissait la jambe droite qu'il emporta : le vicaire et le noir se sont ensuite compromis de nouveau , en essayant de commu- Biquer avec vous , et même de vous délivrer ; l'un , qu'on devait nommer curé dePetapa, a disparu avec la fille d'un riche gentUhomme d'Amatitlan ^ 1 autre a été, malgré l'alcade, arrêté , taillé et hanni... — Hélas ! c'est pour moi seul... — JNe m'interrompez pas : du consentement de l'évêque, qui croit vous fah^e grâce, de l'aveu du supérieur iii de don Rabolos^ qui vous présument innocent, je viens faciliter l'évasion d'un frère qui est persécuté. . ^ ^
^ Si les sept sages de la Grèce eussent du me juger, je n'aurais pas, sans doute, accepté ce moyen de délivrance ^ mais, poursuivi par l'inquisinon pour mes péchés , j'aurais fui , même avec les vertus des sept sages.
Je reste , si ma fuite compromet mes libérateurs. — : Tout est prévu à cet égard , ainsi que pour le reste : un navire d'Acapulco met demain à la voile pour regagner ce port , votre place y est retenue ; voici une lettre signée de vos amis pour le nouveau prieur de Mexico. Avez vous de Fargent ? — J'ai mes économies. — Prenez toujours une partie des miennes... — Non 5 j'ai ce qui m'est nécessaire , et vous avez des pauvres qui ne subsistent que par vous. — On est au réfectoire, saisissez cet instant : un muletier , dont je suis sûr, va vous conduire au port avec vos malles... Mais vos meubles du presbytère , votre cheval ? — Les uns sont pour les indigeus de ma paroisse , l'autre pour mon prieur. — J'accepte un don de Tamitié. Adieu I que le ciel vous protège ! ^ — Et qu'il vous récompense !
Me voilà sur la mer du Sud, dans un bâtiment caboteur, où mon passage était payé d'avance 5 et, en six jours, j'aborde à Acapulco, ville riche et malsaine, où j'achète une mule qui me transeporte à Mexico , la meilleure des capitales , après celle de l'univers.
DonPaternos de Las-Ybal, nouveau prieur des Jacobins, lit la lettre^ et m'accueille avec bonté , en me donnant aussi cet avis fraternel : ce Vos ennemis de Guatimala , sachant bieniôt votre retraite, vous feront surveiller ici par nos créoles ; soyez prudent; d'ailleurs nous devons l'être tous , dans CCS instans d'orage. >>
H y a de l'orage ?... M*** se trouvait en ce moment à sa campagne, au delà de Chapultepec : je restai , pour être prudent, une quinzaine au monastère, sacs aller visiter nos autres patriotes^ qui éiaîent signalés.
Fidèle Chryspslôme, où etes>vous ?... Et toi mon cher Azor, pauvre banni, en quel lieu portes^ tu ton dévouement , et où pourrai-je te prouver ma gratitude f Je donnerais la moitié de mon or, pour retrouver mes deux amis î
Un second bulletin , parvenu au prieur dans un autre volume de Saint-Jérôme, m'avait été remis le soir de mon départ ; mais ces nouvelles étaient vieilles , par la négligence ordinaire de messieurs de la poste. Je revins dans la capitale le 8 mai 1800 • VOICI, jusqu'à ce jour, ce qui arriva au Mexique \ et je raconterai la suite comme elle eût lieu sub oci//^^, jusqu'à un certain point :
En 1808^ les troubles de la péninsule, après 1 mvasioo du maître de l'Europe , les querelles des juntes^ ces assemblées provinciales si discordantes dont chacune voulait s'attribuer le suprême poul voir sur i Espagne et les Indes , tout semblait présenter a 1 Ameriqu^, fatiguée par trois siècles de souffrances continuelles, la précieuse occasion de conquérir sa liberté. Mais les patiens indioènes avaient encore l'attachement de rhabitude''pour la mère patrie : les nouvelles du continent leur parvenaient, d'ailleurs, tellement altérées, contradictoires , la résistance de la nation espagnole leur paraissait si noble , la position de ses princes si malheureuse, que, retenus par la surprise , émus par la compassion , ils perdirent, à cette époque, 1 heureux moment d'agir, et fournirent à leurs tyrans les moyens de combattre le soldat roi des rois (3i).
