TOME II. iq
de la troupe avant le commencement de l'automne, en accordant exclusivement à plusieurs comédiens une augmentation d'appointemens considérable, et que par conséquent ils se croyaient en droit d'élever les mêmes prétentions. Les ingrats furent assez effrontés pour exiger devant le juge les mêmes avantages qu'ils avaient obtenus secrètement de moi ; je fus condamné à accorder à mes accusateurs l'augmentation sollicitée, à laquelle mon collègue RIoss dut aussi contribuer pour sa part, quoiqu'à contre-cœur et en branlant la tête.
Plusieurs d'entre eux ne se contentèrent pas de ces avantages, et demandèrent encore de temps en temps , indépendamment de l'augmentation qu'ils m'avaient extorquée, des avances considérables sur ma propre caisse. Je les leur accordai également en raison des circonstances, parce que je me flattais que par là je me les attacherais, s'il était encore possible d'éveiller en eux un sentiment de reconnaissance et d'honneur; mais à peine eurentils reçu la somme désirée, qu'ils partirent à mon insu. Mon argent fut perdu, et je fus encore obligé de remplacer ces fripons aussi bien que possible. Le pire de l'affaire , fut que
mon collègue Kloss ne me dédommagea point de ces dépenses et de mes avances en argent. Au contraire , il me reprocha ma trop grande bonté' , ma trop grande indulgence envers ces misérables , et me dit que je ferais mieux de les envoyer au diable sans plus de ménagement. Mais cet homme sévère ne sentait pas que notre situation critique exigeait absolument des sacrifices et une patience angélique, et qu'une conduite plus rigoureuse aurait inévitablement amené notre perte.
Dans le petit nombre des acteurs sur la fidélité et le dévouement desquels je pouvais compter avec quelque assurance, se trouvaient M. Herdt, dont j'ai déjà fait mention dans les Mémoires ; madame Wallenstein , Beck et Normann. Il est certain que plusieurs de ces personnes m'auraient été beaucoup plus chères, si elles eussent rempli leurs devoirs sans contradiction , et si elles m'eussent épargné dans ma situation , qui sans cela était assez désagréable , des plaintes et des réclamations par écrit , dont le contenu était ordinairement plus ou moins chagrinant pour moi. Mais celui que je distinguai particulièrement fut M. Lambrecht, habile connaisseur, d'une probité à toute épreuve, et d'une bonne
volonté infatigable. Il remplissait ses devoirs, non seulement avec une exactitude extraordinaire, mais il chercha même à me soulager dans mes pénibles fonctions, en me secondant avec une amitié dont je me félicite de pouvoir le remercier encore dans cette occasion.