‹ Mémoires de BrandesChapitre 69 sur 97 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

blait m'annoncer son sort futur.) Vivez bien ensemble! Aimez-vous. » (i)

Elle voulut continuer; mais, dans cet instant, elle vit entrer dans la chambre un de mes meilleurs amis, M. le négociant Hagen. « Ah ! vous voilà aussi , mon cher Hagen ! Approchez-vous. (En lui tendant la main) :

Que Dieu vous bénisse aussi; je meurs »

Les sanglots de ma fille et ma douleur profonde attirèrent encore ses regards sur nous. « Mon cher, mon malheureux époux , (à Mmna) et toi aussi, mon enfant; je vois, vous ne pouvez pas supporter ma perte. Allez!

(i) Cette recommandation me frappa vivement, parce que Minna m'avait toujours été fort attachée, et me donnait presque à chaque instant des preuves de son sincère attachement. De mon côté , je l'aimais si tendrement, que ma femme m'engagea souvent à mettre des bornes à cet amour , à cette complaisance excessive. Peu de jours auparavant, elle ajouta à ces avis les paroles suivantes , qui me parurent depuis Lien remarquables : « Minna est une excellente fille, c'est maintenant notre unique enfant, notre favorite; mais les preuves trop vives que tu lui donnes de ton amour affaiblissent beaucoup tes droits comme père! J'ai le pressentiment que tu te repentiras un jour amèrement de cette tendresse exagérée. » Hélas ! ce pressentiment devint dans la suite une triste vérité.

DE BR ANDES. 33q

allez! recevez ma bénédiction , et laissezmoi , si vous m'aimez , et si vous ne voulez pas rendre encore plus pénible mon agonie. Allez! » Mon ami Hagen obéit aux désirs de la mourante, et m'entraîna hors de la chambre, entièrement affaibli parla douleur. Minna me suivit.

Je m'arrêtai la tête baissée, les yeux immobiles , les mains étendues , et comme si j'eusse été surpris d'une fièvre violente, je sentis mes jambes fléchir sous moi. Tremblant de tous mes membres, j'attendais, à chaque instant, la dernière et fatale nouvelle. Elle arriva enfin au bout d'une demi-heure. Ainsi s'endormit doucement cet ange de bonté et de douceur, en soupirant profondément. Minna pleurait à sanglots; pour moi, hélas! je ne trouvais plus de larmes, mais une foule de sentimens cruels oppressaient mon cœur. Alors le gardemalade de mon fils vint à moi et me rappela sa prophétie. Ah ! cruel, m'écriai je. Je perdis l'usage de mes sens et tombai , privé de connaissance, dans les bras de ce messager de malheur.

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