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CHAPITRE XI

Séjour à Brème. — Concert. — Curiosités. — Retour à Hambourg.

Nous trouvâmes à Brème deux virtuoses qui avaient également l'intention de se faire entendre. Le fameux abbé Vogler et une Italienne nommée Pogguini. Cette dernière avait une excellente voix d'alto , et donna deux

concerts avec succès. Comme elle s'était procuré la permission des magistrats avant notre arrivée , nous fûmes obligés de prolonger notre séjour d'une semaine. Enfin le tour de ma fille arriva; son chant et son exécution excitèrent à la vérité l'admiration ; mais les recettes ne suffirent pas pour me dédommager des frais du voyage et des autres dépenses inévitables. Enfin, l'abbé Vogler donna aussi des preuves de son talent sur l'orgue; et, entre autres morceaux de sa composition , il exécuta la Mort du prince Léopold de Brunswick. Pour faire plus facilement comprendre aux auditeurs le sujet de cette triste histoire , on en distribua le récit imprimé; mais, maigre cette précaution et l'exécution parfaite de l'artiste, ce genre de sonate dramatique n'obtint pas généralement l'approbation que l'on espérait. Comme nous étions très avantageusement recommandés par nos amis de Hambourg, nous fîmes en peu de jours de nombreuses connaissances! On nous fit particulièrement un accueil très aimable chez le négociant Schellhase, le maître de poste Schubart, le syndic d'Elking, le directeur de musique, M. Horst, qui voulut bien s'occuper des préparatifs de nos concerts, et chez le conseiller aulique ,

M. le baron de Vring. Chez ce dernier, j'eus l'occasion d'admirer l'abbé Vogler comme pianiste et comme compositeur. Entre autres preuves de son talent, il exécuta sur-le-champ et d'une manière admirable, douze variations sur un thème difficile que Minna avait improvisé. 11 surpassa ma fille en agilité ; mais il eut la modestie de lui donner la préférence sous le rapport de la délicatesse et de l'expression.

La société de plusieurs étrangers , qui logeaient dans l'hôtel où nous étions descendus, nous procura des instans fort agréables. C'étaient le colonel anglais, M. de Knoblanch, et les négocians Kroger et Ducos (i), de Bordeaux. Nous visitâmes avec eux les environs et les curiosités de la ville , entre autres , le fameux souterrain , appelé Cave de plomb > où, dit-on, les cadavres ne pourrissent pas, mais se dessèchent. Pour nous en donner une preuve, notre conducteur nous montra quel-

(1) Ducos, jeune Français, d'un tempérament vif, mais en même temps d'un excellent caractère , eut le malheur de devenir victime de son opinion , et de perdre la tête sur l'échafaud pendant la révolution qui eut Heu quelques années après dans sa patrie.

ques momies placées dans des cercueils ; puis cette partie des caves de la ville , appelée Rose^ où l'on conserve les vins du Rhin , les plus vieux et les plus délicieux de toute l'Allemagne; le Schutting, etc. etc.

Le fameux directeur du théâtre, M. Abt, étant mort , on désirait depuis long-temps avoir ici un bon spectacle. Plusieurs amateurs crurent que j'étais venu à Brème dans l'intention d'obtenir une permission pour former un établissement de ce genre ; mais comme on vit que je me préparais pour retourner à Hambourg , sans faire mention d'une telle entreprise, le bourgmestre Pundsok me fit inviter à me rendre chez lui, et me promit toutes les protections possibles, si je voulais me résoudre à former une bonne troupe de comédiens pour Brème , et à me charger de la direction du théâtre; que, dans ce cas, on ferait aussitôt bâtir une salle convenable , aux frais de la ville; mais la triste expérience que j'avais faite tout récemment à Hambourg , m'avait ôté l'envie de me charger encore d'une pareille entreprise. Je remerciai donc ce digne magistrat de la proposition qu'il avait bien voulu me faire, en lui disant qu'il m'était impossible de l'accepter .Quelques jours après, je pris congé

de lui, de mes amis et de mes connaissances, et je retournai promptement avec ma fille a Hambourg.

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