TOME II
mangea pas, on ne but pas , mais on dévora, on engloutit , et ce que les hommes ne purent pas dévorer on le jeta aux chiens qu'on avait amenés. Enfin le soir arriva; K.... demanda le compte , que l'aubergiste apporta aussitôt , comptant sur le payement immédiat ; mais celui ci, au lieu de prendre sa bourse, sortit de sa poche la reconnaissance de son débiteur, la compara avec le compte, trouva que, déduction faite, l'aubergiste lui devait encore quelques écus , et déclara enfin sèchement qu'ayant prévu qu'il ne recouvrerait jamais l'argent qu'il lui avait prêté , il avait voulu au moins se faire payer de cette manière. L'aubergiste resta pétrifié; mais K...., sans faire attention à ses prières lamentables et aux plaintes amères qui succédèrent aux larmes de ce malheureux, se jeta froidement dans sa voiture , et partit avec sa famille. Tout le reste de la société fut extrêmement indigné d'une conduite aussi basse. Les plus riches eurent enfin pitié du pauvre S....1, qui était sur le point de se livrer au désespoir ; ils se cotisèrent le lendemain, et lui envoyèrent le montant de son compte. Pourrait-on croire qu'il y ait des hommes capables dune pareille inhumanité ?