‹ Mémoires de Billaud-Varennes, ex-conventionnelChapitre 63 sur 74 · CHAPITRE XXYIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXYIII

Club découvert. — Prison perpétuelle.

On pense que les patriotes de notre loge clandestine modérèrent un peu leur zèle après de tels exemples , et qu''ils mirent plus de prudence et de mesure dans la direction de cet esprit Insurrectenr qui mène rarement au trône et souvent au cerceuil. Mais quelquefois aussi on peut péeber par excès de précaution.

J'avais fait adopter , en comité intime , une épu» ration que je croyais urgente dans la société propagandiste : or les éliminés , pour se venger d'une bénigne exclusion faite sans bruit par un cbangemenide local, ayant découvert le no'uveau , cou-

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rurent dénoncer au vice.roi les épurés, qui n'en turent pas moins livrés au Saint-Office .. Bref «presdix-sept mois d'hébergemenl chez lui et douze de ciaquemurage par jugement, ils eurent le bon- Jheur de n être que bannis , je ne sais où (Sp),

Cette expédition nocturne avait eu lieu de vive lorce et en pleine séance ; je pérorais en ce moment, et^n aya,s pu saisir sur le bureau des lettres que m avaient écrites depuis la dernière assemblée , Miranda , Mercado et Morales : on saisit ces lettres pour moi, non pas les frères, qui perdirent la tramontane, mais les faux frères, qui dirigeaient l'invasion. Comme appartenant à l'église , l'inquisition me jugea plus vite que les autres : rien ne fut oublié d^m Uscrutaiwn de ma conduite, c'est-à-dire, depuis 1 escapade de Mexico, jusqu'à l'évasion de de tzuatimala, sans préjudice du courant, qui surtout me fit condamner à la détention tant Qu'il plairait au ciel de me conserver sur la terre.... ^ Cependant mon supérieur m'obtint la grâce, et c en était une fort grande , de subir la peine éternelle dans notre monastère, où il me traita aussi bien que je 1 avais été dans mon autre prison par mon autre prieur. O vénérable Alvar! bon Théotime! généreux Saturnin! sensible Paternos » ie benuai votre indulgence , votre douceur , votm mansuétude jusqu'au dernier soupir !

Une chambre au troisième étage, vaste, éclairée, donnant sur les jardins , n'était pasuncachot : mais «ne double grille et d'énormes verroux pouvaient la iaire prendre pour une espèce de pnson. Je m aperçus bientôt au.ssi qu'une consigne rigoureuse avait déren<lu à mes frères de communiquer avec moi ni de bouche, ni par écrit, ni même par un signe ; car, dans les premiers tems , ayant souhaité le bonjour , par m» fenêtre, à de*

religieux qui se promenaient deux à deux on sent a seul dans nos longues allées , aucun , bien malgré Jui , sans doule , ne répondit à cette politesse. "

Qui me fera donc soutenir , une captivité dont le terme est réglé sur celui de mon existence ? lieaucoup de consolations : j'ai des fl<.nrs • des oiseaux des livres , encre, plumes, papier^ j'ai souvent la visue de ce généreux Paiernos , qui ne me cache point les nouvelles du jonrj j'ai l'espéjance que , tôt ou tard , la révohuion , ce sraud «pectacle auquel j'assiste , mais en loge grillée , viendra ouvrir ma petite bastille, et j'a, surtout la certitude que, si la Providence, lasse de mes péchés (c est le mot propre), veut me châtier ici-bas jnsquama dernière minute, elle ne voudra pas , après ce terme, me les faire expier plus bas encore!

Comptez-vou^, parmi vos péchés, vos opinions libérales et vos faits politiques, dont un surtout ?. t^ardon, ceci est un secret bien douloureux! Quoi qu il en soit, jamais ma politique ne fut perhde, mteressee, ambitieuse : je haïrais le despotisme, même auprès d'un héros qui me choisirait pour ministre ; j'aime la liberté, même eu cette prison ou elle m'a conduit.

Etre en prison, nous dit le moineau franc , est pourtant un état contre nature... Mais, après tout, qui n est pas prisonnier ? Le soldat l'est dans s« guérite, le laboureur dans sa chaumière, le matelot dans son navire, le courrier dans sa malle le commerçant dans sa boutique , l'auteur dans sott grenier, le cure dans sa stalle , l'orateur dans son e^mgeoir, 1 étudiant dans sa mansarde , le fourmsseurdans sa voiture, le juge dans son tribunal. Je comédien dans sa loge, le ministre dans son J)alais, le savetier dans son échoppe, l'oligarque

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dans son cMteî , la pelite-makresse dans son petit soulier, le gonlieux dans sa chamLre , etc.. Fort Lien, oionsicur le détenu; mais ils n'y restent pas toujours... Oui, j'oubliais... Eh ! qu'iuipone /au surplus ! Alexandre et Napoléon n'ëtaieot-ils pas en prison sur ce globe , si étroit pour Fambilieux (4o) ? Laissez moi dans la mienne , jusqu'à ce que j'en sorte.

