‹ Mémoires de Billaud-Varennes, ex-conventionnelChapitre 64 sur 74 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Le Bulletin officiel. -— Général terroriste.

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Rayon formait, à celle époque, ;ine junte à Zitaquaro, composée de lui-même, du docteur Berdusco et de I.-M. Liceaga. Elle recoDiiaissfc/it Ferdinand VII pour roi, et, en son nom, ciic publia des décrets. Calléjas se trouvait alors à Goauaxoato , où il avait fixé son quartier général : en apprenant cette nouvelle, il offrit lo mille dollars pour Ja tête de l'un des membres de ce nouveau gouvernement ^ et Vénégas . sentant que l'insurrection faisait de rapides progrès, envoya l'ordre à Calléjas , d'attaquer promptement et de détruire cette junte.

La ville de Zitaquaro , peuplée de dix mille babitans , est à quarante lieues à l'ouest du clief-lieu mexicain , dans une fertile vallée entourée de hautes montagnes. Comme le ])rincipal objet, en attaquant cette cité , était de s'emparer des membres de la junte, Calléjas ordonna a don Forlier , qui commandait à Toluca , d'enlever les positions occupées par les patriotes sur la montagne Cenaogo, avant qu'il fit lui-même l'attaque de Zitaquaro, pour empêcher la garnison et les fugitifs de la ville de se retirer par ce point. Quand il eut remporté cette victoire, Calléjas s'exprima ainsi, dans son rapport officiel , au vice-roi le 2 janvier 18 i 2 :

c<: Les troupes de S. M. , après une bataille qui a duré trois heures, ont pris Zisaquaro , importante position située au milieu des mornes, parn.iu

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des locliers escarpes^ entourée de relranchemetis et de fosses, que défendait en outre l'immense population de vingt lieues à la ronde , réunie dans la ville.

33 Les rebelles avaient encore ajouté à ces grands moyens de résistance fournis par la nature, tout ce que l'art , le désespoir et huit mois de travaux continuels pouvaient leur procurer. Si le mauvais succès de nos deux premières attaques avait si fort encouragé le peuple , que les femmes et les enfans s'unissaient, dans cette dernière, à tant d'hommes pour nous combattre , tout n'en a pas moins , Cette fois , cédé à la valeur de la royale armée que je commande.

33 L'orgueilleux ennemi, dans la plus complète déroute , a fui de toutes parts, laissant tout le pays couvert de morts et de blessés : les rebelles Liceaga , Cabecillas , Berdusco et Rayon se sont dirigés vers Tasco. La fatigue excessive de mes soldats et le mauvais état des routes , m'ont empêché de les poursuivre.

:>-> J'ai trouvé dans la ville beaucoup d^artillerie et des munitions de toute espèce dont je fais dresser im état destiné à V. E. : je me borne aujourd'hui aux informations les plus précises , pour la convaincre que je dois au talent de mes oOlciers et à l'ardeur de mes soldats le prompt succès de la bataille 5 car leur bonne conduite , dans celte circonstance , a même surpassé celle qu'ils avaient déployé dans les affaires précédentes. Quant à nos pertes, elles sont peu considérables...

33 Mon séjour à Zitaquaro sera aussi court que possible ; mais avant mon départ ^ Je veux raser la ville, pour qu^il n'en reste pas vestige. Je punirai aussi les^ criminels instigateurs de l'iusurrection ^

et donnerai un exemple terrible à ceux qui voudraient rimiler. ( Il croit l'avoir éteinte. )

» D. CALLEJAS. »

Et le décret suivant fut aussitôt mis en lumière :

« i*'. La ville de Zitaquaro et son département seront privés de leurs propriétés , comme de toute exemption ou privilège ci-devant accordé par V extrême bonté du gouvernement espagnol.

33 2**. Ces propriétés confisquées, ainsi que celles des Américains du midi qui ont pris part à la révolte , ou ont accompagné les révoltés dans leurs retraite , ou ont quitté la ouille à Ventrée des troupes du roi, appartiendront au trésor de Tétat.

33 3". Si ceux qui se trouvent compris dans ce décret veulent paraître en ma présence , donner des témoignages de repentir, et travailler à réparer les routes, etc., ils recevront leur grâce j inais leurs propriétés ne leur sefont^ama/^ rendues.

>3 4°. La capitale de ce département est transférée à Marabatîo , où sera établi un gouvernement militaire : les compagnies d'infanterie et de cavalerie, organisées pour la défense de ce district^ seront armées et équipées aux frais des habitans ( ruinés ) de Zitaquaro.

