CHAPITRE VIII
Séjour à Schwedt et à Stettin.
Quelques attraits qu'eût Berlin pour moi et pour ma famille , il fallut cependant nous décider à en partir. Dès que j'eus reçu la lettre de recommandation du prince héréditaire, je pris congé de mes amis, et partis pour Schwedt , où notre arrivée prochaine avait été annoncée au margrave par le secrétaire de son cabinet, M. Lauer. Par un hasard singulier, plusieurs artistes musiciens s'y trouvaient alors réunis. Outre les membres de l'excellente chapelle du margrave , où se distinguaient principalement Prinz , Mathes ,
Heinze et Mainzer , nous trouvâmes dans cette ville le directeur de musique Hiller, de Leipsick , avec les deux sœurs Pudleska , qu'il avait formées dans l'art du chant, et qu'il emmenait à Mittau , pour les placer dans la chapelle du duc de Courlande. Le maître de chapelle Naumann , de Dresde , et les deux frères Tourner , virtuoses distingués sur la flûte , s'y rencontraient aussi ; mais ce qui me fut particulièrement agréable, ce fut d'y trouver le respectable prédicateur Patzke , de Magdebourg, dont j'ai déjà fait mention. Peu de temps après notre arrivée, nous fûmes présentés au prince par le directeur du théâtre Moller. Son altesse nous fît non seulement un accueil très gracieux , mais elle ordonna aussi à notre ami Lauer d'arranger pour nous plusieurs parties de plaisir champêtres. Après un séjour très agréable de quinze jours, pendant lesquels ma femme et ma fille eurent l'occasion de montrer leurs lalens dans quelques comédies et quelques concerts, nous prîmes enfin congé du margrave , qui nous fît un présent considérable, et nous continuâmes notre voyage pour Stettiu. Ma mère, à qui je n'avais pas annoncé notre arrivée prochaine, fut très agréable-
ment surprise par l'aspect inattendu d'une famille qu'elle chérissait si tendrement ; et nous ne fûmes pas moins charmés de la revoir si bien portante et si gaie dans un âge aussi avancé. Pour ne perdre aucun des momens qu'elle pouvait passer dans notre société , elle nous accompagnait partout où nous allions ; et son cœur maternel ne pouvait s'empêcher d'exprimer de vive voix le plaisir que lui causait notre présence , et l'orgueil que lui inspirait l'estime dont nous étions partout honorés. Elle disait à chacune de ses connaissances qui nous rencontrait : « Voici mes enfans ; et moi, je suis l'heureuse mère de cette famille. » Quelques recommandations que j'avais reçues à Berlin pour diverses maisons distinguées de Stettin , nous procurèrent partout l'accueil le plus distingué (i). Mes relations avec la famille de Flemming et le syndic provincial Pauli, l'un de mes vieux
(i ) Les marchands Triesner et Barthold, ]e conseiller de la chambre criminelle Effenbarth , le directeur général Flesch , le directeur Tarja , le conseiller aulique Lauer , le conseiller des domaines Krùger , le directeur de musique Wolf , le pharmacien de la cour Meyer, etc.
et de mes excellents amis, me causèrent un plaisir particulier. Toutes ces aimables familles s'empressèrent à l'envi de nous rendre le séjour de Stettin le plus agréable possible, par des repas , des bals , des parties sur l'eau. Dans quelques concerts que ma fille donna , à la demande des amateurs de cette ville, elle réunit tous les suffrages. La princesse Élizabeth, qui est elle-même bonne musicienne , et joue de divers instrumens , honora plus que jamais la jeune cantatrice de son affection , et eut même la complaisance de lui donner plusieurs fois, ainsi qu'à sa mère, des preuves de son habileté dans la musique. Un jour que je me trouvais dans un appartement voisin, je l'entendis sans être aperçu; on me découvrit enfin ; mais ma curiosité ne fut pas prise en mauvaise part.
J'aurais désiré jouir plus long -temps de la société de mes excellens compatriotes, si le temps , dont je devais être avare , me l'eût permis ; mais , dans les circonstances où je me trouvais , il fallut encore partir. Cette séparation fut également douloureuse pour ma mère , pour mes amis et pour moi ; car nous nous aimions tous tendrement ; et , m'étant engagé pour plusieurs années avec
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la direction du théâtre de Riga , je ne pouvais espérer de revoir bientôt ma ville natale.