J'avouerai, toutefois, que j'j éprouvais un chagrin aussi amer que légitime , et dont rien De me consolait, c'était celoi de ne pouvoir plus travailler, par ma correspendance, à obtenir quelque lumières sur le desi'/.i de deux hommes qui m'étaient chers , Chrysostôme et Azor : j'avais écrit à ce sujet aux divers généraux républicains , dont les fonctions étendues et les déplacemens coniiiiuels pouvaien m'aider à une découverte 5 mais nous n'en avions fait aucune, et , bien que les objets de ma aolliciiude n'eussent pu se réfugier, dans leur position , que chez un peuple libre , il fallait maintenant , |)lus que jamais , se borner à des vœux pour le bonheur de ces a:uis fidèles , comme pour L succès de nos braves Américains.

Don "ï^aternos m'apprit bientôt que la mort d'Hidalgo e de ses dignes compaonons ne découragea pas les autres chefs, qui sur'différe^os points continuèrent de soutenir la révolution. Parmi eux se trouvaient N. Yiilagran, J. Morelos, et Y. Rayon. Celui ci avait pris position à Sartillo , pour favoriser la retraite de l'infortuné Hidalgo , dont la mort l'obligea de se rendre à Zacaiécas j mais il défu, chemin faisant l'espagnol Zochoa. Parvenu àZacatécas , Rayon y relâcha trois royalistes, qu'il envoya au vice-roi , pour proposer, comme première base d'un accommodement , la fornatioo d'un congrès, composé moitié d^Espagnols, moitié

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d Américains^ et Vciiégas répondit simplement aux envoyés : « Ecrivez à Pia\on que s'il mel bas les armes, je le ferai comprendre dans ramnisûe. >* En répondant ainsi , l'homme d'état voulait ia guerre ; car l'mdulto ou amnistie dont il parlait , donné par les Corlès, en i^io, aux insurgés qui se rendaient, loin de faire aucun bien , nuisit beaucoup à la cause royale , parcecpie les chefs royalistes n'en usèrent pas sagement. A Mexico, on eut si peu de confiance dans Vindulio et dans les nombreuses promesses de Vénégas , qu'il fut forcé de recourir au conseil ecclésiasîique [lour donner de Tautoriié à ce qu'il proclamait et pour persuader au peuple que ses promesses ne cachaient aucun piège.

« Sur ce point, disait le conseil dans une adressa » pastorale faite au clergé le i 7 mai 181 3, son » excellence , le digne et légitime représentant de >> notre roi , a l'incomparable bonté de nous autoj) riser , non-seulement à garantir la sincérité du » pardon accordé aux Américains, mais encore , >:* r^. T. G. F , à vous donner, comme nous voua 5:» donnons présentement, au nomduPère,du Fils^ )) du Saint-Esprit^ au nom de la très sainte-Yierge » de la Guadeloupe, protectrice de son royaume, >5 et au nom de S M. très catholique le roi Fer- » dinand Yil , ainsi que de son vice^roi (quel crej> scendo ! ) notre parole solennelle qu'un pardon >3 générai est sincèrement accordé à tous ceux qui, 35 se repentant de leurs fautes passées , poseront >5 sur-le champ les armes , etc. «

B. Calléjas se mit en marche pour attaquer le général Rayon qui occupait Zacatècas ^ mais celui-ci se retira du côté de Yalladolid. Eo même tems , le colonel Lopez , commandant à Ziiaquaro

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Tin corps de guérillas indépendaiis, fortifia îa vilîe, et triompha complètement des Espagnols, qui', sous les ordresde Zorrès et de Mora^ étaieXit venus Vj attaquer le 1 1 mai 181 1 ; et ces deux cifefs périreot daos Taffaire. Alors les insurges essayèrent un coup de main contre Yalladoiid 5 mais Truxillo les repoussa le 3o mai , pour gagner sa niédaille. Rayon , qu'Emparan poursuivit jusqu'à s6n quartier-gènëral, lui offrit la bataille le 4 juin : la mêlée fut longue et sanglante; mais enfm la victoire favorisant les insurges, les royalistes perdirent huit cents Kommmes , avec tous leurs bagages^'; et ils se retirèrent en conséquence à Toluca.

; Sur la dénonciation d'un complot assez formidable qui se tramait à Pvîexico , Yénégas ordonna grand nombre d'arrestations. Les prévenus furent jugés en vingt-quatre beures, six condamnés à mort, parmi lesquels était Ferrer, homme de loi, six autres , les plus jeunes ^ aux plus rudes travaux forcés à Puerto "Rico, et deux femmes à la prison perpétuelle. Cet événement arriva au mois d'août i8ïi. Si les clubistes^ qui déjà se trouvaient mis à Tombre , n'eussent pas eu cet avantage , il est probable qu'aujourd'hui leur sort serait plus malheureux 5 donc la prison est bonne à quelque chose. J'en ferais volontiers l'éloge... si j'y voyais tous les tyrans.

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