CHAPITRE XXXIV
Destin du Conquérant — Une Embuscade,
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Les dernières nouvelles des deux amis n'ont que huit jours de date : elles annoncent qu'ils sont en ce moment à Xalupa , où ils attendent le résultat d'un mouvement subit du quartier-général, qui , venant de laisser le congrès à Apalzingan, s'est porté momentanément à Gentlisco, dans la direction d'Oaxaca , et que le généralissime doit les rejoindre à Xalapa , pour y recevoir un secours e» officiers , armes et munitions , qui arrivaient du. golphe sur des corsaires insurgés. Informés par Azor du nouveau stratagème qu'il avait médité , mais n'avait pu tenter plutôt^ Chrysoslôme et le pliilo- •ophe lui prescrivaient en cas de réussite, de m'amelier à Xalapa.
Nous voici donc en route pour cette ville , où j'avais passé, en l'an XII, pour la première fois, avec mou capitaine Antonio 5 et nous voilà en i8i5 y qui serait aujurd'hui l'an XXIII de la république^ si le héros despote ne lui eût pas donné la mort avant sa quinzième année. En est-il maintenant plus puissant, plus heureux? Il vit les rois à ses genouXj, il posséda l'empire d'occident , il fit trembler le monde j et je le vois, victime de lui-même et de l'ingratitvide , n'avoir pas la propriété d'un seul arpent de terre , ne pas même jouir sur son roc isolé au sein de l'Atlantique , d'un seul atome de cette liberté qu'il ravit à la France {^c^) ^ en protégeant ces mêmes rois... qui n'ont pu balancer la force irrésistible du grand ordre des choses : une république <rst éteinte , dix autres naissent de ses cendres.
Mais , dans celle que le congrès semble vouloir créer ici, car la monarchie tempérée est, k peu près, la république, quVst-ce que notre président et nos amis veulent faire de Varennas , qui lut républicain dans le vieux- monde, qui l'est daiis le nouveau, qui le sera probablement dans i autre ? Si messieurs d'Albion ne mettent pas la iiiam al œuvre pour tout gâter, Fex-avocat , l'exoepute, Fex-gérant, l'ex-instituteur, l'ex-mome, 1 ex-curé, rédigera bien volontiers des articles pour les journaux^ des bulletins, des ordonnances, un pian de constitulio^ 5 il se bornera même à aider les mdépendans de ses conseils, de son expérience^ car d n'est point ambitieux 5 et, si la bonne cause triomphe enfin , comme elle le doit tôt ou lard , il se contentera, pourrécompense, d'un emploi deconservateur d'une bibliothèque nationale, qu'il saura bien organiser : que si le hasard , la discorde retardent longtems le succès, il prendra son parti , et ira se fixer, avec Azor , au Port au- Prince, ou Pétion s'empressera de l'hospitaliser.
En arrivant à la ville à^s Anges, qui se trouvait sur notre route , nous descendîmes chez don A*** , autre ami de FamiMu globe. Une fièvre assez forte, née de la révolution qui s'était opérée si soudainement dans mon sort, m'ayant retenu chez mon hôte plus que je ne m'y attendais , je profitai de ce retard accidentel pour faire part de ma nouvelle évasion à d'anciens correspoodans, à Bolivar, le Lafayette de l'Amérique ibérienne , à d'autres chefs si dignesd'étresesémules, surtout à Miranda, vétéran de lahberté, auquel j'étais uni par i'amitié depuis 92, et dont, en ce moment j'ignorais le cruel destin : j'avais déjà écrit au capitaine et dcanaturalisit que j'espérais aller, avant huit jours, les embrasser à Xaiapa.
L'indisposition en dura quinze; et , dans ce laps de lems si court, arriva un événement épouvantable dont la suite fut désastreuse. Le congrès mexicain, après avoir déclaré , comme je Tai dit , le gouvernement du Mexique indépendant^ et créé un pouvoir exécutif que composaient Liceaga, Cos et le général en chef, avait formé et présenté au peuple, le 20 octobre i8i4,une assez bonne loi fondamentale, établie sur des bases démocratiques , où l'on apercevait à peine la pierre de la royauté , pierre d'attente pour les amis du despotisme , pierre angulaire pour son trône, pierre à cautère pour le bigotisme malade , pierre de touche pour les vrais ou faux patriotes, pierre d'aimant pour les esclaves, pierre à fusil pour les nobles, les oligarques, pierre philosophaîe pour les courtisans, les flatteurs , les intrigans^ pierre d'achoppement et de scandale pour les républicains.
Ceux du congrès prescrivirent ensuite par un décret la formule religieuse du serment que devaient prêter les citoyens appellera jouir des bienfaits qu'aurait assurés la constitution , si elle eût été appuyée par une armée nombreuse , unie , et par de rapides succès. Mais les chefs n'étaient pas des frères , chacun avait son grain d'ambition de couleur différente , et la désunion enfantait souvent les défuites , empêchait toujours les progrès.
Le 24 mai î8i5, les décrets du sénat et cette constitution furent publiquement brûlés à Mexico par d'intrépides royalistes, et la peine de mort portée contre les citoyens qui refuseraient de livrer au yice-roi les copies ou extraits qu'ils pourraient avoir de ces actes.