3» 5o. Attendu que ces habitans ont prouvé combien ils détestent le gouvernement monarchique , qu'ils ont soutenu trois combats contre l'armée du roi , qu'ils ont plantés snr des poteaux à l'entrée de Zitaquaro , les lêtes de cinq royalistes , morts en sacrifiant leur vie pour le bien général , tous les bàtimens^ quelqu'iîs soient, de cette ville

criminelle , seront rasés ou détroits

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eu :

tous les habitans qui y sont , eu sortiront avant

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six jours 5 je leur accorde , par clémence , la permission d'emporter leur mobilier.

>3 6^. Chaque habitant recevra du gouvernement un écrit constatant le jour de son départ et son nom de famille^ nulle personne, après le tems fixé , ne pourra rester dans la ville ( il n'^r avait donc pas un royaliste?), et ceux qui auront négligé de se pourvoir du certificat ci dessus( diplôme de proscrit), seront punis de mort.

» 70. Toutes les armes me seront livrées sans délai et sous la même peine.

w 8^. Le clergé sera envoyé à son évéque, rcsi^ dant à Valladolid...

>5 po. Il est expressément défendu pour tou^ jours de rétablir la ville de Zitaquaro, ou tout autre cité qui pourra être ainsi détruite pour cause de rébellion.

3> 100. Aucune ville, bourg, village ou hameau, ne donnera asyle aux membres de la junte àas révoltés, à aucun de leur délégués, à aucun de leurs partisans; et les villes, etc. , qui tenteront de résister aux troupes de S. M. , éprouveront le destin de Zitaquaro.

« 11''. Je charge le comte de Ruî de l'exécutioa de ce décret»

>> Signé: D. GALLE JAS. .:> (4t).

On le sait, depuis quinze siècles, quand il s'agit d'exercer le ravage et la destruction , messieurs les oligarques n'y vont pas de main morte ; et ce petit décret;, entre mille autres témoignages de leur furie, vaut bien celui des Jacobins contre Lyon j car Zitaquaro fut détruit de fond en comble, depuis la plus frêle cabane jusqu'à l'église, et tousseshabiians,

liomnjesj femmes, vieillards , enfans , furent dépouilles sans ressource ei bannis sans espoir : ceux que l'aniour du sol natal fit reparaître aux yeux farouches du "vainqueur de Zitaquaro, se virent em[)loyes aux travaux les plus rudes en qualité de corveïeurs, et , plus malheureux que les nègres qui du moins sont nourris, ils demandaient Faumône sur les chemins qu'ils reparaient au proiit des plus vils tyrans.

La junte de Zitaquaro s'était réfugiée à el Real deSultepec, ville située sur un mont à trente lieues à l'ouest de Mexico : malgré la prise etlesac de Zitaquaro , les insurgés n'étaient pas encore vaincus^ Morelos^ Yillagran, Cauas, Aldama,Mercado et d'autres chefs , guidaient toujours des corps de guérillas , constamment occupés à combattre sur divers points les troupes royalistes. La junte proposa au vice-roi plusieurs moyens de récenciliaiion ; mais cette' proposition sage et humaine fut aussi mal reçue que celle d'Hidalgo et de Rayon. Dans une adresse aux Espagnols , publiée le 20 mars 1812, la junte récapitulait tous les griefs dont elle demandait la réparation ; et , dans le cas où les européens voudraient continuer la guerre 5 elle traçait un plan pour la rendre moins destructive : rien ne fut accordé.

Morelos gouvernait la plus grande partie des côtes méridionales de la nou /elle- Espagne. Après avoir battu plusieurs fois les soldats royaux, notamment 5 le 19 août 1811 , à iabatadle deTixtla , il mit le siège devant Acaj)ulco^ puis, ayant diviâéti son armée en deux corps , il marcha sur la capitale avec le plus nombieux, qu'il divisa ausM en deux colonnes. Le brigadier Bravo , qui commandait une de ces divisions, vainquit le générai P. Masitu, et enira à Quantla, à 25 lieues au sud de Mèxièo, tandis que Morelos s'emparait d'Izucar.

Ces avantages, remportes par les patriotes, empêchèrent les royalistes de poursuivre la junte nationale, lorsqu'ils eurent détruit Zilaquaro. Les phalanges de Morelos s^emparèrent aussi d'Huexapan lei de Real-Tasco, après plusieurs engageniens où elles déployèrent la plus grande valeur. Leurs enneitiis, commandes par Soto, ayant attaqué Izucar, le 17 février, furent repoussés, et leur chef, blessé grièvement, quitta l'armée. Llano , son successeur, renouvela l'attaque , sans être plus heureux , quoiqu'il eut pris possession d'une montagne d'où il avait bombardé Izucar. Cette attaque fut faite par les premières troupes que , depuis l'insurrection , l'Espagne eût envoj^é au Nouveau- Monde ; et ces soldats , aguerris dans la péninsule par des Français soutiens du despotisme ^ furent souvent battus ici par des Américains défenseurs de la liberté.

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