‹ Mémoires de BrandesChapitre 43 sur 97 · TOME H. i · texte numérisé non relu

TOME H. i

Tout ce qui flatte le goût, tout ce qui n'est pas un produit du pays , les herbes potagères se vendent pour ainsi dire au poids de l'or.

Si cette dernière denrée est aussi rare et par conséquent fort chère , il faut en voir la cause dans la rigueur du climat et dans la nature du terrain qui avoisine Riga, et qui est entièrement sablonneux. D'ailleurs, les habitans ne prennent pas la peine d'employer leur temps à un jardinage aussi peu lucratif. Dès que l'hiver touche à sa fin , des paysans russes arrivent d'une distance de deux ou trois cents werstes, et entourent d'une haie quelques emplacemens où l'on a transporté pendant l'hiver la boue des rues, qui, à cause des fréquens charriages de blé faits à cette époque, fournit un très bon engrais. Alors ils labourent la terre , et en peu de semaines ces places sont transformées en jardins , où croissent des légumes de toute espèce, dont la vente les dédommage largement de leurs peines. Dès que l'été est sur le point de finir, ils abattent leurs haies , les confient à la garde des habitans voisins jusqu'à la saison prochaine, et s'en retournent dans leurs foyers avec leurs profils, montant de 80 à 100 roubles.

Gomme il ne croît presque pas de fruits

dans cette contrée, et que le raisin n'y parvient jamais à sa maturité, les étrangers prennent soin d'y suppléer. Chaque automne, des navires français, de Lubeck, de Rostock et de Stettin apportent en abondance des pommes, des poires , et tous les fruits qui peuvent être transportés. D'un autre côté, les Russes industrieux d'Astracan et de l'Ukraine apportent le plus beau raisin, qu'ils vendent à un prix très modéré, eu égard à la distance de plusieurs milliers de werstes qu'ils sont obligés de parcourir, (i)

Le commerce en gros est très considérable dans cette ville. Les arrivages de marchandises, et surtout de blé, de chanvre et de graines de lin envoyés de la Livonie et de l'Estlande, sont si considérables, qu'en hiver presque toutes les rues sont couvertes de traîneaux, à un tel point, que je fus souvent obligé d'en franchir quelques uns pour continuer mon chemin.

Ordinairement le Lette, comme aussi le simple Russe, n'a besoin pour vivre que de deux ou trois copeks (six ou neuf deniers) par jour. En faveur de cette classe, on a établi

(i) Treize werstes font deux lieues d'Allemagne.

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devant la porte appelée Wasserthon deux longues cabanes couvertes, mais ouvertes de deux côtés, au milieu desquelles sont disposés des tables et des bancs , où plusieurs milliers de convives peuvent se placer à la fois. Dans le voisinage de cette salle à manger publique, se trouvent des Russes qui vendent pour un demi-copek ou pour un copek du gruau cuit, du lait caillé , des tripes , des basses viandes , des pieds de bœuf, des poissons, etc. tout apprêtés , et que l'on peut manger sur-lechamp; ils entretiennent aussi sur un brasier, et dans de grands vases de cuivre, l'oxymel bouillant qu'ils vendent saupoudré d'un peu de poivre broyé, à des prix également modiques. Le Lette ne porte ni souliers ni bottes, mais une espèce de chaussons attachés audessus des chevilles avec des rubans. Parmi les femmes de cette nation, il s'en trouve beaucoup qui se distinguent par une taille svelte, des traits réguliers et des manières engageantes; elles portent, comme les hommes, des chaussons aux pieds; et, comme il ne leur est permis de porter ni coiffes ni bonnets , elles tressent leurs cheveux, entourent leur tête d'un ruban de soie, et repassent les deux nattes dans le ruban, de manière qu'elles

descendent sur le cou. Cette coiffure leur sied à merveille , et a beaucoup de ressemblance avec l'ancienne coiffure grecque.

En décembre, les jours sont à Riga plus courts de deux heures qu'à Berlin; en juin, ils sont plus longs du même intervalle de temps. Plusieurs fois, par un temps très nébuleux , comme je demeurais dans une rue étroite, et en face d'une caserne d'artillerie, dont les murailles élevées interceptaient le peu de jour qui aurait pu parvenir jusqu'à moi , il m'est arrivé de ne pas ouvrir les volets, et de travailler toute la journée à la lumière; dans les mois d'été, au contraire, j'ai pu , à onze heures du soir , lire très facilement, et sans lumière, une écriture extrêmement fine ; en été , la chaleur me paraissait ausri accablante que le froid était rigoureux en hiver.

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