Dans cette circonstance, la conduite des gouverneurs en Amérique offrit un grand contraste avec celle des gouvernés ; les premiers , à l'exception du vice-roi de Mexico , étaient prêts à jurer fidélité à Bonaparte , comme le prescrivait le
décret du conseil des Indes , qui ordonnait de reconnaître la cession faite à Bayonne, et confirmait les chefs dans leurs emplois 5 mais les sujets Américains osèrent seuls s opposer à ce changement , et brûlèrent, surtout dans le Mexique, la proclamation de Bonaparte.
Vers la fin de j uillet 1 808, un brick français, apportant un message du conquérant , arriva à Buenos- Ayres, et informa le vice-roiLiniers de la conquête de l'Espagne. Celui-ci dévoué à Bonaparte ^ fit une proclamation au peuple de Buenos-Ayres , dans laquelle il lui rappelait Tindifférence qu'il avait témoigné pour la maison Bourbonnienne , lors de la guerre de la succession : il terminait en assurant les Buenos-Ayriens de l'honorable et haute estime qu'avait su inspirer à l'empereur Napoléon leur triomphe sur les Anglais , et il les exhortait , au nom de ce puissant monarque, à demeurer tranquilles. Don Xavier Elio , qui était alors gouverneur de Monté -Yideo et ennemi personnel de Liniers , l'accusa de déloyauté , pour cette proclamation , et parvint à soustraire à son obéissance tout le pays qu'il commandait , en formant une junte à l'instar de celle d'Espagne. Don Goyenèche, missionnaire politique, arrivant de Séville, approuva la conduite de l'ambitieux Elio.
Le 2.0 juillet 1808 , les habitans de Mexico , apprenant la nouvelle de l'insurrection des Espagnols péninsulaires , manifestèrent l'enthousiasme le plus vif 5 et il durait encore à l'arrivée de deux députés de Séville, envoyés par la junte qui s'y était formée : ils annoncèrent qu'ils venaient récla-^ mer , pour elle , le commandement souverain d^ TAmérique. Tel était le penchant des Mexicains en faveur de la péninsule, qu'ils auraient peutêtre accédé à la demande delà junte, si, durant l^i
débats entre les officiers civils et militaires réunis par le vice-roi, des lettres n'étaient arrivées , en forme de dépêches, annonçant la création de la junte des Asturies : elh invitait expressément les Mexicains a ne pas reconnaître rassemblée de Seville.On concevra facilement combien cette rivalité dût afîaiblir la bonne opinion que les premiers s étaient formée de l'insurrection d'Espagne.
Ce n'est pas, Bleu merci, faute de maîtres, disais -je en 1809 ^ i'«» de nos amis, que nous sommes mal gouvernés , car nous avons , pour le moment, Charles IV et Ferdinand YÎI , Napoléon î. Joseph idem , et trois ou quatre juntes. Savez-vous ce qu'il faudrait faire, pendant cette anarchie royale? — Certes nous devrions organiser ici une nouvelle république^ et.., oui, j'en parlerai incessamment au comifé.-^Les esprits ne sont pas encore a la hauteur des circonstances^ mais semez lou- -jours celte idée dans le présent, et elle germera pour l'avenir (52): les idées gouvernent le monde.
CHAPITR.E X7aiï.
Les remontrances. — Guerre.
(LfWVWit/WWVWVWV
Yoici un extrait authentique des remontrances
présentées, le 5 août ïSo'rfjau vice-roi don ïturri.
garay, par la municipalité de Mexico, pour réclamer
la formation d'une junte composée des autorités
constituées dans cette capitale :
(( Les juntes du gouvernement de la mère patrie, les corps des cités et royaumes , ne se conduisent plusj dit elle, conformément à la loi; qui ordonne:
que les cas difficiles seront soumis à la discnssioii
dans les assemblé
ees izen craies.
Al
^ epoqne présente, après renlévement dn roi, la nation est investie de la toute-puissance : ses intérêts doivent donc être discutés par les autorités royales et ecclésiastin ues, réunies aux téics du peuple , au calbjdo [ municipalité ) ; et ces assemblées doivent faire ce nue ferait le monarque lui-même pour le bien général,
» Mexico adlière aux principes de Séville , Yaîence et autres villes ^ et réclame ^ comme elles , les moyens de pourvoir aux mesares qu*exige iHmpériosite des circonstances.
