II. — Une visite chez le général Tom Pouce
Il nous est arrivé l'année dernière toute une famille d'ouistitis du meilleur monde ; le mâle répond
au nom de Tom Pouce et occupe parmi les mammifères le rang de général.
Les deux femelles s'appellent mistress Straton et missMinnie.
Un voyageur anglais qui a traversé les forêts de l'Amérique septentrionale a trouvé le nid et a apporté les trois ouistitis dans une cage à perroquet.
Mais au lieu de se diriger avec sa collection de mammifères vers le Jardin d'acclimatation, l'Anglais et sa suite sont descendus dans un riche appartement de l'hôtel du Louvre. .
On n'était reçu que sur invitation.
On m'a fait entrer dans un superbe salon.
Devant la cheminée étaient rangés en bataille trois magots qu'on était en train d'épousseter et auxquels je ne fis guère attention.
Je me jetai dajjs un fauteuil et j'attendis en regardant le plafond.
Au bout de quelque temps quelque chose se mit à gratter le talon de ma botte.
— Enchanté de vous voir, dit en anglais une espèce de voix de casse-noisette.
Je me baissai et je vis grouiller à mes pieds un petit monstre.
C'était.le général.
Comme figure, c'esi M. Emile Solié, du Siècle, à Tàge de deux cent soixante -quinze ans.
La tête tient du potiron et la taille du melon.
La voix donne avec bonheur Vut dièze du scieur de pierre.
Le tout était habillé à la dernière mode.
L'ouistiti me tendit une patte et me présenta aux deux femelles devant la cheminée.
Mistress Tom Pouce était en toilette de bal et couverte de diamants.
Miss Minnie rougit légèrement, comme il convient à une jeune personne bien élevée.
Et comme je leur jetais quelques noisettes, le gardien anglais arrêta mon bras et dit :
— Sir ! il est défendu de leur donner aucune nourriture.
En ce moment, il se fit un grand bruit à la porte.
Tom Pouce se dirigeait vers le vestibule, et je pus constater en ce moment que sa démarche possède la grâce d'une souris mécanique à cent sous.
— Qu'y a-t-il ? demanda le casse-noisette à l'huis* sier.
— Monsieur Paulin Limayrac, directeur du Constitutionnel, désire présenter ses respects au général.
L'ouistiti toisa du regard la petite taille du visiteur, et répondit ;
— C'est impossible, les enfants n'entrent pas ici.
— Que la fête commence ! dit le cornac.
Aussitôt on introduisit Timothée Trimm, du Petit
Journal^ qui venait prendre des renseignements pour ses trois cent mille lecteurs, et qui demanda Tàge, le lieu de la naissance des ouistitis, ainsi que le nom de la forêt vierge où avaient été bénis les époux. Quand Timothée Trimm eut terminé son interrogatoire, il dit en anglais :
— Général ! n'a,vez-vous rien oublié?
— Non, monsieur le juge d'instruction ! fit l'ouistiti.
— Nous allons maintenant montrer le petit à l'honorable société, dit le gardien.
Et une immense anglaise parut, tenant dans ses bras une poupée qui est le chef d'œuvre de la mécanique, et dont on pourrait au besoin faire un superbe porte-allumettes.
La poupée dit papa et maman, remue les yeul et montre les dents.
L'ouistiti contempla son œuvfe avec une joie féroce.
Le gardien dit quelques mots à l*oreillë du mâle.
Celui-ci se pencha vers les femelles. Un triple cri de joie s*échappa des taK^atières qui leur servent de poitrine;
Une seconde après, Técayer quadrumane se précipitait dans le salon.
Ce ne furent, pendant cinq minutes, que poignées de main, baisers, accolades.
Que Youlez-Yous? quand on ne s'est pas vu depuis longtemps, on est bien aise de se retrouver.