CHAPITRE XXXÎIÏ
Le pliilantroplie. — Fuite chez les indépendans.
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Obenisco , rami d'Azor, prit ici îa parole pour nous faire observer qu'un asiie plus sûr , plus agréable, m'attendait hors de Mexico. «Ou donc f chez quel homme sensible et courageux allez -vous conduire un proscrit de l'inquisition?... 5? Azor sourit , Obenîsco ajoute qu'il sera jour, avant trois heures ; qu'un départ nécessaire devait plutôt avoir lieu ce matin avant qu'on s'aperçut de mon évasion , qu'être remis au lendemain , etc. Il m'invita , en conséquence , à prendre du repos ^ tandis qu'il allait préparer ce que nécessitait un assez long voyage. Je le remerciai de cette attention , comme du généreux secours qu'il m'avait accordé par mon libérateur , qui jouait le mystérieux ; mais ne songeant point au sommeil , j'invitai Azor à reprendre le fd de son récit | et il ne demandait pas mieux.
ce L'année dernière , don Roxas vint avec moi à Mexico, où le vice-roi Calléjas... — Yénégas esÊ donc remplacé î . . — Son successeur... — Digne en effet de l'être î — Accuellit notre philosophe comme un grand personnage ; mais après un festin splendide , mon protecteur lui ayant demandé un ordre pour vous voir 5 il le prie poliment de s'adresser à l'archevêque , qui l'adresse à l'inquisiteur, qui le renvoie à Caîléjas : lassé de faire le volant entre ces trois raquettes , il va trouver directement votre prieur, avec des argumens sonores... , incorruptible ! Il fut vraiment fâché de ne pas Feussir.,
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^.arce que vos malheurs Tavaient intéressé au dernier points et qu'il désirait vivement de s'entendre avec vous pour les faire cesser. »
— Parbleu, voilà un bien digne homme 3 et un compatriote n'eût pas fait pour moi davantage ! Je ne demande pas s'il est indépendant, quoique bien accueilli des royalistes , dont sans doute il se moque. — - Il est... naturaliste. — Tu me Tas dit. — J'aioule, pour mieux m'expliquer , qu'il aime toute la nature : comme ces bons orientaux , il ne mange jamais de rien qui ait eu vie | mais il laisse les autres subsistera leur goût. C'est, au surplus, un vrai cosmopolite, un citoyen de l'univers. — Mais un cosmopolite , qui n'adopte pas de patrie, n'est guère aux yeux du patriote , qu un égoïste errant j et don Roxas, avec un si bon cœur , est plutôt un vrai phdantrope. — Philantrope , si vous voulez, ami de tout le monde , excepté des méchans qu'il plaint et auxquels il pardonne.-~.iIi"^/i«.,..il n'est pas Impartial , puisque penche plutôt pour tes indépendans que pour les royalistes? — Oh! il veut que les roturiers^ esclaves durant tant de siècles,
châtient un peu les nobles, pour leur bien. A
la bonne heure !
« Cependant Morelos , général ecclésiastique et correcteur de Ja noblesse, intéressait beaucoup le philantrope , ami zélé des Miranda , des Bolivar des Ansmendi, des Paez, des Brion, des Liceaga' desBermudez,des Artigas, des San-Manin : ii se rendit, avec moi, à Apalzingan, où le congrès national de la nouvelle-Espagne , que présidait le curé généralissime, tenait alors ses sessions. Il y fut dignement lélé par tous les membres; il assisA tait a leurs séances , dont on lui faisait les honneurs/ mais ne voulait pas assister, de loin même , ai/x combats qui se livraient aux environs, parcequ'il
aurait desirë , suivant rexpresslon du capitaine Chrjsostôme.qnousQ battît à coups d'oi anges.... » Chrysostôme î dis-tu ? serait-il donc?...— Hy a plus d'un Chrysostôme... — Oui; mais ce nom est assez rare, tes réticences, ton sourire assez maladroit, pour me persuader que mon vicaire est capitaine', et qu'il in attend pour me donner asde 1 — Pointdu tout; car c/est don Roxas... —N'importe, Chrysostôme est peut-être lié avec lui 5 d le connaît^ du moins, il le seconde , il voulait me surprendre, et je vais embrasser un ancien ami, tout en en taisant un nouveau !... — Je soutiendrai... — lu l'oserais ? — Et sans rougir.
L'excellent noir ne savait pas mentir, même par ordre et il finit par m'avouer que le cher Chrysostôme , m'attendait avec don Roxas , au quartiergénéral de Morelos.
— Ou l'as-tu retrouvé?— A la table du philosophe , où il venait souvent avec l'état -major, dont il faisait partie.— Dont il faisait! Est-ce qu il n est plus miUtaire ? serait-il blessé ?... mais tu ris, il n'est pas mort.— Oh l c'est toujours un bon vivant. H nous conta un jour qu'après avoir rate, ce tut son terme, ?iotre cuvé de Petapa, en essayant de vous rendre la liberté, il avait enlevé la belle Emenlla, fille d'un gentilhomme d'Amatitlan... — Je sais cela —Qu'il l'avait épousée...— Pour rire ? — Kon sérieusement ; qxi'elle l'avait traité comme.., ( mon beau-frère est absent ) comme ma femme me traita 5 qu'étant mari-garçon, il s'était enrôle a Puebla , sous une autre bannière , au service des insurgés , avait souvent passé par tous les grades... Souvent ? — Oui ^ dans une même campagne , devenant , au besoin , sergent ou capitaine, caporal ou major , soldat ou colonel 5 qu'après avoir longtems servi chez les républicains de Venezuela et de
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Buenos-Ayres, qu'il prétend être ingrats conime aes rois, un passe-droit l'avait deternané à joindre More los,qm l'appellait , qui lui promettait peu e quilui a donné beaucoup , eu le nommant à la place du quartier - maitre.