>:> De tels exemples nous indiquent ce que nous devons faire, c'est-à-dire, former une junte particulière et go uperne mentale ^ qui sera composée de l'audiencîa , de rarchevêque, des officiers municipaux , de la noblesse , des corps judiciaires , séculiers, ecclésiastiques ^ des principaux notables et des chefs militaires.
)) Cette junte royale, qui délibérera sur tous les imporlans sujets qui nous concernent , se déterminera conformément à nos différens intérêts. Elle est indispensable , parce que , délivrés , en ce moment, du péril qui nous menaçait du côté de la France, nous ne devons pas néanmoins négliger un instant nos moyens de salut , jusqu'à ce que nous recevions des avis positifs qui puissent nous tranquilliser entièrement. Il faut aussi satisfaire aux désirs du peuple , en lui rendant les moyens qu'il avait originairement , d'en appelb^- au roi ou au conseil des Indes ; et de plus , il doit être fait des changemens parmi les personnes nommées aux places ecclésiastiques et séculières. Il faut le déclarer, voila les seuls moyens , en raison de l*abseuce de notre roi, qui peuvent offrir au royaume^
T. II. 8
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s'il est nnî , la possibilité d'écliapper aux datiger$ qui renvironnent.
>3 L'union des antoiités est nécessaire pour établir le calme et l'unanimité parmi le peuple, et prévenir les effroyables conséquences de la désunion.
35 Chacun alors sera heureux^ et lous les vœux, toutes les résolutions , dirigées par Penibousiasme ^t le patriotisme j auront uniquement pour but le Lien public*
» La ville pense donc que le moment est arrivé d'adopter sans réserve le mode suivi en Espagne. Dès que Y. E. aura établi cette jimte^ qui sera composée des représeniaus du royaume, elle examinera soigneusement /oî/5 les intérêts du pays. Mais les deux points fondamentaux de ses travaux légis-» latifs va doivent pas être oubliés, c'est à-dire , preiiûèrciiîeiit,que les autorités doivent agir comme si le renversemeni de la monarchie Espagnole n'était pas ar i^'éj de sorte que Y. E. conservera toujours le pouvoir nécessaire que les lois lui accordent ; secondement, c'est que, pour suppléer au vide imoiense oui existe entre l'autorité du souverain et celle de Y- E. elle aura recours à la junte. »
Que îroove-t-on dans cette remontrance semipatriotique ? de nouveaux privilèges, de nombreux avantages pour les grands, les prélres, les ricbes et les salariés 5 un vain mot pour les Indiens, et rien pour les esclaves.
Comme le vice-roi ne parut pas contraire à l'adoption du projet proposé par l'organe de la
municipalité , les Espagnols, adversaires des Me-^ xicains, décidèrent alors la déposition de ce représentant d'un roi quelconque» Agé, dénué de vigueur, n'ayan*. aucun plan de conduite , don Iturrigaray fut effrayé des soupçons que l'on excitait
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contre sa loyauté'; il proposa lui-même de résigner ses fonctious. Les Espagnols, encouragés par sa faiblesse, formèrent sans nécessité, comme
sans gloire , un complot général contre un homme sans énergie et sans défense ; et un négociant ambitieux, son ennemi, fut choisi pour lui succéder. Le jour fixé , les olficiers qui commandaient sa garde furent g-agnés avec de Tor et le négociant, accompagné de quatre à cinq cents J^spagnoJs , pris dans la classe commerçante de Mexico , pénétra , vers minuit, dans le palais du vice-roi. Les conjurés ne devaient éprouver aucune résistance; ils se saisirent du vieillard ainsi que de sa femme : celle-ci fut conduite dans un couvent et lui fut renfermé dans les prisons du St.-Office. L'audience , toute Espagnole, avait secrètement autorise ce mouvement , insurrectionnel , sd eut servi la liberté, mais factieux, ne servant' que Fo^ hgarchie; et l'emprisonnement du premier magistrat fut annoncé au peuple avec la déclaration que 1 audience s'attribuait le droit de nommer seule un autre vice-roi; et elle aurait pu même en choisir deux, puisqu'une partie de FEspagne et tant de souverains reconnaissaient Joseph...
