TOME II
o8 mémoires
Quelques années après , sa gracieuse maîtresse avait enGu payé le tribut à la nature , et avait, peu de temps avant sa mort, institué comme unique héritier de tout son bien, qui était assez considérable, un ancien valet de chambre de feu monsieur son mari, qu'elle avait déjà depuis long-temps honoré d'une distinction toute particulière. Lui-même s'était, après la mort de sa maîtresse, retiré dans le Palatinat, sa patrie. A.vec une petite fortune, fruit de ses économies, il avait choisi Heidelberg pour y fixer sa demeure, y avait établi une auberge, et était parvenu , par son activité et par la grâce de Dieu , à faire partie de la classe des citoyens aisés. Je ressentis la joie la plus sincère de retrouver, dans une position heureuse , ce brave homme , qui se donna toutes les peines possibles pour me traiter de son mieux, et qui , pour cette fois , ne voulut pas absolument recevoir d'argent.
J'eus aussi le plaisir tout-a-fait imprévu de voir ici le prince héréditaire de Weimar , accompagné du conseiller intime de Gothe , et peu après, parut la duchesse régente en personne. Ces ddux grands personnages gardèrent le plus strict incognito. J'allai leur faire ma cour, et en fus reçu avec la familiarité or-
dinaire. Ma fille eut l'honneur, à la demande de son illustre protectrice, de faire entendre quelques ariettes , dans un concert qui eut lieu chez le baron de Daîberg, et d'obtenir les suffrages les plus flatteurs. Ce qui nie fut extrêmement agréable dans cette circonstance, ce fut la présence du conseiller de la régence, M. d'Einsiedel (maintenant grand maître d'hôtel). Je reconnus toujours en lui l'ami droit et sans prétention , d'autrefois.