Inaction nouvelle", qui dura plusieurs mois entre les deux partis : on se bornait à s'observer avec
f 17^) inquiétude /quand il fallait agir avec vigueur. D'un côté , il est vrai, les armes étaient rares ; mais bientôt des corsaires , équipés par des patriotes , leur amenèrent au Mexique , par Piedra de Boquilla et parle golphe, des sabres, des fusils, des canons, de la poudre et des officiers dont quatorze étaient Français.
J'ai passé plusieurs mois, en liberté, à cette époque , sur ce théâtre de sanglantes querelles , et je desirais ardemment voir des compatriotes. Mais je ne pouvais guère les rencontrer qu'au champd'honneur, où mon étoile ne m'entraîna jamais : î'ai cependant eu le bonheur d'embrasser un Français , le vainqueur de Firlande.
En octobre i8i5, Morelos apprit qu'un secours, celui dont j'ai parlé denx fois dans ce chapitre^ lui était arrivé à Puente del Rey , poste fortifié parles indépendans , entre Xalapa , où étaient nos deux amis, et Yéra-Cruz : ce secours était commandé par tm Français , le général Humbert , et par don Toledo, l'ex-représentant aux Cor tes,
Morelos, à cette nouvelle, qu'il attendait depuis longtems , partit de Centlisco, avec une escorte ordinaire , pour aller recevoir ces nouveaux défenseurs de la liberté Mexicaine 5 mais, voulant cacher son dessein , il prit la route qui conduit à la pre- \ince orientale d'Oaxaca 5 contre marche prudente, vu la proximité de Mexico et qui n'exigeait pas un Tin long détour. Mais , instruits par leurs espions du véritable butdeMorelos , les royalistes Tattendirent à Atcama , l'attaquèrent pendant la nuit , écrasèrent sa faible escorte , et , malgré la bravoure du général, le firent prisonnier...
Voici le texte d'une lettre officielle du vice-roi, au chef par intérim du nnnistère de la guerre de Ferdinand , remonté alors sur le trône ; dépêcb''^
( T77 ) interceptée sur le vaisseau la Leona , qui fut pris par el CoJigresso , armateur de Buenos- Ayres ^ et dont j'ai eu copie certifiée par des hommes dignes de foi :
« J'ai.informé Y. E., dans ma première lettre que les rebelles, échappés après la défaite de Morelos, le 5 du mois dernier^ près deTémalaca, étaient encore réunis dansTintendance de Puebla-los-Angeles, non loin deYéra-Cruz, Ils se sont, depuis, assemblés à Téhucan , pour y former une autre jante. Des contestations s'élevèrent entr'eux au sujet de la présidence de cette junte 5 mais Manuel Teran qui a plus de talens que ses rivaux , et était d'ailleurs souienu par deux mille hommes qu'il commande 5 eut plus de chances que les autres pour occuper la place de Morelos.
:>5 Les rebelles, quoique tremblans , pour leur propre destin , m'ont envoyé, par l'intermédiaire de la municipalité de Mexico , la dépêche cijointe, dans laquelle V, E. verra qu'il reJeman»> dent du ton le plus audacieux ^ leur ancien chef Morelos, alléguant à l'appui de cette réclamation, le droit de la guerre et des gens , comme nation libre. J'ai répondu à leur demande par le silence du mépris, seul accueil qu'elle méritait, V. E. voudra bien remarquer leurs expressions, qui lui peindront le caractère de ces rebelles, la haute opinion qu'ils ont d'eux-mêmes, les espérances qu-'ils nourrissent , et la détermination qui les conduit. Par la gazette que je joins à mes dépêches, Y. E. verra Vindulto (amnistie ) que j'ai fait publier, beaucoup plus pour concilier l'opinion publique au gouvernement général, que par une vaine indulgence pour les rébelles.
^ 33 Cette mesure n'aura aucun danger 5 car, à peu d'exceptions près, personne ne 'voudra recouri^
au pardon offert; et j'ai la certitude que les principaux chefs, conuîie toutes leurs bandes, ne voudront pas poser les armes : si , contre mon attente, une forte partie de ces prétendus insurj^és se soumettait, cela nie prouverait qu'ils renoncent à tout espoir, et l'on n'aurait alors plus rien à redouter.
5> Si don I.-Moreno Daoiz , gouverneur de la Puebla , avait suivi mes ordres , il les aurait empêcliés de se re'unir à Téhucan , ou bien il les aurait tellement harcelés , que leur plan eut été infructueux : depuis, ils ont mis fin à leurs dissentions civiles, et formé un gouvernement pour agir de concert avec les bandes qui infestent les routes de Yéra-Cruz à Mexico , et avec celles qui agissent snr les côtes de Barlovente 5 depuis, encore, l^in-* fdineToleào 2l débarqué avec des forces militaires^ et ils ont pénétré jusqu'à Oaxaca et plusieurs outres villes de la même intendance. Je transmets à Y. E la proclamation faite par l'insolent et traître Toledo à son retour du nord de l'Amérique^»
Celui-là n'est-il pas lui-même un véritable traître, qui n'éclaire pas son monarque sur les moyens faciles de calmer une nation justement irritée ?..