^ Afin de concentrer leurs pouvoirs divergens, les juntes de la péninsule s'étaient déterminées à établir, par deputations , un gouvernement vénérai. Quand la nouvelle de la transaction proposée par les Mexicains fut connue en Espagne, cette junte centrale était déjà établie à Séville : sa joie n eut point de bornes en apprenant que le vice-roi, accuse de trahison, pour n Voir pas montré une vive opposition au projet des municipaux, était devenu prisonnier des Espagnols 5 elle ne s'embar-. rassa pas d'examiner les chefs de l'accusation , et ne réfléchit pas non plus combien les nœuds de k
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subordiriaîion éprouvaient de relâcbemenlj lorsqu'une poignée d'hommes, sans autoriié legilime , pouvait forcer le siège du gouvernement^ ei s'emparer du chef avec impunité.
La loi d'Espagne exigeait l'étaLlissemeni d'une régence au lieu d'une junte centrale; mais il était trop tard , et déjà l'Amérique , ayant reconnu le pouvoir juntionnaire^ avait envoyé en Espagne , dans l'espace d'un an , plus de 80 millions.
Néanmoins , la Paz , capitale d'un des districts de l'audience de Charcas , sachant bien que i'Espagne était uop faible pour se délivrer elle-même du pouvoir des Français, voulut pourvoir à sa propre défense 5 et au commencement de 1809 , se donna un gouvernement particulier , composé de patriciens , qui prit le nom de junte intuitive. Les magistrats de l'audience ne condamnèrent point cette mesure 5 mais Elio, vice-roi de Buenos-Ayres, envoya une armée pour la combattre, tandis que Goyenècbe , par ordre de celui qui régnait au Pérou, marchait avec un corps nombreux contre la junte de la Paz, dont l'armée, commandée par P. Castro et Yramba , fut battue dans l'alto^ à quarante lieues de la ville. Le vainqueur Goyenèche marcha immédiatement contre les patriotes, et un grand nombre fut exécuté sur-le-champ de la manière la plus lâche , la plus horrible , mais la plus ignominieuse pour le vainqueur.
Quito, une des villes de la province qu'on nomme Santa- Fé de Bogota et capitale de l'audiencia à qui elle donne son nom, déterminée par les motifs dont la Paz avait dû s'autoriser , forma aussi ^ Je lO août 1809, un gouvernement séparé ; et nomma président le marquis de Selva ,
quoique le peuple altendit généralement tout autre chose.
Cette décision obligea don Amar , qui gouvernait la nouvelle Grenade , à composer une autre junte des personnages principaux de Santa -Fé , sous le prétexte de leur demander des conseils; et la junte , assemblée dans le palais du vice -roi Amar , le 7 septembre , se déclara pour le parti adopté par Quito , dans l'espoir qu'en reconnaissance la junte centrale d'Europe , et agissant de concert avec elle , on préviendrait toute espèce de trouble , dans le cas où la péninsule serait absolument conquise par les Français.
Le vice-roi , qui n'avait d'autre intention que celle de connaître l'opinion publique , se liàta de dissoudre un conseil trop sincère , en indiquant une réunion nouvelle pour le ii du même mois , et, comme il était sourd 5 il demanda que chaque membre de la junte y apportât son vote par écrit.
Au jour fixé pour cette seconde séance , le peuple de Quito parut étrangement surpris des préparalifs militaires du vice-roi : la garde du palais était doublée , les troupes des casernes en mouvement, comme si l'ennemi était aux portes. Mais l'assemblée se réunit , et chacun présenta son vote^ malgré cet appareil du despotisme. Ces votes écrits ajoutaient de la force aux opinions exprimées par les membres de la première ju^^<:; : Camillo de Torrès, Padilla, Guittierez 5 Grégorio, Guttierez- Morino, Fruto et d'autres, se rendirent célèbres, dès cette époque, par leur pauiotisme^ qui, cependant, n'était point assez populaire.
Secondé pardon Abascal , vice-roi du Pérou , celui de Santa Fé fit marcher des troupes nombreuses contre la junte de Quito. Ses défenseurs , après quelques engagemeus , cédèrent à des for-
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ces supérieures ; le gouvernenein fut dissous | et ^ malgré la promesse d'un entier oublidu passé, faite formellement par l'Espagnol comte de Castilla, président de Quito, un grand nombre de patriotes furent incarcérés; et, peu de tems après, sous le prétexte dune alarme donnée par les soldats, ils furent tous septembrisés dans leur prison (33). L^on permit le pillage aux troupes de Lima, cantonnées dans la ville pour j maintenir l'ordre. Le nombre àes personnes assassinées de sang-froid ce jour là , se montait à plus de trois cents. En 1810 , la junte patriote de Caracas fit rendre des honneurs funèbres à ces malheureuses victimes, avec une douleur sincère et beaucoup de magnificence • mais leurs bourreaux restèrent impunis.
