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TOME II

5o MÉMOIRES

les termes les plus flatteurs, son dësir et celui de la cour de nous conserver pins long-temps à Dresde. L'élcctrice douairière m'en dit autant. Enfin plusieurs membres de la noblesse (à la tête desquels se trouvait M. le baron de Raknitz), et plusieurs personnes distinguées de la bourgeoisie, firent circuler une souscription pour me dédommager de l'augmentation dappoinlemens que Seyler m'avait refusée. On me remit dès le lendemain une somme de quarante-deux ducats, avec un billet anonyme qui contenait la promesse d'emplojer tous les moyens possibles de nous tirer d'embarras. Il me fallut enfin prêter l'oreille à tant de séductions et de démarches bienveillantes , pour ne pas me montrer ingrat et malhonnête. Je me rendis donc chez Seyler, pour lui dire que je n'exigeais plus, pour l'année courante, l'augmentation demandée, et je retirai ma démission. La souscription ouverte par le premier conseiller des finances, M. Muldner, qui était à la tête de mes bienfaiteurs et de mes amis, eut de si bons résultats, qu'en peu de temps elle monta à une somme considérable. La majorité des souscripteurs décida que l'on devait consacrer cet argent à faire retracer les traits de ma femme.

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Par suite de celte résolution , le peintre Graf fut chargé de la peindre dans la situation la plus intéressante du rôle d'Ariadne. Le tableau , en grandeur naturelle , réussit parfaitement, fut placé dans un cadre élégant, et le joui* de l'an, l'artiste l'offrit à ma femme, au nom du public de Dresde.

Au commencement du printemps, la cour se rendit à Pilnitz, et les acteurs partirent pour la foire de Leipsick. Là, j'ajoutai encore au cercle de mes amis, le marchand d'estampes Rost , le poète Jemger, le pharmacien Gallisch , le professeur Schocher, Plochlaufer, Breilkopf, Kunath, et le marchand pelletier Froisch. Sejler fît une acquisition très rêcommandable dans la personne d'Opitz, jeune homme rempli de talens, qui avait étudié jusqu'à présent à Leipsick , mais qui maintenant voulait se vouer au théâtre.

Seyler désirait de conserver dans son entier une troupe aussi parfaite que l'était la sienne, et qui consistait presque entièrement en véritables artistes. Pour y parvenir, il proposa, pendant notre séjour à Leipsick , de créer un fond de pension pour le soutien viager des acteurs émériles. Ce plan fut approuvé par tous les membres de la société, Seyler, de son côté,

accorda chaque année deux représentations à bénéfice, pour améliorer cet établissement, et, dans la même intention, chaque acteur, suivant ses moyens , se soumit chaque semaine à une retenue sur ses appointemens. La première représentation à bénéfice eut Heu immédiatement après cette résolution prise.

Grossmann composa pour cette occasion un discours de circonstance adressé aux spectateurs. Ce discours fut prononcé avec autant de grâce que de chaleur par ma fille , qui haranguait pour la première fois le public, et fut couverte d'applaudissemens. (i)

La foire terminée, nous retournâmes à Dresde. Mais comme, pendant l'été, la cour reste rarement dans cette ville, et que la partie la plus distinguée du public va également goûter les plaisirs de la campagne, Seyler, par spéculation, établit son théâtre dans une grande baraque , près des bains de Link , en dehors de la porte Noire, espérant attirer par là les baigneurs et les personnes qui se promenaient. Ce séjour champêtre me fut

(i) Cette institution utile ne fut malheureusement pas de longue durée. On en trouvera les motifs dans la suite de cet ouvrage.

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particulièrement agréable, en ce qu'il favorisait mes travaux dramatiques. Indépendamment de quelques pièces que je prêtai, lorsqu'elles furent achevées, à quelques lecteurs curieux, et que je ne conservai pas, je composai dans cet endroit la comédie qui a pour titre : La Célébration des noces, ou la Belle- Mère , qui fut représentée l'hiver suivant à Dresde, ainsi que mon drame des Médicis , et obtint l'approbation du public, (i)

Voyant à cette époque que plusieurs de mes rôles avaient été confiés à de nouveaux arrivés, et que l'on pouvait jouer beaucoup de pièces sans moi, je résolus, après en avoir demandé la permission au directeur, de faire un voyage de quelques semaines dans ma ville natale.

La joie de ma bonne mère à mon aspect ne saurait être exprimée , car elle avait déjà perdu tout espoir de me revoir jamais. Aussi remercia-t-elle Dieu avec ferveur de ce bonheur inattendu. Je ne retrouvai plus ma tante,

(i) La Célébration des noces fut représentée, à Berlin , sous le titre : Est-ce un homme ou une fille ? titre que mon ami Eugel lui avait donné fort à propos. Les Médicis furent aussi heureux.

et je sentis d'autant plus vivement sa perte, qu'elle avait témoigné quelque attachement pour moi dans les derniers jours de sa vie, et que je ne pouvais plus ni me convaincre du changement opéré dans ses sentimens, ni l'en remercier, en l'assurant que mon amour pour elle était toujours le même. Après sa mort, ma mère, déjà avancée en âge, ne pouvant plus travailler, fut assez heureuse pour obtenir, à la recommandation d'un de ses protecteurs , une place dans le couvent Saint- Pierre, où elle espérait finir ses jours en repos. Cependant le terme de ma permission approchait, et il fallait songer à partir au bout de quelques semaines. Je consolai ma mère et mes amis, en leur promettant de revenir les voir le plus tôt possible avec ma femme et mes enfans.

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