Il devait être général , au tems qui court. Que me croyau-il devenu f -Mort de la goutte (aF,) chez hsamte , en martyr de la liberté. Sa joie fut celle d un ami quand il sut que vous existiez ; son cliagnn égala sa joie en apprenant que vous habitiez un tombeau. Lui, don Roxas et le général Morelos,
qui vous attend aussi Vraiment ! - Me con-
lièrent 1 honorable et tant désirée mission d'aller à Mexico, pour essayer, par quelque stratagème, d'opérer pour vous et pour nous votre élargissement.
« Un hasard assez malheureux me logea chez Obenisco. Veuf, il tenait l'auberge, et sa sœur le petit café: c était une de ces grisettes que vous ayez fidèlement dépeintes dans vos notes sur cette vil le, et dont j aurais dû profiter. Jolie, me croyant riche, parceque vos amis ne me laissaient pas manquer d or, elle tenta de me séduire, ce qui n était pas difficile , puisqu'elle avait su captiver les plus fiers Espagnols : enfin je devins amoureux, comme don Chrysoslôme, d'une limonadière...— 11 a coulé aussi cette aventure ? — Accompagnée de plusieurs autres : je devins donc amoureux comme lui et plus que lui , car j'épousai ; et notre belle Angeiica , satisfaite de s'appeJler doua de Farennas...~Ah,ah ! mon nom ?...Je l'ai reçu de vous. Angehca, le jour de mon entrée au monastère, niH à la voile avec un lieutenant de guérillas., qui lui fera voir du pays 5 mais elle prendra sa revanche . -Pauvre garçon ! — Hélas, Mon
cher, il est des maux que l'on aigrit en cherchant a les adoucir, et je ne prétends pas te consoler de
( ^71 ) la perte d'Angelica par un sermon plillosopliiqnc ; mais... tu ris déjà ?... — Je croyais que vous plaigniez le'guérillas, en Pappellantpauvre garçon... — Un suborneur ! — Il esi plus à plaindre que moi , [car le voilà charge d'un ange qui le fera donner au diable. — Excellent caractère !
\ ce Admis dans le couvent comme aide-jardinier, au moyen d'un présent fait au père économe , je n'osais tenter de gagner aucun frère , aucun domestique y non de peur de me compromettre , mais dans la crainte d'aggraver votre réclusion , je me bornai au pater indien, et... vous savez le reste, — Je sais que tu es mon sauveur î Quel cliapelet de gratitude je devrai dire à chaque jour ta louange, en rappelantle crocodile, le saut an Palomèque , la tentative de Guatimala, le combat maritime, l'union malheureuse , la prière indienne et la lanterne sourde , qui fut pour moi, ce qu'est , dans une nuit profonde, l'étoile d'Orion pour le navigateur ! — Laissons cela , cher maître. Si j'ai éprouvé quelques peines en voulant vous servir, je vous devais la liberté ; et vous , qui la prêchez sans cesse au genre humain, que de souffrances n'endurâtes-vous pas pour lui dans votre dernière prison , où je ne conçois pas comment vous avez pu exister si longiems ! — J'amusais mon chagrin , en considérant tout mortel comme plus ou moins prisonnier... — Excepté les sauvages. '— Ils ne le sont pas moins que nous... — L'air qu'ils respirent librement, ces immenses forêts, ces vastes plaines qu'ils parcourent, sans qu'un alguasil puisse leur demander leur passe-port ou leur certificat d'émancipation,.,— Moucher Azor , la voûie des cieux est pour tous une cage à poulets , sous laquelle ils attendent, en piaulant, le grain qu'il plaii au maître de leur jeter.
\ '■/ - j ^ ^cage est grande, et... Mon frère vu .,..... «■k me fau penser, continue- t - il en ouvrant un t.roir, qu,l ne faut pas oublier, en partant, la douzaine de lettres que m'écrivirent , du quartiergénéral don Roxas et le capitaine, pour s'intormerdes progrès de mon entreprise... -Donne • je les lirai souvent, et les conserverai toujours ! -1 Je commençais cette lectnre,q„andObeniscovint nous dire que , le jour étant prêt à naître , il était tems de songer au départ. Azor , qui pense à tout, d<?feloppe aussitôt un vêtement bourgeois , neuf et même élégant , déshabille le pauvre moine de ce triste costume qu'il porte depuis tant d'années , et Je transforme en bon négociant; car mou libérateur, redevenu mon domestique sans cesser d'être mon ami, s est fait munir par don Roxas de deux laissez-passer au nom de Pedro Gomenez , voyageur commerçant , et avec le signalement du jacobin , i un desquels passe-ports est signé de don Morelos, et 1 autre de don Calléjas:avec ces deux parasendarmes, je pourrais, en tous sens, parcourir J Amérique; ce qui n'empêche pas que le froc ne sou conserve dans la valise, à telle fin que de raison. ^
Je glisse dans la main d'Obenisco une vingtaine de pistoles,son beau-frère l'embrasse , nous en- Jambons deux excellens bidets du philantrope ; et arrivés au pas à la porte du nord, nous galopnon* ensuite, sous la garde de Dieu, vers les indépen-