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CHAPITRE XI

Dresde. — Leipsick. — Dresde. — Rencontre avec Lessing. — Engagement de Seyler à Manheim. — Nouvelle direction du théâtre. — Dresde. — Leipsick.

A mon arrivée à Dresde , j'eus le plaisir inattendu de retrouver mon ami Eugel. Bientôt après arrivèrent au^si Moses, Meudelsohn et le célèbre auteur Meissner. Le premier désira voir une représentation du mélodrame SAriadne. La pièce ainsi que le jeu de Charlotte obtinrent l'approbation du célèbre philosophe, et nous procurèrent l'assurance précieuse de son estime et de son amitié.

Comme la cour et une grande partie du public préféraient de véritables comédies à des drames sérieux, j'essayai, dans mes heures de loisir, d'arranger quelques pièces comiques des poètes français qui pourraient être représentées sur notre théâtre. La première comédie que je terminai fut le Médecin malgré lui , de Molière. Seyler la fit étudier par les acteurs ; mais comme la représentation de cette

pièce n'eut que peu de succès , je renonçai bientôt à la traduction, et j'employai mon temps d'une manière plus utile à composer des ouvrages originaux.

Au commencement de l'automne, nousfermarnes notre théâtre champêtre, et nous retournâmes à Leipsick pour nous y dédommager, pendant le temps de la foire, des minces recettes que nous avions faites pendant l'été. Après un séjour de quatre semaines, nous apprîmes que la cour venait d'arriver à Dresde. Nous fumes donc obligés de partir au moment où nous étions le plus suivis, et de retourner dans cette résidence pour rouvrir notre théâtre.

Comme ces voyages continuels interrompaient sans cesse l'instruction de ma fille , et nous forçaient même à la négliger, je résolus de la mettre en pension à Dresde. Là , elle reçut une très bonne éducation avec MI,e de Bischofswerder l'aînée , M!Iede Rechteret d'autres jeunes personnes qui entrèrent en même temps qu'elle dans l'institution. Ses maîtres, pour la musique, furent le fameux pianiste, M. Transchel, et sa ci-devant écolièreMlleAnek. Dans la suite, M. Mariottini, chanteur de l'Opéra, lui donna aussi des leçons.

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Lessing, qui venait d'achever à cette époque son voyage d'Italie, passa, chemin faisant, par Dresde, et fut très satisfait de me retrouver, ainsi que ma famille, dans une situation aussi heureuse. Comme il ne pouvait s'arrêter ici que peu de temps, nous profitâmes de quelques heures pour causer tranquillement pendant le dîner; et les sujets principaux de notre conversation furent son voyage et l'état actuel du théâtre allemand. Il regrettait beaucoup que la véritable comédie tombât peu à peu en décadence ; blâma sévèrement les drames historiques si fort à la mode depuis quelque temps, l'irrégularité, le tapage, les marches, les tournois, les changemens fréquens de décorations, etc. , etc. , dont ils étaient surchargés. Il se prononça avec malice sur le peu de respect qu'on avait pour la langue et pour les mœurs, dans plusieurs pièces de ce genre. Quant à moi, il me félicita d'être resté fidèle à ma propre manière, et de ne pas m'être laissé entraîner, comme quelques autres poètes, par l'exemple des grands génies qui voulaient à présent donner le ton , aux talens et aux beautés desquels il rendait du reste toute justice. Pendant cette conversation , nous vîmes tout à coup entrer dans la chambre

son frère qui arrivait de Camenz , et qu'il n'avait pas vu depuis quelques années; cette apparition soudaine interrompit notre entretien; je pris congé de mon ami, et, à mon grand regret, je ne l'ai jamais revu depuis.

Dans le cours de cet hiver, Seyler reçut la proposition de s'engager, avec toute sa troupe, à Manheim. Les avantages qu'on offrait lui paraissant plus considérables que ceux dont il jouissait en ce moment, et voyant d'ailleurs qu'on lui refusait à Dresde non seulement l'amélioration qu'il avait demandée , et la somme qui lui était accordée par la cour, mais qu'on exigeait en outre l'admission et le renvoi de plusieurs acteurs, chose à laquelle il lui était impossible de consentir, il rompit son contrat et accepta la proposition qu'on lui avait faite. La cour, qui s'était accoutumée au théâtre allemand, et qui désirait de le conserver, résolut d'ériger un théâtre à ses frais, et jeta les yeux sur moi pour l'organisation et la direction de cet établissement. M. le comte de Marcolini, premier chambellan, me fît des propositions à ce sujet. La confiance dont la cour m'honorait était trop flatteuse; les appointemens de i3oo écus qu'on m'offrait, avec la promesse d'une aug-

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mentation de centëcus chaque année, étaient beaucoup trop avantageux pour ne pas nie décider à contracter de suite un engagement aussi lucratif. J'acceptai donc h l'instant les offres de la cour , et je demandai mon congé à Seyler. A peine la nouvelle se fut-elle répandue de l'établissement prochain d'un théâtre de la cour, qu'une foule d'acteurs de la Bohême, de la Franconie, et d'autres pays voisins, arrivèrent pour y être admis. Après leur avoir fait subir un examen , je choisis les meilleure, et engageai quelques commencans qui montraient des dispositions. Dans ce nombre se trouvait Mllc Sey fert , jeune personne pleine de talens, dont je ferai mention dans la suite, et M. Fluk qui, par son génie et son application , devint peu à peu un acteur du premier rang. J'invitai plusieurs artistes célèbres des théâtres étrangers, auxquels on accorda, sur ma proposition , des appointemens considérables; et comme plusieurs membres du théâtre de Seyler prirent aussi des engagemens sous ma direction , la compagnie fut complétée au bout de quelques mois, et atteignit même le degré de perfection que la cour désirait. A la fin de l'hiver , Seyler partit avec son monde pour Leipsick , dans l'intention d'y passer le

temps de la foire. Ensuite il prit le chemin de Manheim, avec les acteurs qui lui restaient et les nouveaux arrivés , tandis que moi je restai à Leipsick , avec le noyau de la future société des comédiens de la cour, attendant l'arrivée de plusieurs 'acteurs étrangers que j'avais engagés, pour ouvrir convenablement le théâtre confié à ma direction.

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