CHAPITKE XYir,
Proclamation, -^ Les Certes.
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Si la nouvelle de ces événemens parvint bientôt à la junte centrale européenne, déjà instruite du îîiéconientcment et de la fermentation qui gagnait si rapidement toutes les colonies, elle n'en devint ni plus juste , ni plus prudente. L'attachement que les Américains avaient témoigné pour l'Espagne était réel; mais les réformes dans leur gouvernement, quoique souvent promises , n'avaient jamais été réalisées : ils commençaient en conséquence à se sentir plus fatigués de cette dépendance 5 et leur penchant pour la mère-contrée diminuait en raison dv. sa tyrannie. Que serons -nous, si l'Espagne est conquise? était la question quotidienne et géîiéiale^et les discussions sur ce sujet menaient à d'autres d'une grande impor tancer.
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La junte Sévillanne, voulant les abuser pour les rendre à leur apatbie, publia un pompeux décret, qui déclarait l'Amérirpie Espagnole é£;ale à la mère-pau ie. Mais néanmoins , nulle réioi me ne fut faite dans le gouvernement des colonies 3 et tandis que la junte en recevait continuellement des subsides énormes , elle envoyait des Espagnols pour y remplir tous les emplois publics Telle était la protection qu'elle donnait aux intérêts du nouveau-Monde !
Quand la junte centrale fat chassée de Séville par les français et par le peuple, quelques-uns de ces membres, quoique proclamés traîtres, se réunirent dans File de Léon ; mais redoutant la mort qui les y menaçait , ils cédèrent Fautorué à une espèce de régence , composée de cinq nobles, dont le pouvoir ne s'étendait que sur Cadix et la Galice , les seules parties de l'Espagne qui n'eussent point encore été conquises.
Les membres de ce directoire ^ sentant bien Fillégalité de leur élection et la faiblesse de leur autorité, n'osèrent même pas faire connaître leur existence au peuple Américain , jusqu'au moment où leurs prétendus droits furent enfin soutenus par un manifeste des négocians de Cadix , vide ou ^ bientôt après, ils fixèrent leur résidenc. Les directeurs adressèrent alors aux colons incertains , une superbe et longue proclamation , qui sera un des documens les plus précieux pour Ihistoire de l'insurrection Américaine 5 car la régence , qui avait besoin de secours, y avoue forcément ie despotisme que chaque gouverneur avrit fait peser si longtems sur les Américains. Le passage suivant, extrait de cette pièce, est extrêmement remarquable.
« Américains ! vous fûtes longtems accablés sous 1^ un joug oppressif, et d'autant plus pesant , qu^
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>:. r Amérique est éloignée du centre du pouvoir. )) Nous plaçons niamtenant votre future destinée " dans vos lumières et dans vos propres mains. >' Vous avez été jusqu'ici le jouet malheureux des >^ vice-rois , toujours soumis à leur aniLiùon , à :>^ leurs caprices , tandis que vous étiez en même yy tems , en proie à leur cupidité : dès ce moment- >= voire sort ne dépend plus d'eux... ..
INi k régence^ ni les cortès, ni Ferdinand le •Restaure u\exécmèrem de si belles promesses, et une épouvantable guerre vint désoler toute lAménque du sod , guerre de révolution, où, parmi de grands attentats, brillèrent degrandes venus. Ah ? pourquoi ces dernières n'ont^elles jamais apparu &OISS le drapeau du royalisme !...
^ Mais je n'ai pas promis Thistoire de ces fameux eveoemeiis , dont le simple récit exigerait tant de volomes^ et, sauf quelques exclussions , je rentre dans Fesquisse de larémlte Mexicaine.
L'diégalc arrestation du vice-roi à Mexico, en septembre 1808, redoubla la rivaliié qui existait enire les Espagnols d'outre-Océan et les Américains : Femprisonnement de plusieurs de ces dernieis, la mort de quelques-autres, accusés de ]>ropos Contre la cour, accroissaient Findignalion des Mexicains, quand l'arrivée de Venegas , successeur d'Iturrigara)/ , apportant aux principaux chefs et aux plus fougueux partisans de la faction espagnole des honneurs et des récompenses, vint portera son comble un juste mécontentement.
