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CHAPITRE PREMIER

Tristes consolateurs. — Engagement au théâtre de Schrôder.

JlrfixE n'était donc plus, cette femme bien aimée dont la possession faisait tout mon bonheur! celle dont j'aurais , s'il eût été possible, racheté la vie au prix de tout ce que j'avais de plus précieux au monde ! Malgré la douleur affreuse que me causait cette perte irréparable , j'avais encore des devoirs à remplir ; mais je les remplis comme un homme privé de sa raison. On déposa ses restes inanimés à côté de son fils, qui l'avait précédée.

Ah ! combien les devoirs de la bienséance sont pénibles dans u n pareil état ! qu'il est cruel d'être obligé de faire part de son malheur à une foule d'amis et de parens , qui , peut-être aussi froids que la glace, vous répondent pour toute consolation : « Comment? morte! une femme si fraîche et si vive ! Qui aurait ja-

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mais pu s'y attendre ? » ou bien encore qui vous écrivent une lettre de condoléance pleine de paroles insignifiantes. En annonçant, à de pareilles gens, une perte aussi douloureuse, chaque trait de plume était pour moi un nouveau tourment.

Je ne fus pas moins mortifié des consolations que quelques uns de mes amis m'adressèrent lorsque j'eus recueilli assez de forces pour me montrer en public. « Mon Dieu! mon cher ami , que vous avez mauvaise mine ! » telles étaient ordinairement les premières paroles que la plupart d'entre eux m'adressaient en voyant l'altération de mes traits. « Ah! ma femme! mon fils! » répondais -je en m'interrompant souvent pour soupirer et verser des larmes. « Il est vrai que c'est une perte bien cruelle! reprenait le consolateur; mais vous avez encore une fille. » Autant aurait valu me dire : Il est vrai que votre maison est brûlée '; mais il vous reste encore le jardin et lesbâtimens de derrière. Souvent j'aurais maudit des hommes aussi insensibles.

Les désagrémens que j'avais éprouvés depuis un an , les chagrins que m'avait causés la perte si douloureuse et si prompte de ma femme et de mon fils , me rendirent enfin le

séjour de Hambourg insupportable, et je désirai ardemment de pouvoir vivre dans un autre lieu où tout ce qui m'entourait ne me rappelât pas mes malheurs. Mon choix tomba sur Berlin, par des raisons que j'ai déjà exposées plusieurs fois; mais ma fille semblait être attachée à Hambourg. Plusieurs de mes amis d'ici , qui nous voyaient partir à regret, s'unirent à elle , me firent les propositions les plus avantageuses, et m'assaillirent si souvent de leurs prières et de leurs représentations, que je dus encore me rendre. Le directeur du théâtre, M. Schrôder, aux intérêts duquel je ne pouvais plus nuire, et qui avait repris depuis long-temps ses intentions amicales à mon égard, m'accorda, ainsi qu'à ma fille, un engagement assez avantageux à son théâtre. De plus , quelques uns de mes amis aisés , à la tête desquels se trouvait le négociant H — n, s'offrirent ,• pour me disposer davantage à accepter cet engagement, d'augmenter tous les ans nos appointemens d'une somme de 400 écus, prélevée sur leur propre bourse. Comme on me fît cette proposition d'une manière qui ne blessa ni ma délicatesse ni celle de ma fille, je l'acceptai avec gratitude, et nous passâmes notre contrat avec Schrôder.

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Plutôt pour me distraire que par inclination, je repris la plume dans mes heures de loisir , et je composai les drames didlderson, en trois parties , d'après un roman de Mme Riccoboni , et la comédie intitulée : Les Erreurs. La tragédie ÔLÂlderson, qui forme la première partie du recueil , obtint à la représentation l'approbation générale; et Schroder me paya , sans que je l'exigeasse , le prix fixé par lui pour les comédies en manuscrit qui réussissaient sur son théâtre. Des deux dernières parties je composai , d'après ses conseils , un drame sous le titre de Sara Salisburj; mais qui plut beaucoup moins , parce que l'intrigue en était trop resserrée. Schroder , qui se comportait à présent avec beaucoup de générosité envers moi, m'avait promis une pareille somme pour cette dernière pièce ; mais , comme la représentation ne répondit pas à ses espérances , il me dédommagea en me payant une somme «égale à celle qu'il m'avait remise pour la comédie intitulée : Le Devoir des princes , que j'avais nouvellement retravaillée, et qui avait été donnée avec succès.

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