CHAPITRE V
Séjour à Berlin et à Pots dam.
Depuis douze ans que j'étais absent de Berlin, il s'y était opéré beaucoup de changemens. Plusieurs de mes meilleurs amis et de mes protecteurs étaient morts ; mais la perte de l'honnête directeur de la police , M. Gilbert, fut pour moi la plus sensible. Ramier et de Winansko étaient les seuls qui restaient encore de tout le cercle amical dans lequel j'avais goûté autrefois tant de plaisirs. Ramier, ce grand poète , n'avait toujours que l\oo écus dappointemens ; et le dernier était toujours lieutenant. Ce qui fut pour moi bien consolant , c'est que je retrouvai ici mon ancien ami Eugel , qui avait enfin obtenu un emploi , par l'intervention du ministre, M. de Zediitz. Je
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soumis au jugement de ce véritable connaisseur les ouvrages dramatiques que j'avais composés jusqu'à ce jour, et je profitai de sa critique pour les corriger. Ma fille fut infiniment satisfaite de revoir ici son amie, Mme Mara. Celle-ci reçut à bras ouverts sa ci-devant écolière , et lui continua avec zèle les leçons de chant qu'elle avait été' forcée d'interrompre à Dresde. Comme Minna avait fait de grands progrès sous M. Marcottini , qui avait été son maître jusqu'à présent, elle arriva en peu de temps au point de pouvoir se hasarder à donner , sous la direction de sa maîtresse , un concert public qui fut extrêmement lucratif, et dans lequel la jeune chanteuse fut engagée à de nouveaux efforts , par le succès extraordinaire qu'elle obtint.
Pendant notre séjour à Potsdam , la princesse Amélie de Prusse avait envoyé chez moi, et m'avait fait prier de venir la trouver. Aussitôt après mon retour, l'invitation me fut renouvelée, et je m'y rendis. La princesse commença la conversation en m'adressant ce compliment flatteur : ce Jusqu'à ce jour, je n'avais pas eu beaucoup de goût pour le théâtre allemand; mais, depuis que jai lu vos pièces, le plaisir qu'elles mont fait m'a
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reconciliée avec lui , et dès ce jour je le fréquenterai plus souvent. » Cet éloge inattendu ne me mit pas dans un petit embarras, car je connaissais parfaitement tout ce que pouvaient valoir mes ouvrages dramatiques. Elle me demanda si je n'étais pas disposé à prendre la direction du théâtre de cette ville à la place de Dobbelin, dont ni elle ni le roi son frère n'étaient contens ; elle m'assura en même temps que, dans ce cas, je ne manquerais ni des secours ni des protections nécessaires.
Quelque honorable que fût cette proposition , je me vis cependant obligé de la refuser, à cause de l'engagement que j'avais pris avec la direction du théâtre de Manheim ; je me permis en même temps de représenter que Dobbelin était, par la bonté du roi , possesseur d'un privilège ; qu'il avait employé plusieurs années a mériter sa nomination , et que le public paraissait content de ses dispositions. « La troupe est bonne dans son genre, repartit la princesse; mais la direction ne vaut rien, et Dobbelin lui-même est mauvais économe. » Je baissai les yeux et me tus. Alors elle me fît une autre proposition, non moins inattendue. Elle voulait composer un oratorio , d'après un de mes ouvrages , et m'en-