Une insurrection éclata , le U^ septembre 18 îo, dans la ville de Bolorès^ près de Goauaxoato, et s'étendit bientôt dans toute la contrée.
La province de Caracas n'avait pas élé la dernière a créer une junte , qui refusa, ^insi que plusieurs autres^ de rcconuahre la régence Sa.
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réponse aii premier décret de ce gouvernement dût exciter parmi ses membres et les habilans de Cadix nnc grande colère, carils s'étaient flaltés que les Américains se seraient humblement soumis à leur pouvoir. Quel fut leur désappointement lorsqu'ils apprirent que toute l'Amérique était imbue du même esprit, quoique les diverses provinces n'agissent pas entre elles avec l'harmonie désirable! La guerre paraissait le désir dominant des marchands de Cadix, ainsi que des Cortès^ qu'avait assemblés la régence. Ce fut par des sarcasmes , des invectives, des outrages, prodigiiés aux Américains dans \ç.s gazettes, que la faction mercantile et directoriale commença les hostilités. Les missions de Cortivarria à Puerto-Rico , de Pedro-Eiio à Monte-video, de Benito à Panama, de Mareno àYera-Cruz, de Lombez à Sauta-Martha, de Yenegas à Mexico^ eurent pour but de mettre en action tous les ressorts propres à amener une guerre civile. Les préjugés, la superstition, les promesses flatteuses, les animosités particulières et les uienaces furent , tour- à-tour , employés à cet effet. De pareilles intentions firent envoyer sur ces points , comme sur d'autres, de nombreux corps de troupes, quoiqu'à cetie époque l'Espagne en eût tant debesoin pour sa propre défense.
Les Cortés , qui tenaient tout leur pouvoir de la régence , montraient pour les Américains une même anlmosité. Des députés avaient été envoyés par ceux-ci à l'île de Léon , où les Cortès se trouvaient alors réunis : à peine leur permettait-on de parler de leurs mandataires. — « Si les Américains se plaignent , disait un membre àes Cortès , d'être tyrannisés depuis trois siècles, ils ne sont pas au bout de cette chaîne , car ils éprouveront un pareil traitement jusqu'à la Çn\ àw monde. >3 — « Je me xéjouis fort, disait un au ire , après un succès ob-
tenu à l'aide des Anglais, de l'avantage que nous venons de remporter, parceque nous pourrons maintenant envoyer des troupes pour assujetir les rebelles. » — «Qui sait, dit un de ses collègues, à quelle classe d'animaux les Américains appartiennent? »
Voilà sous quels auspices commença cette guerre j et la manière atroce dont elle fut conduite prouve la haine irre'conciliable des deux partis.
Les Espagnols combattent pour recouvrer le territoire qu'ils avaient possédé, et les Américains pour obtenir l'indépendance. Cruels dans le triomphe, les premiers deviennent encore plus crutls dans Tadversité^les derniers, hardis dans l'attaque, et conservant dans la défaite de la confiance en leurs chefs, se rallient constamment sous leurs bannières : les uns comme lesautresmontrent dans les combats et dans toutes leurs entreprises une audace étonnante et une rare fermeté. Des milliers de combattais oni déjà inondé de sang américain et espagnol seize cents lieues de territoire, que comprennent ces colonies du nouveau continent; et, comme si la mort ne moissonnait pas assez d'hommes sur les champs de bataille, de nombreuses victimes sont chaque jour égorgées de sapg froid. Mais quels sont ceux qui les premiers donnent le criminel et dangereux exemple de violer les capitulations, de tuer les vaincus, de rejeter tout moyen d'accommodement ? les Espagnols. Dans cette horrible guerre, entreprise au nom des Cortés et de Ferdinand Yil, je défie leurs guerriers de trouver un seul mot à dire pour colorer del'ombre d'une excuse leur inhumanité et leur manque de foi depuis le premier jour de l'insurrection jusqu'à celui ou j'écris cette page : des faits trop avérés viendront appuyer dans mes notes cette sévère assertion (34)'
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Si je ne m'arrêtais dans mes excursions sur Timmense terrain où se mesurent ces terrihies gladiateurs, je ne saurais me retrouver dans un champ de carnage où Ton voit , d'un côté , tant d'efforts pour le despotisme ouTintérét, et si peu pour l'hu-» manité , de l'autre tant d'ardeur pour la gloire ou ranibition,et si peu pour ia république... Rentrons à Mexico.
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